ACTE PREMIER
tais plus seul au milieu de ces paysans et de leurs horribles femelles^ plus seul en ce monde. Si un sentiment plus fort a fait place à l'amitié, et^ si je n'ai point dissimulé ce sentiment, c'est qu'il était sincère et que je croj'ais qu'il n'y avait pas de honte, pour un honnête homme d'aimer une honnête fille. J'avais cru...
NOÉMI, inquiète» regardant à droite.
Prenez garde, Clémence !
Clémence entre et monte sur 1 estrade.
EDMOND, changeant de ton.
Alors... alors la petite Gharolin a dit son compliment sans faute.
NOÉMI5 souriant et balbutiant.
Il y a bien eu quelques anicroches... serments pour errements et partie pour patrie, mais on a compris tout de même.
EDMOND
Ah! (clémence prend une chaise, descend de l'estrade
et sort, Edmond la suit des yeux.) Oui, j'avais cru cela et j'avais cru que de votre côté, mademoiselle Noémi, mes démarches vous semblaient toutes naturelles et, comment dirai-je, que vous m'autorisiez, que vous m'encouragiez.
NOÉMI, gênée.
On laisse quelquefois paraître de ses sentiments plus qu'on ne doit.
EDMOND
Je voyais votre existence si rude unie à la mienne si triste, et de nos deux mis^ères nous faisions un bonheur. Votre vie laborieuse n'était plus exclu.sivement faite de sacrifice; je sentais moins peser ma chaîne; nous étions deux pour partager les peines et nos joies
se doublaient. Mais vous êtes la grande directrice^ une savante, et je ne suis qu'un petit employé !
NOÉMI, émue proteste.
Oh ! ce n'est pas cela !
EDMOND
Ma situation se fût améliorée ; notre administration favorise beaucoup les employés mariés, les chefs sont moins durs, l'avancement plus rapide. Je ne vous eusse pas donné le luxe et la richesse, notre ménage n'eût pas été celui d'un millionnaire; mais quel petit paradis je vous aurais fait et combien je vous aurais aimée,. Noémi, ma chère femme!
NOÉMI, se lève, nerveuse et émue.
Taisez- VOUS t Taisez-vous, Edmond, je suis femme! faiblement femme, je vous en prie, laissez-moi mon courage, ne me tentez pas.
Elle porte sa main à ses yeux.
EDMOND, durement.
' Vous êtes donc malheureuse aussi '?
NOÉMI, très nerveuse.
Je suis agacée... je suis nerveuse... je suis... je ne
sais pas caque je suis... (Elle regarde à droite par ou
Clémence est sortie.) Je voudrais I. . luais uou, je ne veux rien... je ne dois pas vouloir... il ne faut pas...
EDMOND, la serrant do près.
Vous pleurez ?
NOÉMI
Je vous en prie... je vous en supplie, laissez-moi, ne me dites rien, ne me parlez plus !
EDMOND, très tendre.
Noémi !