‹ L'école sous la Révolution française: d'après des documents inéditsChapitre 50 sur 76 · Arch. nat., D XXXVIII, i · texte numérisé non relu

Arch. nat., D XXXVIII, i

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les iûstituteiaxs .soleut sdcrétaires ? Ce sout cependant, dans les .campagnes^ presque les seules personnes qui sachent écrira. > — D'Arras <nivôse an III) : « L'instruction publique est nulle dans 06 district ; les <écoles primaires ne sont pas eacore torganisées. » — De yendôme, le 27 bruinaîre an UI : << L'instruction publique languit en oe district d'une manière trop sensible pour qu'il ne soit pas de mon devoir de vous en faire part De 81 communes dont il est composé, 24 seulement ont des instituteurs, les autres en manquent, d'abord par la rareté des sujets, etc. » —

De Longwy, le 11 nivôse an III : « Il n'y a encore que peu d'écoles primaires établies dans ce district. » Et les décades suivantes, l'agent national répète chaque fois et identiquement la même phrase. — De Fougères (Ill^^Vilaine), le 8 ventôse an III :« Nous avons formé un jury d'instruction : il noQS a proposé 7 instituteurs et 7 institotrioes ; mais il nous fait part en même temps de l'embarras qu'il a éprouvé dans ce choix, qu'il n!a pu compiéter qu'en y comprenant des sujets peu capables de bien remplir les fonctions importantes qui leur sont destinées, ou que différentes raisons détermineront probablement à les refuser. Presque toutes les personnes désignées par le jury ont en effet refusé d'^aocepter, de sorte

qu'à peine voyons-nous sur la liste plus de deux personnes de chaque sexe sur les talents ou sur l'acceptation desquelles nous puissions compter (1). »

En présence de ces lenteurs, de ces difficultés d'organisation, de l'irrégularité ou de la nullité des correspondances administratives, du triste et déplorable état qu'elles révélaient, la Convention décida (9 avril 1795) d'envoyer des représenr tants du peuple dans les départements pour surveiller Texécutioti des lois d'instruction publique, comme elle avait fait en d'autres circonstances pour développer le mouvement révolutionnaire.

Cette mission fut confiée à cinq représentants : Dupuis (de Seine-et-Oise); Baraillon, Bailleul, Jard-Panvilliers Qt Lakanal. Bailleul eut en partage la Normandie, s'il faut en croire quelques rares documents épars dans les archives de TEure, mais d'où il résulte qu'il s'occupa beaucoup plus des subsistances et des approvisionnements que de Tinstruction publique. L'école centrale d'Évreux ne fut d'ailleurs inaugurée que le 10 germinal an VII, ce qui semble indiquer ou que le représentant Bailleul n'eut aucun succès dans sa mission ou qu'il la nég'ligea pour un autre

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objet. Il paraît probable que Baraillon fut envoyé dans le sud-est et Jard-Panvilliers dans le Poitou et la Vendée ; mais pour ces deux députés comme pour Bailleul, le9 Archives nationales sont muettes. Dupuis, qui venait de publier (1794) VOrigine de tous les cultes^ ou la Religion universelle^ ce livre aussi impie qu'insensé, s'en alla dans l'Est. Les archives de la Côte-d'Or conservent de nombreux arrêtés qui ont marqué son passage : il contribua à la fondation de l'école centrale de Dijon, qui, établie sur un terrain favorable, dans une ville d'université, fut promptement assez florissante ; ejle l'eût été quand même Dupuis n'y aurait pas passé. Il séjourna aussi dans le Doubs : M. Sauzay a trouvé quelques lettres des districts de Besancon, de Baume et d'Ornans écrites en réponse aux arrêtés de Dupuis, fragments isolés d'une correspondance qui avait dû être considérable (1).

Nous connaissons mieux la mission de Lakanal, grâce aux documents que nous ont fournis les Archives nationales (2).

i. Jules Sauzay, Op. df.,VII, 218-224.-:Les imaginations ridicules deDupuis sur la mythologie antique et sur les dogmes chrétiens ont rencontré la plus piquante des réfutation» dans la minuscule plaquette de MM. Pérès et Chaubard, qui a pour titre : Comme quoi Napoléon n'a jamais existé.

(2) F 17, 30iO. C'est dan« ce carton que nous avons

184 Liy. «. l^ OONVBNTWN.

La^anal i» -établit à Bouçies : de là, mxi aotioa s'éteifi^t sur mao k YJtngt départenaonts d^ oefttre, du sud et du sud-oueet. Cette misr sioû dura d'uu meia et demi à deux meis, w floréal et porairial aa III (mai-jutu 1795). Naua n'en retiendrons que oe qui oonoeme les écoles primaires.

