LES GRÈVES ET LES IDEES
être la vérité pour l'action économique et sociale. Nous n'avons jamais voulu la subordonner aux intérêts, aux passions ou aux préjugés dune classe ou d'une autre. Nous pouvons donc commenter les événements de juin et de juillet 1919 avec une entière liberté d'esprit.
En huit jours, des grèves avaient été déclenchées de tous côtés, dans presque toutes les corporations. Nous trouvions-nous devant un mouvement de nature purement économique n'ayant d'autre moteur que l'intérêt ouvrier.^ Il est d'une évidence aveuglante aujourd'hui que, si les intérêts ouvriers ont été utilisés dans ces mouvements, la direction n'en a été nullement ouvrière. Utilisant les revendications des employés et des ouvriers dans une crise économique sans précédent, un parti a provoqué ou exploité des mouvements en vue d'un résultat politique. Il les a coordonnés, à l'insu de ceux qui y participaient, leur a donné l'allure de mouvements spontanés afin de faire croire aux uns cl aux autres qu'ils agissaient non selon un plan élaboré en dehors d'eux, mais sous la pression des mêmes nécessités. Il s'agissait d'organiser une grève générale, sans prononcer le mot, qui eût déterminé une hostilité profonde dans tout le pays. Ainsi, pouvait-on entraîner les masses vers un objectif
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qu elles ne voyaient pas. Un très petit nombre d'hommes peuvent ainsi manœuvrer une foule considérable.
Veut-on savoir comment l'on procède pour entraîner dans une action révolutionnaire des hommes qui tiennent la révolution pour le pire des maux? En 19 19, les conditions économiques étant telles qu'il n'est pas de corporations où l'on ne souffre des difficultés générales, la tactique est d'une extrême simplicité. Si l'on vise une corporation 011 il n'y a pas de vie syndicale, on choisit quelques hommes de la profession pour engager le mouvement; on les gagne parle cœur ou par l'intérêt; on leur fournit un plan d'action, avec les premiers subsides. Puis, on les invite à réunir leurs camarades et l'on disparaît. A la première réunion, les camarades sont en état de défiance : ils veulent bien présenter des revendications ; ils veulent bien se syndiquer ; mais ils se défient de la G. G. T. Les entraîneurs se gardent bien de heurter de front cette défiance, et fondent un premier groupement. Le groupement fondé, on parle doucement de la G. G. T. Résistances ; mais il se trouve toujours un camarade pour dire que l'adhésion à la G. G. T. n'entraîne pas l'adhésion à la révolution, un autre déclare que, plus il y aura de non-révolu-