ACTE CINWLIÉME iQV
Lambert, je lien?; à vous déclarer combien nous regrettons la résolution que vous avez prise de donner votre démission.,.
NOÉMI, froide.
Je vous remercie, monsieur. (Montrant la porte.) Si vous voulez vous donner la peine d'entrer.
MASURIER, insistant.
Non, je tiens encore à vous dire, mademoiselle, que si des personnes malveillantes, dans un but difficile à comprendre, ont donné à votre conduite une interprétation que... qui n'est pas la bonne, ni moi, ni ces...
NOÉMI, interrompant.
Monsieur le maire, je ne doute ni de votre sincérité ni de votre éloquence, mais ne revenons pas^ s'il vous plaît, sur ce qui est passé.
MASURIER, proteste.
Pardon, il faut au contraire que vous sachiez. On vient de s'expliquer là tous ensemble ; eh bien, aucun de nous ne croit ce qui a été dit... Nous sommes de braves gens, nous n'aurions pas voulu faire du tort à une honnête jeune fille comme vous, qui a besoin de gagner sa vie, nous ne sommes pour rien...
BA-UDRAND, interrompant, mouvement de Noémi.
Ayez donc le courage de le dire,., quand elle est venue ici, nous avons cru que mademoiselle Lambert était comme tant d'autres, et le pays aussi l'a cru ; si le pays ne peut reconnaître son erreur, reconnaissons la nôtre.
NOÉMI, sèchement.
Inutile !
MASURIER, écartant Baudrand.
Non, moi je vais vous dire ce qui en est ! (a Noémi.)
Vous avez eu tort de vous fâcher, de vous décourager et de ne pas avoir confiance en nous : voilà!
NOÉMI
Je ne suis accessible ni à la colère, ni à l'abattement, j'ai seulement compris, pauvre écoliére de la vie, certaines choses dont je ne me doutais pas.
Les autres groupés dans le fond plaisantent, BA.UDRAND.
Quelles choses?
NOÉMI, simplement.
J'ai compris que l'enseignement ne devait pas être un pis aller, mais un sacerdoce pour lequel il faut avoir la vocation. J'ai compris que ce n'était point seulement les quatre régies, la géographie, la syntaxe et le manuel d'instruction morale et civique que noas devions enseigner à celles dont nous voulons faire des femmes ; mais que nous devions surtout leur montrer la vie. Je n'avais pas la vocation, j'en avais trop vu de la vie, j'ai donné ma démission, je ne compte plus... Faisons, si vous voulez bien, l'inventaire, (Montrant clémence.) ma remplaçante est là.
Masurier ne trouve rien à répondre et marche vers le perron. Noémi le suit. Baudrand marche derrière eux. BAUDRAND, vivement.
Mais ce n'est pas admissible, vous ne pouvez pas nous quitter ainsi... Il faut que le préfet refuse vo-tre démission !
NOÉMI, sur le perron.
Il y a longtemps qu'elle est acceptée, vous le savez bien!
Masurier et Noémi, puis Baudrand entrent dans l'école.