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IHEORIE DE LA VALEUR ET DE LA PLUS-VALUE

titué par cette fantaisiste plus-value ! C'est sur cette colossale absurdité, sur ce raisonnement vraiment puéril que l'on a construit toute une doctrine économique et sociale. C'est avec cette fausse théorie du travail impayé, du surproduit empoché par le capitaliste que l'on a excité et surexcité les passions ouvrières. Que l'on considère les conséquences formidables de cette erreur de raisonnement : c'est très exactement au nom de cette prétendue analyse scientifique des faits économiques que les bolchevistes, marxistes authentiques, ont ruiné en quelques mois l'économie russe.

Si l'on veut bien examiner les doctrines socialisles ayant cours en Europe, les revendications révolutionnaires dites ouvrières, la littérature socialiste révolutionnaire, on verra que ces thèses marxistes sont le fond de tout le mouvement socialiste. Cette théorie de la plus-value, passée de Marx à ses disciples, de ses disciples à ses vulgarisateurs, de ses vulgarisateurs aux réunions de propagande, substituée aux thèses du socialisme français par les soins de la cabale marxiste, on la retrouve dans les discours que tient le moindre apprenti enrégimenté dans la section française de l'Internationale ouvrière ou dans quelque jeunesse syndicaliste.

Critique de la théorie de la plus-value. Les éléments de la production.

Si les doctrines du socialisme marxiste étaient fondées en raison, si elles étaient justifiées par l'expérience, si leur application devait déterminer un accroissement de production, il n'y aurait à leur opposer que les intérêts des classes bourgeoises, et je suis bien obligé de dire que, au point de vue de la civilisation, la défense des intérêts capitalistes, dans ce cas, serait tout à fait négligeable. xMais le vrai est que le marxisme ne résiste pas à l'examen de la raison, est condamné par la science et l'expérience, et la preuve a été amplement donnée qu'il détermine une baisse énorme de la production, même lorsqu'il est appliqué avec toutes les ressources de la plus rude autorité.

Il est capital de saisir cette théorie de la plusvalue qui constitue ce profit capitaliste que Marx déclare être du travail impayé et volé par le capitaliste à l'ouvrier salarié. Si Marx a fait cette singulière découverte, c'est qu'il y a été amené par une forte erreur dans cette théorie de la valeur, antérieure à la théorie de la plus-value et à laquelle les socialistes accordent encore un vrai caractère scientifique. Marx, critiquant les théo-

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ries de la valeur de ses devanciers (et il fait parfois de justes critiques, très pénétrantes), aboutit à formuler que la valeur d'une marchandise fabriquée est déterminée par les quantités ou sommes respectives de travail qui sont appliquées, réalisées, fixées dans ces marchandises. Quelle mesure donne-t-il pour l'évaluation de ces quantités de travail? Le temps ([ue dure le travail dans des conditions générales de production donnée (les quantités de travail incorporées à l'installation, aux machines, étant comprises), le temps compté ici n'étant que du temps ouvrier. 11 suffit de présenter l'analyse de Marx dans ce raccourci, fait avec ses propres expressions, pour l'aire apparaître la lourde erreur marxiste aux yeux d'hommes habitués aux principes de la méthodisation du travail. On voit que la notion de qualité a complètement échappé à Marx, et c'est en grande partie de cet oubli que vient son étonnante théorie de la plus-value. Marx mesure les quantités de travail d'après le temps de travail et le temps de travail n'est conditionné pour lui que par les données naturelles (fertilité du sol, richesse minière, etc.) et par le perfectionnement et les progrès des forces sociales de travail. Marx énumère comme facteur modifiant le temps de travail : « La subdi-

vision du travail, le machinisme, les perfectionnements de procédés, les applications d'agents chimiques ou d'agents naturels, l'abrègement du temps et de l'espace à l'aide de nouveaux moyens de communication et de transports, enfin tout système par lequel la science met les agents naturels au service du travail et qui en développe le caractère social ou coopératif. »

Dans cette énumération, on ne voit apparaître aucune des conditions qualitatives qui transforment du tout au tout le rendement du travail : conception, direction, commandement, sont ignorés ou méconnus. Marx paraît ignorer ce qui est devenu pour nous une règle d'or (que nous en ayons conscience ou non), que le temps de travail est : i" fonction de l'organisation fondamentale des entreprises; 2° fonction de la conception même du travail, de son organisation intellectuelle, de la combinaison de mouvements donnée au travail et des méthodes d'utilisation des matériaux ; 3° fonction de la valeur d'un autre élément (dont on n'aime guère à parler en ce temps-ci) : le commandement. Bref, la théorie de Marx escamote complètement l'œuvre intellectuelle qui précède tout travail, quel qu'il soit, et l'œuvre de l'énergie qui commande sa réahsation. Aujourd'hui, la taylorisation ou, plus jus-

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tement, la méthodisatioii du travail dans l'industrie fait apparaître aux personnes les moins informées des phénomènes économiques l'énorme part qui revient à l'organisation intellectuelle du travail dans la production. Au moment où Marx écrivait, le public était en droit de l'ignorer (bien que l'on pût trouver dans l'œuATe de Vauban des indications de haute utilité) ; mais Marx, se posant en investigateur scientifique, n'avait pas le droit de négliger ces éléments. S'il avait analysé scientifiquement le travail du charron, du métallurgiste, ou même du simple casseur de cailloux, il aurait vu que tout travail, aussi simple qu'il soit, est préparé par une conception qui détermine le temps, la quantité et la qualité du travail, et par conséquent sa valeur.

