LES GKEVES ET LES IDEES
tionnaires à la Confédération et plus le mouvement ouvrier sera « modéré ». Au surplus, il faut des statuts, des bureaux, des salles de réunion. Où cela se trouve-t-il, sans avances de fonds, sinon à la Bourse du Travail.^* Ceci dit, les propagandistes peuvent reparaître ; la défiance à leur égard n'est pas tombée, mais elle est désormais impuissante. Les nouveaux syndiqués ne sont pas encore fiers d'adhérer à la C. G. T., mais ils sont convaincus que l'on ne peut faire grand' chose en dehors d'elle, et comme ils désirent augmenter leurs salaires, ils se laissent faire violence. S'il s'agit d'une corporation bien organisée syndicalement, il suffit d'avoir le bureau du syndicat pour entraîner tout le monde. Si le bureau du syndicat résiste, et c'est très fréquent, on crée à côté de lui un comité d'entente syndicale qui lui suscite toutes les difficultés et qui, exploitant les passions contre lui, le contraint à une action qu'il condamne. S'agit-il de faire marcher les grandes fédérations, le procédé est le même. Veut-on enfin agir sur le comité confédéral lui-même.'^ C'est par l'action de ces groupes extra-syndicaux que l'on obtient le résultat cherché.
Car il faut bien s en rendre compte : les mouvements observés depuis la fin de 1918 n'ont pas
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été conçus par cette entité que l'on nomme la G. G. T., ni par les hommes les plus connus comme « meneurs » ouvriers. La grande majorité des hommes qui participent à la vie syndicale confédérale sont hostiles au mouvement révolutionnaire immédiat. Ils y sont entraînés par une infime minorité, mais par une minorité agissante et qui, utilisant dans la troupe ouvrière les intérêts immédiats, utilise chez les chefs les idées et les doctrines.
L'or étranger, l'or bolchevisle, lor de la finance facilite cette action et en décuple la force. Mais l'or ne crée pas, il ne permet que de multipUer et d'accélérer les mouvements. L'or n'explique pas l'ardeur de la minorité ni la passivité de la majorité. La vérité, la grande vérité, c'est que la minorité avec ou sans or, exploite l'idée pure contre une majorité qui est obligée de ne regarder sa conscience des réalités que comme une faiblesse humaine, opportuniste, devant l'idée. L'idée, c'est le marxisme, répandu à fortes ou faibles doses dans les groupements syndicalistes. Si les chefs syndicalistes cèdent devant des hommes qui ont peu ou point d'autorité syndicale, c'est parce qu'ils sont tout autant qu'eux pénétrés de marxisme, et qu'ils se trouvent ainsi sans défense contre ceux qui les
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accusent de tiédeur dans la foi. Ce n'est pas, comme on le dit trop souvent, le jeu de la surenchère : c'est le rappel aux principes, c'est le rappel à la doctrine qui joue. La plupart des chefs syndicalistes ont vu depuis longtemps que
I application de la doctrine déterminerait une catastrophe ; mais ils ne l'ont pas abandonnée ; ils ont conçu qu'ils laisseraient leurs successeurs se débrouiller dans les difficultés d'application.
II est aisé à leurs adversaires de faire pression sur eux, rien qu'en les dénonçant comme de simples opportunistes.
C'est dans ce prestige des idées qu'il faut chercher l'explication de l'absurdité extraordinaire des événements ouvriers, où l'on vit tant d'hommes entraînés, contre leurs intérêts, contre leur volonté, vers une fin qui leur fait horreur. Que l'intérêt allemand exploite cela, et qu'il provoque l'explosion au moment utile pour lui, c'est un jeu facile, avec le concours de quelques complices bien placés et bien camouflés en humanitaires. Et l'Allemagne est bien outillée pour exploiter une idée qui est née chez elle et qui est représentée aujourd'hui dans son gouvernement. Mais la force et la violence que l'on veut déchaîner résident dans les idées. Il ne faut pas compter sur le « robuste bon sens » des
Français pour réagir contre l'idée marxiste : ce (( robuste bon sens » , dans le trouble de la vie économique d'après-guerre, fonctionne au profit du marxisme chez tous ceux qui ont été touchés par la propagande socialiste. En l'absence, chez un grand nombre d'ouvriers français, d'une idée qui s'oppose nettement au marxisme, c'est d'ailleurs que viendra le salut. C'est le cœur, c'est le sang français qui rendra au pays le sens de sa destinée, mais non sans obéir aux raisons qui sont enseignées depuis vingt ans par les hommes qui rénovent la pensée pure et la science" politique. Et nous ne devrons pas oublier, quand la crise décroîtra, qu'il est périlleux de confier la fortune d'un peuple aux coups du cœur. Si l'on veut que le cœur français demeure sain, donnons à l'esprit sa nourriture. A l'idée, il faut opposer l'idée.