Dans toute la région qu'embrasse Lakanal, l'enseignement ne paraît s'être conservé qu'à Toulouse, grâce à la surveillance constante exercée par le Comité des études. Partout ailleurs (et pour épargner de trop fastidieuses répétitions au lecteur, je nlnsiste que sur les grandes villes) la disette d'instituteurs est déplorable. La loi nouvelle avait établi des écoles de filles en même nombre que celles de garçons ; mais les institutrices n'étaient ni moins rares ni moins îguorantes que les instituteurs. Les documents d'archives sont si

puisé tous les renseignements qui suivent. La mission de Lakanal paraît avoir embrassé dix-huit départements : Allier, Aude, Ariège, Charente, Cher, Corrèze, Dordogne, Gers, Gironde, Haute-Garonne, Landes, Loiret, Lot-et-Garonne, Hautes et Basses-Pyrénées, Tarn,Tamet-Garonne, Haute-Vienne, Lakanal,. du temps qu'il était oratorien, avait professé la rhétorique au collège de Bourges.

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préeis et si ear-actéristiques q^u'on ne saurait se refuser à eu citer quelqjues^u^aâv

A SaiLeerre (Cker) ;« L'iaseut^iaûce 4u pe!q[>le est à noter ; aucune commune n'a d^aandé d'é(^e^ primaires. Le jm^y n'a eu qu'un seul institutour à examiner. Aucun citoyen^ aucune citoyenne ne se présente. Sur vingt-cinq arrondJBsemeâts d'écoie à pourvoir, il y en a six. de^ pesorviuk »^ -^ A Age^ : € Sur quarante^'Une ÀK>les>, lejuity n'a pu trouver que cinq institutrices capaMes de suivre^ tùèm^ d:e loin, les vues de la loi 4u^27 brtiiaaiï^».- » -— A AAgoulême : < Nous avons été forcés de demander si le tablent de récriture était indtepensaibtement nécessaire dans les instituibriees^ et si l'instituteur me pourrait pas être chargé d'enseigner aux ^nes eitoyennes^rinstitutrieie'nele sachant pas. »<^L'adv ministrationd^Saiiiefel^yrénée» arrêter sera écrit àkCommission^deriiistr^etionpuMiifq^te une lettre q^ lui peindra l^état die dénÂment où se teouve le district d* Bâ^gnères au suj^et des instituteurs; 2o qtrè l'instnictien puWique continue^^a d'ébfe exercée comm»' précédemment jusqu'à nouvel ordre; 3^ qu'il i^ra plàs amplement dî^ôcuté sua? tes moyens de se procuïW une pépinière dl^nsti^futeur». » -^ Dans tes Laufdës il est imposi^bte d'organiser les écoles d'après la loi du 27bru'maî^è ; mr f uaraate personnes-iKMlttiisesà ré:s^amén, SI n'y

en a pas une qui réunisse la moitié des connaissances exigées par la loi. — De Saint-Girons (Ariège), de Neuville et de Vierzon (Loiret), de Montmarand et de Cérilly (Allier), de Màrmande et de Montflanquin (Lot-et-Garonne), de llsle- Jourdain (Gers), de Lagrasse (Aude), de Limoges, d'Orthez et de Brives, etc., mêmes plaintes : ici, ni écoles, ni instituteurs, ni institutrices; là, sur trente-neuf ou quarante instituteurs qui se sont présentés et qui ont été nommés, à peine yen a-t-il deux qui sachent lire çt écrire.

On a négligé Tesprit, soit ! S'est-on occupé, du moins, des exercices militaires et gymnastiques ? A-t-on organisé les visites aux hôpitaux et aux manufactures? Les écoliers sont-ils assujettis à donner des soins et à prêter secours à la vieillesse ? Vont-ils aux champs ? Les filles sont-elles instruites dans les ouvrages manuels appropriés à leur sexe? Sur tous ces points, Lakanal adresse un questionnaire aux municipalités.

En ce qui touche les travaux manuels des filles, on comprend que, là où il y avait des institutrices, la loi rencontrait un facile accomplissement ; mais , on Ta vu, ces institutrices étaient assez rares.

Les officiers de la garde nationale chargés de

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présider aux exercices des jeunes citoyens sont-ils entrés en fonctions? Ici, il n'y a pas de garde nationale ; là, elle est désorganisée ; à Angoulême, Tofûcier instructeur n*est pas nommé, et il n'y a pas d'instituteurs. Pour trois ou quatre villes où la loi est exécutée, dans la plupart des autres, on promet d'essayer, de voir ; en attendant, on ne fait rien,et, 3ommeàAlby, on déclare avec raison que la question est accessoire.

A rencontre de la visite aux hôpitaux, on oppose les meilleurs arguments. D'abord, il n'y a pas d'hôpitaux partout, loin de là ; ainsi les villages et plus d'une petite ville n'ont pas le moyen d'accomplir la loi. Dans les Landes, l'article est mal observé par la même raison qu'à Tarbes : il est malsain d'approcher les hôpitaux, à cause de l'épidémie qu'a apportée l'armée de l'Ouest.

La visite des manufactures ne peut pas être davantage d'application générale; là où il s'en trouve, comme à Ruelle, près d'Angoulême, les élèves connaissent tout naturellement les forges, car ils y sont employés.

