LES ERREURS DE LÉCONOMIE LIBERALE
l'organisation économique réglementée par le libre accord des producteurs disposant également des moyens de production, et que la propriété sociale doit remplacer la propriété privée.
Les socialistes sont dans la logique des principes posés par les économistes libéraux. S'il y a (( évolution », on ne voit aucune raison pour qu'elle s'arrête avant que la pleine liberté et la stricte égalité soient atteintes, et la liberté politique n'est qu une plaisanterie si elle n'est appuyée sur l'égalité économique. Et puisque la liberté politique, qui conditionne la liberté économique, nous a rendus copropriétaires de l'Etat et de ses biens propres, pourquoi arrêterait-elle là ses effets, pourquoi ne nous rendrait-elle pas co-propriétaires de tous les biens de ce monde .^ Les économistes libéraux, devant ces prolongements idéologiques de leur pensée faits par les socialistes, ne peuvent que rester aussi muets que les élèves des classes moyennes devant la science des classes supérieures. L'énorme effort scientifique fait par les économistes libéraux, à côté de leurs principes, les laisse impuissants devant ces développements de leurs propres principes faits par les socialistes: quelques postulats plus respectés que des dieux ont empêché des esprits de premier ordre de découvrir les vérités
nS L ECONOMIE .\OCYELLE.
élémentaires que l'on aperçoit aisément dès que l'on ne subit plus les préjugés libéraux.
De nos jours, on qualifie volontiers d'anarchique, au grand scandale des économistes libéraux, le régime économique que nous ont valu les principes de ces messieurs de Manchester et de Genève. Si 1 on veut comprendre comment des hommes d'ordre, et qui voulaient le bien de ce monde, ont fait une œuvre telle, il faut voir les idées qui ont présidé à l'agencement économique du xi.V siècle. Marx dit que ce sont les intérêts bourgeois qui ont agi. Il faut dire que ce sont les idées de bourgeois, ou d'intellectuels libéraux qui ont créé le mal. A l'origine du désordre économique du xix* siècle, il y a des idées : en premier lieu, l'idée de liberté totale, qui n'est pas spécifiquement bourgeoise, qui est humaine, et qui, produit naturel et constant de l'esprit, n'acquiert de force que dans la mesure où une doctrine lui confère une haute autorité sociale. Que son expansion ait été servie par la coalition des intérêts, désireux de briser les entraves du siècle, c'est évident. Mais le mouvement initial est intellectuel, et l'idée de liberté n'est pas propre aux économistes; ils l'ont incorporée à leur science en formation avec le subjectivisme qui la soutenait. Il n'est pas
exagéré de dire qu'elle a faussé tout leur travail scientifique, même sur les points oîi il semble que l'esprit puisse pénétrer le secret des choses hors de toute influence du siècle. On peut s'en rendre compte lorsque l'on examine la théorie de la valeur établie par les économistes.
On peut considérer que l'on possède la clef de tout système économique lorsque l'on a saisi ridée du système sur la valeur. Une théorie de la valeur était la pièce maîtresse de toute doctrine économique, ce qui provient d'une première erreur, car la valeur ne vient qu'au second rang de l'économie, après le travail qui la crée. Ceci échappe aux économistes qui, sous l'influence du romantisme du xix' siècle, du subjectivisme individualiste de l'époque, sont hors d'état de poursuivre une analyse scientifique rigoureuse et ne conçoivent la valeur qu'à travers les sentiments humains. C'est par là qu ils ont créé le désordre. De Turgot à Paul Leroy-Beaulieu, la valeur des choses réside dans l'importance que nous attachons à leur possession ou à leur acquisition : les choses valent dans
la mesure où elles sont regardées comme propres à nos jouissances, à la satisfaction de nos désirs (Turgot). Si des économistes postérieurs ont lié la notion de valeur à la notion d'utilité, c'est en ramenant la notion de l'utile à l'appréciation du besoin, et le besoin au sentiment que l'homme en a. Au xix" siècle, aussi bien qu'au commencement du xx% la notion subjective de la valeur persiste : le germe de la valeur est dans le désir de l'homme. On retrouve cette notion dans la plupart des innombrables articles et études économiques qui ont été écrits sur la cherté de la vie, et dans les journaux et revues de la démocratie.