Mais quelles sont les conséquences de ces erreurs initiales? Méconnaissant cette œuvre de l'intelligence qui conçoit le travail et ses mouvements, méconnaissant cette action de l'énergie qui le commande, Marx ne peut découvrir la vraie nature du profit qu'il nomme profit capitaliste. Puisqu'il ne s'agit que de quantités et de temps de travail, le profit ne pourra être évidemment que cette plus-value, ce surproduit, ce travail impayé qu'il croit définir. Mieux avertis, plus éclairés, que découvrons- nous ? C'est

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que ce qu'il nomme plus-value est rigoureusement l'œuvre du chef d'entreprise. C'est, schématiquement, la différence qu'il y a entre la production d'un homme travaillant seul, selon ses propres moyens, et la production que le même homme fournit quand il travaille sous la direction et le commandement d'un chef qui organise son travail, qui règle, par ses conceptions, l'économie des forces, du temps et des matériaux, qui invente des tâches, les répartit et détermine l'utilisation des énergies humaines. \oilà ce qui explique, pour une large part, le profit du chef d'entreprise, voilà ce qui le justifie au point de vue de la production ^

Marx , croyant que la plus-value représente du travail impayé, admet, sans tenter une démonstration, d'ailleurs, que le travail de l'ouvrier est seul créateur de valeur. C'est admettre du même

I . Marx n"a pas vu, au surplus, que le profit des entreprises ne va que pour une faible partie au capitaliste proprement dit. Lorsque, dans une entreprise, le capital et le chef d'entreprise sont dissociés (cas des sociétés anonymes ), le capital ne reçoit pas beaucoup plus que l'intérêt de ce qu'il a exposé ; la plus grosse part des profits est acquise à celui ou à ceux qui dirigent effectivement, ce qui e^l d'aillf^ur* parfaitement légitime. Quand l'^iitreprise et le capital sont unis dans une même personne, le capitaliste-entrepreneur reçoit les profits beaucoup plus comme entrepreneur que comme capitaliste. Les profits sont la rémunération de sa capacité de cliof, d'organisateur du travail.

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coup que, quelle que soit la valeur, la qualité, l'énergie de la direction, le rendement de l'ouvrier sera exactement le même. C'est admettre également que, en dehors de toute considération technique, il est indifférent, pour le rendement, que l'ouvrier soit contrôlé, surveillé, commandé. C'est admettre qu'une équipe d'ouvriers donnera exactement le même rendement, qu'elle ait un chef ou qu'elle n'en ait pas. Marx tient pour nulle la part donnée à la valeur du travail par Tadministration des choses et le gouvernement des hommes. Fils soumis du xviii* siècle, il ne soupçonne pas un instant que la question puisse se poser. Le chef, l'entrepreneur, n'est pas pour lui un homme dont les conceptions et le commandement ont un retentissement sur le rendement du travail et par conséquent sur la valeur. A ses yeux, et sans même qu'il essaie de le prouver, ce chef, cet entrepreneur n'est que le membre d'une classe qui maintient dans la sujétion, par la force, le prolétariat, afin de le dépouiller d'une partie des valeurs qu'il crée.

Ceci étant admis, le reste évidemment s'ensjiit : si les prolétaires sont les seuls créateurs de la valeur, c'est-à-dire de tous les produits et denrées, si les bourgeois ne sont que des parasites superposés à la production, et vivant aux

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dépens du prolétariat, il doit y avoir dans le prolétariat la volonté de se délivrer de l'exploitation organisée jDar la bourgeoisie, donc lutte des classes, et la justice exige que le prolétariat parvienne à exercer une véritable dictature pour consolider sa libération.

Mais comment concilier une telle interprétation de l'histoire avec les enseignements de l'histoire elle-même.^ Si cette marche de l'humanité vers la « libération » du prolétariat est un fait naturel, une loi naturelle inéluctable, comment expliquer que la dictature du prolétariat ait tant tardé, que toutes les tentatives qui en ont été faites aient échoué ? Comment expliquer que les hommes, la majorité des hommes aient, en somme, toléré, accepté et même désiré, depuis les origines du monde, les formes diverses d'un régime qui était le mal pour eux.*^ Pourquoi la loi naturelle qui les porterait vers leur prétendue libération ne parvient-elle pas à se manifester intégralement, triomphalement.^ Et la loi qui a régi jusqu'ici la formation des sociétés humaines, et qui créait une hiérarchie sociale, ne serait-elle pas une loi naturelle .^^ Serait-elle le produit de quelque force extra- naturelle qui aurait permis aux princes, aux nobles et aux bourgeois de durer contre une loi naturelle qui

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