La visite aux travaux des champs ! mais les élèves des campagnes ne font pas autre chose : c'est le moment de la moisson. Les exercices gymnastiques, les courses, la lutte ! Mais les écoliers, outre leur s jeux, n'ont-ils pas un exercice suffisant

lai ÛV. ^. *A' C(«h»WbNW[d!Hf.

¥<»flà leB répofiëeé^ qoê i^MteVaâi lequefitioMMére oMeiel : r^cAïee de ees fiotuveawSés bumausIMiÉfês étaét ëOao^letv ilfiêA "éèé moiaiâlre <m «toat a»i iftokos^ on efât trouvé lé sàaT^ de' réaMi^r àTee' %esiEf^ eeB vc&œsi d'âÈses se^ible», s'il y ^^a^ ^t^, ddffis teUe et telle ville, vm école It^rteineart orgasidéè» avec un instituteur inteâiS^rai) însèru#fc, ObL^^soiè d-lMMBSLear, ayant ^édit pitM les {)0{iPcifIâ;iâdns. Maâsy hélas ! cotam^'cm réè]^aît>âe Ytemie, ^^c les geae à talenits ont .p^ës^e tous ^ti, et âo^é soéq^ ^^^^ tombés dans xiAûMréme ba&^ai^le. >

QueUes étaient 4ene les camôs le cette j^^^XBFiè desuijetset du mksérable état de Renseignement primaire?

La première' et la^nKnns^contestableéta^ nifôtabilrté de la législation, lèt^cofiitrariétédes systêftWs qui, tous les ans ou tous les six mois, s-abattsAeiiit pour ainsi dire sfir le» instituteurs et qtd veâ«»etaïi changer sans cesse leur condition matérielle : »uiourd'ted recevltâit 1.800 fr. de traîtem^t fixe, defiaain ne touchant qu'un traîtemait pi^oportionnelau nombre dei^Iêv^ ; payés, quand iter^taSi«it, tantôt par ,1e Trfeor, tantôt par les niunicijiaJlîtéô, et le plus souvettt par personne.

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La det^èirtô ca^ise âe ce^' disette dliomtnes m'étoâi^llei^ dams les en^aves qlie les répxibTrcàksts eax^'^BOfêmês ^$^s^S^tà Éêppât^të^ ati teenite^ lûetd; ^es mi^es ? Bè^ qjai'm ôe recheff cbaît plus deul^nent le méii4:ei|]^^d£esidlèBan^ dès que les pstsfl&dtts iK^tiqnes intervi^iftkyfe^âiis le^elioix de llû:stituteur et dans la surveillance de son école; d5ês q^ sa condia&ike était iS€Wfiftide à rdfpprobatiôti non seulement des i)Emfiiei|]iftMté0> îèM^ des sdéié<!é^ po^laiF0B, dei^el^bs «t 4^ to^ lés pdSftieiéns de village et de petite vflte, ^ttèlBe' séëttrîtë poimtffr-ft Bestw à rifistituteur ^i*^ë«fi?feMït quelle e&gtâtê^îl se dégoûtaiit vite dê^ |^Mél»dioli ôii tendû^it à

la comtinuer.

Une troisîêttte cB>m^ ct**^ ^ûôits tèvélè renQuête de 1795 et dô«t Jussqflt'à pf ésent on n'avait ifas songé àt^E^^eonlpte, ^tttit 'la modicité et riiistrfôsance da traîteiiteii*. Il ûe manque pa^ de geaB qui s^esitaëÉ€itit'^r<fceehlffi*ède 1.200 lîv^^ «tqui e^aiïtëflt la Hbift^tkîîté de la Cottvenrtiion pour les ins*itttté«ts du p©«lplë. En 1^95, ces malheureux instituteurs u•ëîl^ avaient ^«^'bOtme opfûion.

Ce traitement de l;200 HVres,*payé en assignats, ne représentait qu'une Sdmme Infime et qui ne suffisait pas à acheter un boisseau de blé. Pour combler les lacunes de ce traitement dérisoire, comme pour occuper ses trop longs loisirs, l'insti-

tuteur vaquait à toute sorte d'emplois. Il lui était défendu d'être secrétaire de la mairie, mais la nécessité l'y forçait; la municipalité le demandait, s'en excusait, ou passait outre. 11 présidait le club, ce qui n'était pas davantage prévu par la loi ; il était souvent le prédicateur ordinaire de la commune.

Un sieur Vautier, instituteur primaire à Rosières aux Salines (Meurthe) avait été en outre capitaine de la garde nationale, officier public, officier municipal, juré du canton pour secours, juré tant d'accusation que de jugement pour les tribunaux de district et criminel du département de la Meurthe, enfin commissaire pour les estimations et pour la vente des biens nationaux. Chargé de toutes ces fonctions, comment avait-il trouvé le temps de remplir celles d'instituteur ? Les profi.ts avaient dû être bien minces , car il se voyait forcé de vendre ses meubles et de solliciter la compassion du Comité d'instruction publique : ses 1.200 livres de traitement, au taux des assignats, ne suffisaient que pour l'acquisition d'un sac de blé, et comme il avait une famille nombreuse, ce sac de blé lui durait un mois (1) !

Dans cette perspective de misère, si les uns se

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