La valeur conditionnée par l'aptitude des choses à servir à nos jouissances, à satisfaire nos désirs, voilà donc le fondement de l'économie politique « orthodoxe » î C'est sur ce sable mouvant que sont fondées toutes les institutions économiques du XIX' siècle. Plus exactement, c'est cette notion, aussi confuse, aussi incertaine que la forme des nuées, qui interdit au xix* siècle toute institution économique autre que celles qui sont propres à exploiter la jouissance et le désir des individus. Le propre de l'institution économique du xix* siècle, c'est de n'en pas créer dans les sociétés humaines, c'est même de
s'opposer à ce que s'élèvent des institutions spontanées. Si la vérité scientifique est que la valeur repose essentiellement sur nos jouissances et sur nos désirs, la seule politique sage et rationnelle sera d'organiser la société de telle sorte que rien, dans l'économie, ne vienne s'opposer à la satisfaction de nos jouissances et de nos désirs. Si le désir de l'homme est le créateur de la valeur, et, par conséquent, le régulateur de la production, des échanges et de la consommation, il faut que rien n'entrave la manifestation du désir. Aussi bien, la science économique du xvin^ siècle ne peut-elle aboutir qu'au fameux « laissez-faire, laissez-passer ». Il est radicalement impossible d'asseoir une institution sociale ou nationale quelconque sur une science dont le fondement est une notion aussi fuyante, et qui met sur le même pied la boulangerie, la maison de tolérance, l'atelier de l'artiste et celui du forgeron. La seule fondation qui se puisse légitimer sera la propriété individuelle, parce que c'est sur elle que s'appuiera le désir de l'homme. Hors de la propriété, à laquelle on ne pourra donner aucune responsabilité sociale, aucune obligation sociale, liberté, liberté, et tout est dit, et tout sera pour le mieux.
Il est radicalement impossible, si l'on ne pos-
sède que cette prétendue connaissance scientifique, de trouver une règle quelconque pour l'art économique, pour une politique économique. Si le souci d'un intérêt social ou national s'impose à l'esprit et suggère quelque mesure qui retentisse dans [l'économie, il ne faut pas compter passer à l'application sans violer les principes, et comme les principes sont vigoureux, on se condamne à l'inaction, à l'impuissance devant tous les maux. L'Etat, quand il est tenu par les fils spirituels des économistes orthodoxes, l'Etat n'est conçu par ceux qui le tiennent que comme un organe dont une des principales attributions est de faire respecter la liberté, la libre concurrence entre les désirs et entre ceux qui les satisfont, le libre jeu de l'offre de l'objet désiré et de la demande du désir.
Car tous ces solennels principes et ces lois solennelles de l'économie politique, liberté du commerce, liberté du travail, libre concurrence, loi de l'offre et de la demande sont inclus dans la singulière théorie de la valeur que nous tenons du x\iii^ siècle. Besoins, jouissances, désirs, ces prétendues bases de la valeur, bases sans limites, ne postulent que la liberté illimitée et conduisent à celte étonnante trouvaille de l'offre et de la demande, qui n'est à aucun titre une loi,
qui n'est rien qu'une interprétation incomplète de la réalité, faite par des hommes qui ne pouvaient admettre que la science les conduisît à nier la liberté du jeu entre la proie et le désir. Les hommes d'ordre qui ont défendu ces lois et ces principes n'ont pas eu l'occasion de constater que leur science et leur doctrine conduisait tout droit les sociétés humaines à la guerre civile.
Si le désir est la règle de la valeur, il est inévitable que, dans certaines conditions, il donne aux choses une telle valeur, un tel prix, que les moyens dont l'homme dispose pour le satisfaire soient tout à fait inférieurs à ceux qu'il faut tenir pour entrer en possession de 1 objet qu'il désire. Alors, l'homme recourt à la violence, à la guerre, au nom de son désir. En période d'abondance de tous produits et de toutes denrées, c'est peu sensible. Mais en période de rareté ou de disette, si l'Etat est soumis aux doctrines de l'économie libérale, c'est la guerre inévitable entre producteurs et consommateurs. Si, dans ces conditions, on laisse l'offrant régler ses prix sur l'intensité du désir de pain, de viande et de vin du demandant, les prix passeront audessus de toutes les limites que respecte l'homme aisé, honnête et pacifique, et les halles et marchés seront transformés en lieux de troubles et
d'émeutes. Au nom de quoi, au nom de quelle science, de quels principes, l'Etat pourra- t-il intervenir s'il n'a dans son statut que la doctrine des économistes libéraux P Exactement au nom de rien, au nom du néant. C'est ce que l'on peut voir en l'an 191 9, dans la crise qui suit la guerre. L'Etat français, enlisé dans les principes de l'Ecole libérale, agit, intervient, parce que les menaces contre l'ordre l'obligent à remplir sa fonction de gendarme, mais il agit, il intervient comme un chien qu'on fouette, tardivement, maladroitement, sans direction, sans vue d'ensemble, et peu conscient de ses droits ni de ses devoirs.
