‹ L'économie nouvelleChapitre 5 sur 59 · LA SALUTATION A LA PAIX. II · texte numérisé non relu

LA SALUTATION A LA PAIX. II

faut ijue cela soit. Mais j affirme que cesl chez eux une considération secondaire. Dans la crise oà nous sommes, ils sont possédés par la volonté de surmonter les immenses difficultés qui leur sont opposées. Voilà le plus puissant moteur des Français aujourd'hui. Ils ont gagné la guerre; ils veulent gagner la paix, afin de montrer au monde que ceux qui ont triomphé sur la Marne et à Verdun sont aussi courageux au travail qu'au combat. C'est l'esprit de victoire qui les anime.

Leurs collaborateurs, ouvriers et employés, à part ceux qui ont délibérément échappé aux risques de la guerre, ou, les ayant subis, ont tremblé devant la Face terrible, leurs collaborateurs, eux aussi, sont soulevés par une ardeur nouvelle. Eclairés par la guerre sur eux-mêmes, conscients de leur J or ce et de leur valeur, ils sont devenus plus ardents dans l' expression de leurs volontés et ils veulent avoir des chefs dignes d'eux, capables de les conduire à la prospérité. Mais l'appel aux passions révolutionnaires ne fait plus que les effleurer; il ne les touche pas au cœur; il atteint à peine leur esprit. La victoire les a vaccinés contre la fièvre révolutionnaire. Eux aussi sont saisis par la volonté de créer; ils savent qu'ils appartiennent à an peuple-chef. Ils ont été dans la guerre à la tête de tous les peuples de la terre : ils

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veulent conserve?' cette primauté par le travail. C'est l'esprit de victoire qui les anime.

Fondons notre confiance sur la connaissance de ces profondes réalités. C'est par elles que nous serons sauvés dans la paix comme nous l'avons été dans la guerre. Ce sont elles qui vont ordonner le monde nouveau où nous entrons. Le système capitaliste, qui a régenté notre économie pendant plus d'un siècle, est désormais une chose morte. Il avait séparé la nation en classes ennemies. La nation a retrouvé, dans la guerre, sa loi et le sens de ses destinées. Le cycle de ses erreurs, ouvert par la guerre, se ferme par la guerre. C'est en combattant que le peuple français découvre l'erreur qui l'avait jeté dans un système militaire et social absurde et redécouvre les liens qui unissent, au travail comme au combat, les chefs et les soldats. Il a compris que l'or est le pire et le plus faux des maîtres. Sur le champ de bataille comme à l'usine, ce qui compte, ce qui commande, ce n'est pas l'Or, c'est la valeur humaine, c'est le chef, c'est l'homme. L'un commande, l'autre obéit, tous sont soumis à la loi du salut commun, les uns et les autres sont unis, par-dessus les différences de commandement, par le dévouement à une même œuvre. Sur ces souvenirs, sur cette connaissance

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vécue des conditions de la vie et de l'action, l'ordre du salut public s établira. ISon sur la basse soumission au chef. Mais sur la confiance dans le chef. Chacun voulant son dû. Non par envie, non par récrimination, mais selon la connaissance de sa valeur et selon l'honneur. Car, — c'est encore une chose que ne comprend pas le barbare qui dit le pays empoisonné par la victoire, — un grand sentiment rentre dans la vie nationale, le sentiment de l'honneur. Retrouvé dans les combats, l'honneur reprend sa place dans le travail. L'homme qui travaille ne se présentera plus devant son patron dans l'attitude humble de celui qui est devant son protecteur ; il viendra la tête haute, le regard droit, comme le soldat devant son chef. Le même sentiment de l'honneur le meut. S'il est là, c'est parce qu'il veut vivre en travaillant comme il était prêt à mourir en combattant. Tu as raison, barbare, c'est bien la victoire qui ordonne les actes des Français. C'est bien elle qui gonfle leur cœur et les conduit à la conquête de l'avenir. C'est bien elle qui va ordonner leurs créations. C'est elle qui va féconder leur travail. Au travail, au travail ! Nous vaincrons !

En ce jour de la siynature de la paix, 28 juin 19î'J.

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