ACTE PREMIER
NOÉMI
Vous m'eftVayez par tant de précautions oratoires. Qu'y a-t-il ?
Madame Lambert prête phis attentivement 1 oreille. MADAME DUJARDIN.
Ahl ce n'est pas grave... Vous recevez ici.., un jeune homme... un employé de la poste, je crois?
NOÉMI
Oui. Eh bien, qu'est-ce qu'il a fait?
Madame Lamhert s'approche.
MADAME DUJARDIN, avec embarras.
Il n'a rien fait de mal, certainement ; mais il vient trop souvent ici et on l'a remarqué.
NOÉMI
Ah ! bah ! on a remarqué ça ?
M. Giraud est un peu notre parent, son père a épousé une nièce de mon mari.
MADAME DUJARDIN
Oui, oui, je le sais, (a xoémi.) Malgré cela, ma chère enfant, croyez-moi, ne recevez pas aussi fréquemment ce jeune homme.
NOÉMI
Pour quelle raison ?
MADAME DUJARDIN
Dans votre intérêt et dans le sien. Il est votre parent, c'est fort bien ; mais les gens ne le savei^t pas, et...
NOÉMI, achevant vivement.
Ils peuvent supposer qu'il est prétendant à ma main ?
MADAME DU.TARDIN, après hésitation.
Précisément, et c'est ce qu'il ne faut pas.
MADAME LAMBERT, étonnée.
Ce qu'il ne faut pas I
MADAME DUJARDIN
Ce serait perdre votre situation, parce qu'ici on n'accepterait jamais votre mariage; et ça se comprend.
MADAME LAMBERT, sèchement.
Je ne comprends pas moi, madame.
MADAME DUJARDTN, s'approchant de madame Lambert.
Voyons, ma bonne madame Lambert, mademoiselle votre fille par son travail est parvenue cà se créer une position dans l'enseignement, alors que vous étiez toutes les deux abandonnées, désespérées, sans ressources, personne ne l'ignore. On s'est raconté en détail Si vie de privations et de dévouement! on sait qu'elle est très méritante, par cela même elle attire toutes les sympatliies et l'on est tout disposé à trouver admirable ce qu'elle fait.
MADAME LA^^BERT, se récrie.
Mais ce qu'elle fait est très beau!
MADAME DUJARDIN, la retenant de la main.
Oui, laissez-moi dire. Qu'elle se marie maintenant et elle perd tout le bénéfice de cette situation exceptionnelle, ce ne sera plus que le femme du petit employé de la poste et on la regardera d'un tout autre œil. On s'en voudra de s'être apitoyé précédemment sur son sort; et, l'on fera tant et si bien, qu'un jour on la forcera à demander son changement. Les gens sont comme ça, vous ne les referez pas.
Noémi a écouté sans mot dire, soucieuse, puis elle est retournée vers 1 estrade.