C'est à cette incohérence génératrice de trouble et de guerre civile que conduisent les premiers principes des fondateurs de l'économie politique. Leur science a fortement besoin d'être revisée d'alpha à oméga, mais par des hommes ayant un autre sens scientifique que les socialistes marxistes, et qui ne prendront pas des erreurs de l'esprit humain pour des canailleries inventées par une classe sociale pour justifier l'exploitation qu'elle fait des autres classes. Les doctrines de l'économie politique que Marx disait être celles de la classe bourgeoise sont aussi désastreuses pour les bourgeois que pour
les ouvriers. Elles sont propres à faire craquer tout édifice social. Mais on peut dire que, si elles recouvrent des intérêts, si elles sont soutenues par des intérêts, ce sont ceux des agioteurs et des spéculateurs qu'elles favorisent. Ces intéressants personnages ont beau jeu dans un régime économique où sévit la liberté et oii l'on a tant de facilités pour exploiter sans vergogne les désirs et les besoins du consommateur. Si la science économique a été faite pour exprimer des intérêts, c'est pour l'agiotage etla spéculation qu'elle a été codifiée. Elle offre de singuliers avantages à ceux qui se donnent pour profession de faire des prélèvements sur la fortune bourgeoise et de jouer sur les prix des produits et des denrées livrés par les producteurs bourgeois. On pourrait dire que la h Science » économique est à la bourgeoisie ce que le socialisme « scientifique » est aux classes ouvrières ; le Manchester Guardian et le Temps, ces grands organes de la doctrine, jouent auprès des bourgeois le rôle du Vorwaerls et de l'Humanité auprès des ouvriers : au nom de l'économie libérale, les bourgeois sont livrés sans défense à l'agiotage et à la spéculation, non sans bénéfice pour quelques-uns de ces journalistes, hommes d'affaires que produit notre temps; de même, au nom du marxisme,
les ouvriers sont livrés aux mastroquets, aux politiciens et aux ploutocrates, non sans bénéfice pour quelques représentants des électeurs socialistes. Quoi qu'il en soit des intérêts qui jouent dans cette affaire , la vérité ni la science ne gagneraient rien à ce que l'on se contentât de porter condamnation morale contre les flibustiers. Il faut traiter les doctrines de l'économie politique, produit de l'esprit, par l'esprit. Et, pour empêcher le jeu des flibustiers, il faut détruire l'erreur de l'esprit qui a créé un régime économique où la flibuste jouit d'une pleine liberté.
Une des plus étonnantes inventions des économistes, c'est la loi de l'offre et de la demande. Cette loi, invoquée avec tant de respect par tous ceux qui ont bu le lait de l'économie politique, a la même valeur scientifique que la théorie de la valeur basée sur le désir dont, au surplus, elle procède. Le monde moderne est plein de vénération pour cette loi, qu'il suffit de faire intervenir dans les Parlements ou dans les assemblées professionnelles pour clore toutes les discussions. Or, c'est la plus creuse sottise qu'ait
produite la science économique, et c'est un vrai scandale que de la voir enseignée comme une vérité scientifique dans les écoles officielles et privées.
On enseigne que la valeur d'un produit tend d'autant plus à la hausse que le produit est plus demandé, et tend d'autant plus à la baisse qu'il est plus offert; de la combinaison de l'offre et de la demande, la valeur d'échange, les cours s'établissent. On conçoit malaisément que des hommes rompus aux exercices de la raison n'aientpas soupçonné l'invraisemblance et l'insuffisance d'une doctrine qui fournissait des « lois » ainsi énoncées. La loi de l'offre et de la demande n'a guère plus de valeur scientifique que les vérités de M. de la Palice (mais elle est moins innocente). Elle apporte dans lespb.énomènes économiques autant de lumière qu'en apporterait, dans les phénomènes physiologiques, une loi qui dirait que l'institution de la famille est fondée sur le désir que l'homme éprouve à l'égard de la femme, et que le nombre des mariages est d'autant plus grand que les hommes recherchent plus l'éternel féminin. On s'explique que Paul Leroy-Beaulieu qui croyait que la loi de l'offre et de la demande est la loi souveraine, la loi ultime, qui détermine toutes les valeurs, ait reconnu
qu'elle ne donne que « des indications générales, qui ne laissent pas que d'être un peu vagues ». La vérité est que la loi formulée n'explique rien, absolument rien , et que la loi elle-même n'existe pas.
Les économistes avaient nommé « loi )) une simple constatation; ils avaient remarqué que lorsqu'un produit est rare sur un marché, il est plus cher, s'il est autant demandé que lorsqu'il est plus abondant. Croyant à l'influence du désir, du besoin, sur la valeur, ils concluent que l'excès des demandes sur les offres a augmenté la valeur du produit. Leur explication se réduit au constat qu est capable de faire le surveillant du marché, ou à la notion que peut acquérir un marchand qui n'a besoin de juger que sur les dernières apparences et pour qui l'investigation scientifique est un luxe. Si l'on considère que la demande, concernant les denrées de première et de seconde nécessité, est une constante (exception faite pour les cas de changement soudain des chiffres de population), ce qui n'est pas à démontrer, il ne reste que la seule constatation de la coïncidence des hauts prix et de la rareté. Pourquoi la rareté fait-elle élever les prix.^* Nous ne sommes pas éclairés sur ce mvstère.
