LE REGIMK DE LA CONTRAINTE MUTUELLE
on a, en même temps, mis en péril plusieurs des facteurs de la production.
Nous avons déjà fait le procès du régime de la libre concurrence. Nous indiquerons ici comment et pourquoi, dans ce régime, les chefs de la production sont détournés de la voie du perfectionnement technique.
Si le perfectionnement technique est. pour un chef d'industrie, le meilleur moyen de s'assurer des avantages sur ses concurrents, il n'en reste pas moins qu'il est le moyen le plus diffi cile à employer, celui qui exige le plus grand effort, tant à cause de l'efiort d'invention et de recherche qu'il exige que par le fait qu'il oblige l'industriel à risquer de nouveaux capitaux. Si le chef d'entreprise ne disposait d'aucun autre moyen, il serait contraint de l'employer. Mais, dans le régime économique de la libre concur rence et dans le régime politique de la démocratie, les chefs de la production peuvent échapper à ce plus grand effort de travail auquel la concurrence les invite :
i" Par la compression des salaires, l'ouvrier n'ayant, au xix* siècle, aucun moyen de maintenir les salaires au taux nécessaire à l'entretien de la famille ouvrière :
2" Par un usage abusif des pouvoirs d'Etat,
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dont les groupes industriels peuvent se servir, en s'alliant à des politiciens influents, pour obtenir de l'Etat les subventions, les souscriptions, les protections qui rétabliront leur situation devant la concurrence.
Ainsi la libre concurrence porte-t-elle les chefs de la production et du commerce à éviter la voie du progrès technique, celle du plus grand effort, et à rechercher les moyens de maintenir leurs bénéfices par une dégradation de la force ouvrière ou de la force de l'Etat, c'est-à-dire par le moindre eff'ort dans la voie où ils trouvent la moindre résistance.
La recherche continue du perfectionnement technique ne peut donc être assurée que si les chefs d entreprise, qui sont seuls en mesure de réaliser les progrès techniques, sont absolument contraints de les trouver, sous peine de déchéance automatique. Il faut qu'ils soient placés dans un régime qui ne leur laisse pas d'autre voie. Le régime qui les place dans les conditions nécessaires n'est pas celui de la libre concurrence : c'est celui de la contrainte mutuelle, organisé sous le contrôle de l'Etat, dans un régime politique où l'Etat est indépendant des groupes économiques.
Nous concevons que l'Etat, indépendant des
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classes, des groupes et des partis, place au-dessus de tous une même loi qui oblige tous les citoyens au travail et leur interdit de se servir de sa propre force ou de ses propres ressources pour échapper au travail; nous concevons que l'Etat est en mesure, ainsi, d'imposer à tous le respect de l'intérêt national qu'il représente et au nom duquel il intervient lorsque la vie économique menace tel ou tel des intérêts sociaux du présent et de l'avenir qu'il est seul à connaître et à pouvoir défendre.
Sous sa contrainte et sous sa protection, contrainte mutuelle organisée : contrainte des groupes de vendeurs sur les groupes de producteurs, contrainte des groupes de la main-d'oeuvre sur les groupes de chefs, de telle manière que les prix s'établissent, non par des accords individuels oii ils s avilissent, mais par des accords collectifs où ils sont comprimés dans les limites des possibilités du moment. Il ne s'agit pas ici d'utopie ; ce régime de la contrainte mutuelle, il s'organise sous nos yeux; c'est le régime syndical étendu à toute la production, aux transports et à toutes les formes du commerce. Dans ce régime, tous sont syndiqués, pour vendre, pour acheter, pour produire, pour travailler; les prix de toutes choses, les conditions du travail
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et de sa rémunération, les conditions de la production sont réglés par les accords syndicaux entre syndicats intéressés. Les syndicats des commerçants, en contact avec les consommateurs et subissant leur pression, font pression sur les syndicats de producteurs pour obtenir des prix moins élevés: les syndicats de la technique et de la main-d'œuvre font pression sur les syndicats de producteurs pour obtenir une rémunération plus élevée. Pressés de part et d'autre, les producteurs n'ont qu'une voie pour échapper à la pression qu'ils subissent, c'est celle du progrès technique qui les conduit à l'augmentation de rendement et aux prix moins élevés. A leur tour, ils font pression sur la technique et la main-d'œuvre pour obtenir un meilleur rendement professionnel, et sur les syndicats de commerçants pour obtenir des débouchés nouveaux ou plus étendus.
A l'intérieur de chaque syndicat, contrainte des membres les uns sur les autres, en vue de faire respecter la discipline, les règles collectives et les accords syndicaux. Le résultat général doit être, automatiquement, l'élévation de la valeur professionnelle dans les groupes de la maind'œuvre et de la technique, l'accroissement et le perfectionnement des entreprises, le développe
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ment de l'activité commerciale. La raison en est simple : les institutions sont combinées de telle manière que les groupes économiques cherchant tous le moindre efiPort, se contraignent mutuellement au plus grand etiort. C'est le régime vers lequel nous tendons confusément, sous la pression de la dure nécessité où nous sommes, et vers lequel nous marcherons d'un pas d'autant plus rapide que nous comprendrons mieux qu'il est la seule voie de salut pour les peuples qui ont été à demi ruinés par la Grande Guerre.
Il est bien évident que ce seul mécanisme ne suffit pas pour donner la prospérité à un peuple. Les meilleures institutions ne peuvent assurer la prospérité d'une nation dont les citoyens ne voudraient pas travailler. Et il faut une âme pour animer le mécanisme que 1 on décrit ici. Mais nous reviendrons là-dessus en formulant les conclusions de ce livre. L'objet de ce chapitre est limité à l'enseignement de cette vérité : les peuples ne travaillent heureusement que lorsqu'ils se donnent des institutions qui les soumettent au régime de la contrainte mutuelle. Les nations qui accepteraient ce régime de la libre entr'aide que des hommes généreux mais ignorants du réel ont rêvé, ces nations-là se condamneraient à une mort certaine et i-apide.
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Recherche des bas prix par le consommateur.
REPRESENTATION DU JEU DES FORCES ÉCONOMIQUES DANS LES DIFFÉRENTS RÉGIMES