Si, au lieu de raisonner en marchands, les économistes avaient raisonné en producteurs, ou s'ils avaient, comme la raison le conseille, poussé leur observation du marché jusqu'à la production, ils auraient découvert sans grande difficulté que la valeur des produits étant influencée, non par le désir du producteur, mais par le prix de revient, c'est-à-dire par les sommes d efforts humains, d'emploi et d'usure de matériel incorporé au produit, il va de soi que la valeur des produits décroît en raison de leur abondance, croît en raison de leur rareté, quelle que soit la demande. La raison est d'une évidence aveuglante : la demande diminue selon les prix. D'une manière générale, pour les produits du sol, il y a une constante, propre à la période de production, qui comprend le travail accompli, le loyer de la terre, l'usure du matériel, les frais et bénéfices nécessaires, et une variable soumise au gel, à la pluie et au beau temps, qui est le rendement. La constante étant de loo francs pour un produit donné, si le rendement est de 100 unités, le prix de l'unité au marché sera de I franc; si le rendement est de 5o, le prix atteindra 2 francs. Si les œufs sont plus chers au mois de décembre qu'au mois de juin, ce n'est pas parce qu'ils sont plus demandés, c'est
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parce que, les poules pondant moins et nécessitant autant de frais, sinon plus, le prix de revient de l'œuf est plus élevé. Si le vin est moins cher dans une année où la récolte est somptueuse, ce n'est pas parce qu'il est moins demandé, c'est parce que, le rendement de la vigne ayant été plus élevé et les frais de récolte et de fabrication égaux à ceux de Tannée précédente, le prix de revient au tonneau est moins élevé. L'offre et la demande ne jouent aucun rôle dans les prix pratiqués, qui dépendent du coût de la production et de son rendement. Ce n'est pas la demande qui fait baisser oa hausser les prix ; ce sont les prix qui Jont augmenter ou diminuer la demande. Quand le vin est trop cher, on boit de l'eau; faute de grives, on mange des merles.
Plaisir, jouissance, goût, besoin, tout cela n'intervient que très accessoirement dans la détermination des valeurs. Offres et demandes n'y sont pas moins étrangères et n'ont qu'une influence accidentelle sur les prix. Les économistes ont été victimes de leurs idées et d'une illusion : observant surtout les marchés de denrées et de valeurs financières, ils ont été aveuglés par ce fait que les prix paraissent s'établir au moment des ventes, c'est-à-dire au moment où se produisent l'offre et la demande, et ils oiiL
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pris ces signes pour des causes. S'ils n'avaient pas été soumis à leur théorie de la valeur, ils eussent découvert un autre mécanisme que celui de l'offre et de la demande :
1° Pour les marchés de denrées, les prix de vente ne peuvent être fixés à la ferme, d'après le prix de revient, parce que la rareté ou l'abondance dans une entreprise individuelle ne signifie pas nécessairement rareté ou abondance locale, ou régionale. C'est sur le marché seulement que l'on connaît le rendement moyen d'une localité ou d'une région, et c'est alors seulement que s'établissent les prix, d'après ce rendement moyen. Les prix peuvent être influencés par les prix de marchés voisins, régionaux ou nationaux, selon que le rendement des régions voisines est plus ou moins fort, et selon la rapidité et les prix des transports. Mais à la base du prix est toujours le prix de revient. Il se peut que des produits soient néanmoins fortement influencés accidentellement par l'excès ou la réduction des demandes. L excès des demandes porte le vendeur à exploiter les besoins pour tirer de ses produits un sur-bénéfice occasionnel. Mais un excès de demanda prolongé entraîne une augmentation de la production et, par suite, labandon de ces pratiques. La réduction extrême
Valois. Economie. li
le porte au contraire à vendre à perte ; ceci est vrai lorsqu'il s'agit de denrées périssables et que le vendeur calcule que, s'il ne vend point, il perdra tout ; mais le fait ne se produit point lorsque la marchandise peut être emmagasinée. 2" Pour les marchés de valeurs financières, les prix ne peuvert être fixés avant l'ouverture des cours pour des raisons particulières, et dont certaines sont tout à fait étrangères aux phénomènes économiques. Les valeurs d'Etat comme les valeurs industrielles ont toutes une valeur réelle qui peut être déterminée en dehors de toute offre et de toute demande, les premières dépendant de la richesse et des ressources des Etats, les secondes du rendement et des garanties du remboursement des entreprises. Mais, en ce qui concerne les fonds d'Etat, richesses et ressources varient d'une heure à 1 autre, puisqu'elles dépendent de la sécurité extérieure et intérieure des Etats, et du crédit qui leur est accordé. L'estimation ne peut être faite qu'au cours des séances quotidiennes. Si, à ce moment, on peut croire que les cours sont établis selon les offres et demandes, avec retentissement des fluctuations de valeur sur les unes et les autres, il n'en reste pas moins que la vraie déterminante de la valeur, c est le rendement et les chances de
recouvrement des fonds d'Etat, c'est-à-dire, en dernière analyse, le matériel et le rendement de la production nationale. Toutes autres variations ont des causes étrangères à l'économie : c'est le jeu, la spéculation, la blagologie financière.
Les valeurs d'entreprises privées ont également une valeur réelle qui peut être établie en dehors des offres et des demandes, que leurs bilans, quand ils sont établis honnêtement, indiquent d'une manière précise. Mais, outre qu'elles subissent elles aussi, bien que dans une proportion moindre, les dépréciations ou les hausses dépendant des événements, elles sont, pour une grande partie du public, de nobles inconnues. Leur véritable valeur, représentée par le matériel des entreprises et leur rendement, est ignorée du public, non seulement parce que celui-ci est sans moyens d'information absolument sûrs, mais parce que beaucoup d'entreprises publient des bilans inintelligibles ou truqués et invérifiables, et parce que beaucoup de financiers fournissent sur ces valeurs des renseignements non moins truqués et non moins incontrôlables. C'est surtout pour ces valeurs que la « loi » de l'offre et de la demande paraît être vraie. Ce n'est encore qu'une illusion : offres et demandes ne viennent ni du besoin
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d'acheter, ni du besoin de vendre : elles sont provoquées par les campagnes de crédit ou de discrédit que font les financiers. Mais, au surplus, les cours ne s'élèvent ou ne s abaissent que dans la mesure où les financiers font croire au public que les entreprises représentées par ces valeurs rendront ou ne rendront pas, ou ont leurs capitaux solidement garantis ou en position risquée . C est encore l'estimation du matériel et du rendement de la production qui détermine l'établissement des prix.
Pour toutes ces valeurs, le jeu de l'offre et de la demande est une pure fiction. Offres et demandes ne sont même pas des signes, car elles sont artificiellement provoquées sur une large échelle. Enfin, il convient de remarquer que les cours de valeurs ne sont pas du même ordre que les cours des produits. Les cours des denrées et produits valent entre producteurs et consommateurs, c'est-à-dire entre gens qui sont dans la nécessité de vendre et gens qui sont dans la nécessité d'acheter; en dehors des émissions, les cours de titres ne valent qu'entre capitalistes ou épargnants, pour qui la chose mise au marché est de même usage. On peut acheter et vendre en dehors du cas de nécessité : c'est ce qui donne une telle importance apparente dans les transac-
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tiens à la « loi » de l'oflre et de la demande, dont on pourrait dire qu'elle a été inventée pour légitimer les opérations de bourse. Les spéculateurs ont le plus grand intérêt à bien convaincre le public de la valeur scientifique de cette loi : cela légitime les variations des titres en dehors de toute variation de la valeur des affaires, qu'ils sont seuls à connaître et sur quoi sont basés leurs calculs. Il ne serait pas exagéré de dire que les jeux de la Bourse, l'agiotage, la spéculation reposent sur l'exploitation, par des hommes qui possèdent une vraie théorie de la valeur, du travail et des biens de ceux qui ont une vue iausse sur la valeur et qui croient aux jeux de l'offre et de la demande. Je ne dirai pas que ces théories, à l'origine desquelles on trouve une erreur de l'esprit, ont été inventées pour servir les intérêts de la '< classe » des spéculateurs ; mais c'est un fait que, depuis un siècle et demi, ils en ont tiré un parti très profitable. Les théories économiques que Marx croyait avoir été inventées pour les intérêts de la classe bourgeoise ont servi à la détrousser. Les spéculateurs n'avaient évidemment pas attendu que la loi de l'offre et de la demande fût formulée pour tenter et réussir leurs opérations. Mais ils ont eu les coudées franches du jour où elle eut conquis les têtes pen-
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santés. Du temps que l'Etat ne croyait pas à la valeur scientifique de cette loi et des théories qui la soutiennent, il savait intervenir pour protéger le public. Entravé par ses doctrines, il laisse aujourd'hui toute liberté au spéculateur. Et chacun peui constater à l'issue de la guerre, que, devant les graves problèmes que pose la vie chère, l'Etat moderne hésite, ne sait comment agir, comment intervenir, tant il craint de déchaîner des désastres, s'il porte une main sacrilège sur les libres mouvements de l'offre et de la demande et des autres déesses de l'Economie politique. *
Je consens que les économistes ont été mus par le souci du bien public, bien social, bien national, bien humain. Mais les idées qu'ils ont données au monde moderne constituent des poisons sociaux d'une rare violence. L'idée de la concurrence est un de ces poisons qui, administrés à haute dose, conduiraient un peuple à sa perte par des voies assez rapides. Paul Leroy- Beaulieu, à qui il faut toujours demander des définitions précises des doctrines de l'économie
libérale, dit de la concurrence qu'elle (( s'entend d'un milieu absolument libre, où producteurs, consommateurs sont en face les uns des autres, armés de droits juridiques absolument égaux, et où toutes les transactions résultent uniquement de l'accord final des volontés des parties en présence ».
La concurrence serait en outre le phénomène économique par excellence, et l'on a pu dire que, sans elle, l'économie politique n'existerait pas en tant que science.
Soulignons tout de suite l'étrangeté de cette vue : le phénomène économique par excellence, c'est la production, et non un de ses modes. L'économie politique, en tant que science, existerait parfaitement bien sans la concurrence ainsi entendue. L'existence de cette science n'est en aucune manière subordonnée à l'existence dé tel ou tel mode de production ; elle ne sera pas supprimée le jour où cessera d'exister le système économique dominé par la libre concurrence. Mais la pensée des économistes, dégagée de ces affirmations, est que la libre concurrence est le seul moyen, pour les peuples, de parvenir à un très haut degré, le plus haut, de l'activité économique. C'est précisément ce qui est très contestable.
La concurrence, en somme, c est le phénomène économique propre à un régime où la liberté du travail, la liberté du commerce et de l'industrie s'exercent sans entraves, sans limitation, sans intervention d'aucune sorte. Nous disons qu'une nation qui subit un pareil régime, intégralement, produit dans de très mauvaises conditions et se décompose rapidement.
Il est certain que la concurrence entre les hommes est un des moteurs les plus puissants de l'activité humaine. Mais seulement lorsqu'elle est tournée vers le mieux, lorsqu'elle est comprimée de telle manière, par une contrainte extérieure, qu'elle tend au plus grand efiort. La • concurrence entre les enfants, sous la férule du maître, aboutit à l'acquisition voulue, désirée, de plus de science ; retirez la férule, elle conduit à la plus grande paresse et à la prise d'ascendant, sur la classe, par les plus bruyants, les plus pillards, les plus batailleurs. La concurrence entre producteurs, quand elle est maintenue par l'Etat dans le cadre du bien social et national, conduit les producteurs à créer de meilleurs produits à meilleur marché, plus utiles à l'homme. La concurrence jouissant d'une liberté sans limite, conduit les producteurs à chercher leur plus grand profit, non dans la fabrica-
tion et la vente des choses les plus utiles à l'homme, mais dans la fabrication et le commerce de ce qui sert le plus les appétits de jouissance et de plaisir. C'est ce que les économistes n'ont pas vu. Fils de Rousseau aussi bien que de Turgot et d'Adam Smith, croyant à la bonté originelle de l'homme, croyant à la spontanéité de l'homme vers le bien, — ou, catholiques dévoyés, croyant à la possibilité de la restriction individuelle dans la liberté sociale, ils ont considéré que la liberté absolue ne pouvait entraîner aucun mal individuel ni social. La raison et la tradition enseignaient le contraire ; l'expérience en a fourni d'innombrables preuves. La libre concurrence a donné d'heureux résultats tant que les nations modernes, vivant sur le trésor de mœurs, d'usages et d'habitudes dont elles ont hérité des grands siècles, en ont limité mécaniquement les effets. Le goût du beau travail, l'amour du métier, l'honneur professionnel, les vertus d'ordre, de discipline, d'abstinence, de « bonnes vie et mœurs», que les régimes à liberté limitée avaient cultivées chez les Européens et surtout chez les Français, ont été e\ la fois les moteurs et les freins de la libre concurrence. Mais ce frein a fini par être entamé par la libre concurrence, qui appelait au
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jour l'éternelle anarchie des passions jusque-là comprimée. La désorganisation latente est alors apparue au grand jour.
Dans le travail proprement dit, le chef d'entreprise a été amené à rechercher son plus grand profit, moins dans l'invention et la meilleure organisation (où il avait toute liberté, mais où il trouvait le plus grand efiort) que dans la compression des salaires. Il est vrai que la compression des salaires a été compensée par une diminution du prix des produits, la concurrence ayant une influence évidente dans la recherche des bas prix. Mais ce fut aux dépens de la qualité de la production, et parfois par fraude sur la nature même des produits. Chaussures à semelles de carton, confitures d abricots fabriquées avec des citrouilles, camelote et produits truqués sont, avec les salaires de famine, d'authentiques créations de la libre concurrence.
En ce qui concerne les règles générales de la production, autre désorganisation. Les règlements corporatifs ou d'Etat ayant disparu, toute règle étant considérée comme une entrave, la règle devient extérieure à la production. On la trouve dans le désir, le choix, la satisfaction du « demandeur ». On ne se contente pas de fournir aux consommateurs des objets qui lui sont utiles ;
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on subordonne leur fabrication à son plaisir, à son goût, même quand les procédés de production en souffrent. La multiplicité des désirs et des goûts entraîne la multiplicité des types de fabrication, qui ne sont plus régis que par la fantEiisie du consommateur. On cherche à créer des différences extérieures entre les types, non pour appuyer une fabrication sur des nécessités nouvelles, mais pour la faire soutenir par quelque fantaisie du goût public. Conséquences : gaspillage de temps, d'efforts, de matériaux, de frais d'études, de travail, de transport, sans aucun profit pour la collectivité ni pour la production ; oubli des règles et des connaissances professionnelles. Le goût du public, dont les efiets étaient limités auparavant au choix entre les productions, vint régir la manière de produire : on peut juger de cette substitution lorsque l'on voit la chute des arts graphiques^ et de l'architecture au xix" siècle.
Il faut ajouter que la course aux bas prix de vente a eu une autre répercussion sur la valeur des producteurs : elle a abaissé la valeur professionnelle et a tué l'apprentissage. Les entrepreneurs, baissant leurs prix, étaient toujours obligés de courir au plus pressé pour rétablir une juste proportion entre leurs prix de revient et leurs
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prix de vente : le plus pressé, l'immédiat, ce n'était pas de chercher une améhoration technique, trop longue et trop coûteuse, c'était d'employer une main-d'œuvre*peu qualifiée et moins exigeante ; par la même voie, ils ont été conduits à transformer \e^ apprentis en manœuvres, rendant des services immédiats. On a ainsi introduit dans toutes les corporations des non-valeurs professionnelles. Ceci est vrai pour la maind'œuvre. C'est également vrai pour la direction, pour d'autres raisons. La liberté industrielle et commerciale a ouvert n'importe quelle profession à n'importe qui, sans autres garanties qu'une honorabilité mal définie et une solvabilité limitée. Le résultat a été le développement de l'incompétence et de l'irresponsabilité. Les libéraux affirment que la Uberté a créé la responsabilité du producteur. Elle n'a créé, ou plutôt elle n'a développé que la responsabilité capitaliste du capitaliste. Mais elle a rendu le producteur irresponsable de la qualité, de la valeur de sa producduction; elle lui a enlevé toute la responsabiUté sociale. L'entrepreneur a été libre de « gâcher le métier » par les baisses de prix, les fabrications mauvaises, l'exploitation, 1 exploitation des travailleurs et des consommateurs. Nul n'était qualifié pour lui demander raison et justice de ces
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actes ; l'esprit public était d'ailleurs entraîné à considérer qu'il ne pouvait exister aucune responsabilité à cet égard. L'entrepreneur n'a été jugé que sur le paiement de ses échéances et sur ses bilans. Les entreprises sont devenues exclusivement des entreprises capitalistes. Toute hiérarchie de la production, basée sur les différentes valeurs des métiers, a disparu. Les entreprises n'ont été jugées que sur le rendement capitÊdiste de l'entreprise. Socialement, dans ce régime, un tenancier d'assommoirs, qui « gagne » cent mille francs par an à empoisonner le pays, a le même rang et la même valeur que l'éditeur ou le fabricant de draps qui réalisent des bénéfices égaux.
Les effets de cette loi capitaliste des entreprises, joints à la liberté d'exploiter également les besoins vrais, les besoins factices, les plaisirs et les vices de l'homme, ont été profonds dan» l'économie générale. Une part importante, tout à fait excessive, a été faite à l'exploitation de la vie factice et de la pourriture sociale ; le régime de la liberté économique y portait naturellement ; il devait se produire appel des capitalistes vers les métiers 011 l'on gagne l'argent aisément, ceci en vertu de la loi qui jrégit toutes les actions humaines, celle du moindre elVort. Or, il est bien
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connu que les métiers qui exploitent les besoins humains de plaisir, de jouissance, voire de vice, sont ceux qui sont les plus rémunérateurs. Jl<a ménagère marchande une botte de poireaux; la mère de famille discute les prix des vêtements de ses enfants ; l'ivrogne, le débauché, la coquette, la fille de joie ne marchandent ni le petit verre, ni les franfreluches, ni les bijoux. Tout ce qui vit en marge de la vie normale paie sans compter. Toute passion déréglée se paie au prix fort. Dans cet ordre les gains sont faciles. Le régime de la liberté économique nous a valu une fameuse exploitation des faiblesses humaines qui ont absorbé les efforts d'un nombre énorme de travailleurs. C'est une perte sèche pour la production. Les malheureux crétins qui croient que cela fait marcher le commerce, ne se rendent pas compte que cela nous fait payer le beurre plus cher. Ne citons qu'un de ces commerces : celui de la boisson ; le régime de la libre concurrence est responsable du nombre invraisemblable de mastroquets qui deviennent de respectables rentiers après avoir empoisonné la nation.
Mais ce sont là les moindres maux de la concurrence : le pire, c'est qu'elle apporte dans tous les pays qui la subissent de redoutables ferments de guerre civile. C'est à elle que nous
LA CONCURRENCE. go
devons les menaces de révolution sociale qui pèsent sur la civilisation contemporaine. Le socialisme est le fils ingrat de l'économie libérale, car, bien qu'il ait fait la critique de l'économie politique, il a utilisé ses méthodes intellectuelles et n'a fait que prolonger le roman de l'évolutionnisme politico-économique que ses prédécesseurs arrêtaient à l'avènement du capitalisme. Et ce sont les maux déchaînés dans le monde par la libre concurrence qui ont provoqué, chez les ouvriers surmenés et mal payés par des patrons subissant eux-mêmes la pression de la concurrence sans frein, l'explosion des sentiments de colère, de haine, que les théoriciens et les politiciens du socialisme ont exploités. Les mouvements ouvriers de notre siècle sont une réaction contre un système économique qui brisait et dominait la vie ouvrière, et, s'ils ont pris une direction révolutionnaire, tendant à la destruction des conditions de toute vie politique et sociale, c'est parce que la pensée socialiste n'a fait que prolonger la courbe intellectuelle de l'économie politique. L'impuissance de l'économie libérale à faire la critique décisive du socialisme vient du fait qu'elle ne pourrait pousser sa critique à fond sans nier ses premiers principes. Economistes libéraux et socialistes sont d'accord
sur le caractère de l'évolution économique : mais les premiers disent l'évolution arrêjée, les seconds affirment qu'elle continue et qu'elle n'atteindra son dernier terme qu'au moment oii le prolétariat prendra possession des moyens de produc tion. Ici seulement commence la querelle : c'est une querelle entre aînés et puînés.
Au surplus, ce n'est pas seulement par le moyen indirect de l'action intellectuelle que l'économie libérale nous pousse vers la guerre civile ou la guerre sociale. Directement, par le simple jeu de ses prétendues lois, elle organise la guerre entre citoyens. La guerre; je ne dis pas : la lutte économique, mais la guerre, avec armes. En effet, si, en période d'abondance, la libre concurrence ne nous empoisonne, ne nous dissout que lentement, en période de disette, elle nous accule à la guerre. Si vous voulez vous en rendre compte, observez le temps où vous vivez, le temps où nous sommes, depuis l'an 191 4 jusqu'à l'an 1920 ou 192 1, et imaginez ce qui se passerait si nous étions replongés dans le régime de la liberté commerciale absolue : nous manquons de charbon, nous manquons de blé, nous manquons de bien d'autres choses; .supprimez la répartition: laissez jouer la vraie et authentique liberté commerciale : alors, ou bien
le charbon et le blé seront bloqués dans certaines régions, et ce serait la guerre entre régions pour le pain et le charbon : ou bien les marchands de charbon et de blé, spéculant sur les demandes, les désirs, les besoins, feraient monter les prix à de tels taux que le charbon ne pourrait plus être acheté que par les riches, et que le pain manquerait à la table du pauvre : conséquence, guerre civile et guerre sociale.
11 suffit de faire ces hypothèses, qui n'ont pas été seulement des hypothèses dans quelques pays et à certains moments de la guerre, pour se rendre compte que les dogmes de l'économie politique sont propres à briser les liens sociaux des pays qui les respecteraient rigoureusement. C'est alors que 1 on voit combien il est sot de dire qu'ils ont été inventés pour servir les intérêts de la bourgeoisie. Ils desservent aussi bien les intérêts populaires que les intérêts bourgeois. Ils ne servent que les intérêts des marchands et des spéculateurs. Si les théories n'étaient que la transposition des intérêts en figures intellectuelles, on pourrait même dire que les théories de l'économie libérale traduisent les intérêts de ces marchands orientaux qui, dans les bazars, dans les soukhs, fixent leurs prix, non sur leur prix d'achat, mais selon la
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iête du client. Psychologiquement, il ne serait pas hasardeux de voir dans les formules' et les (( lois )) de l'économie politique, l'influence des habitudes intellectuelles d'un groupe ethnique qui, depuis des siècles, trafique sur les marchés de l'Orient et de l'Occident. Mais quelle qu ait pu être la valeur d'influences de cette nature sur la constitution des doctrines économiques, il faut voir surtout que leurs erreurs sont des erreurs de l'esprit. Il faut leur opposer la raison, la science, la vérité.