‹ L'économie nouvelleChapitre 54 sur 59 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Ne nous demandons pas où nous allons. Nous irons où nous voudrons. Il suffit d'avoir une idée en tcle, et une forte volonté à son service, pour donner une direction aux événements. Ceci est vrai pour l'homme qui porte l'erreur et pour celui qui porte la vérité. Mais la volonté qui sert l'erreur conduit les peuj)les à la ruine et à la mort. Celle qui sert la vérité conserve la vie des nations et leur donne la prospérité. Du jour où nous possédons une doctrine vérifiée par l'expérience, une idée dont la force de réalisation a été éprouvée, si nous y joignons la volonté de réussir, nous pouvons marcher hardiment : nous n'aurons pas à nous demander où nous conduisent les événements, car c'est nous qui les engendrerons. Et nous donnerons au monde, à notre société, à notre nation, les formes que nous

Vaiois. Économie. it;

aurons imaginées, prévues, la figure que nous donnerons à l'avenir que nous voulons organiser. La catastrophe russe n'est pas issue des conditions politiques et sociales de l'Empire : elle était dans la tête de Lénine et des disciples de Marx. La renaissance française est dans la tête d'un certain nombre de Français qu'anime une ardente volonté de faire vivre la France et de lui restituer son rôle d'initiatrice de la civilisation.

Ceci étant connu, on peut faire sans témérité quelques anticipations :

La période de l'individualisme économique et de la démocratie politique touche à sa fin. Ces deux erreurs de l'intelligence humaine sont connues aujourd'hui comme des erreurs; il est certain que le monde moderne les rejette et va s'organiser selon les règles d'autres systèmes. Le socialisme n'a aucune chance de réussite, non parce qu'il manque d'adeptes, mais parce qu'il est d'une réalisation impossible; l'heure de son triomphe serait celle de sa fin irrémédiable ; toutefois, il n'est pas impossible qu'il soit le régime nominal de quelques nations arriérées qui, incapables de saisir la contradiction entre les faits et les idées, accepteront ou subiront, sous le nom de dictature du prolétariat, une sorte

l'avenir. 375

d'autocratie intellectuelle, militaire et économique qui leur donnera de nouveaux chefs sous des noms nouveaux et qui, annulant en principe la notion d'autorité, renforcera en fait les institutions du commandement sous toutes ses formes. C'est ce que l'on voit en Russie, où la durée du régime bolcheviste ne s'explique que par le fait que les maîtres du régime reconstruisent, à leur profit, toutes les institutions du régime qu'ils ont détruit : les chefs de l'armée sont ramenés sous le nom de spécialistes militaires ; ceux de l'économie sous le nom de spécialistes de l'économie. Si ce régime dure quelques années, les spécialistes militaires ne pourront, pratiquement, être distingués des officiers de n'importe quelle armée, et les spécialistes de l'économie seront des patrons tout comme ceux de n'importe quelle nation dite capitaliste, et les Soviets ressembleront singulièrement aux Conseils syndicaux ou aux Consortiums économiques des nations capitalistes. Ce n'est pas un phénomène nouveau dans l'histoire, et l'on sait assez que ce fut le mode de transformation de la Révolution française qui aboutit sans heurts, conformément à la logique des nécessités, aux institutions napoléoniennes, avec le concours des hommes qui avaient fait la révolution.

2/6 l'économie pjouvellb.

Augereau pouvait dire, au sacre de Napoléon, qu'il ne manquait rien à cette grandiose cérémonie, rien, sinon les cinq cent mille hommes qui s'étaient fait tuer pour mettre fin à tout cela. Il n'y a pas d'autre issue, pour les révolutions, qu'elles soient politiques ou sociales, que la substitution de nouveaux chefs aux anciens, — ou la ruine totale. Mais cette substitution se fait sous des noms nouveaux et peut-être accompagnée de formes nouvelles de commandement et d'organisation économique et sociale.

Dans les pays latins, à l'occident et au centre de l'Europe, les transformations peuvent se faire dans des conditions toutes différentes. Si les chefs actuels de l'économie prennent eux-mêmes en mains l'œuvre de transformation que nous avons à accomplir, ils demeureront chefs de l'économie nouvelle de demain. C'est d'ailleurs ce que nous voyons se produire sous nos yeux : sous la pression des nécessités, sous la pression de l'action intellectuelle qui s'exerce sur eux, les chefs d'entreprise, même ceux qui ont l'esprit complètement soumis aux doctrines de l'économie libérale, les chefs d'entreprise créent des institutions en opposition totale avec les habitudes et les doctrines de l'individualisme. De tous côtés, les producteurs ouvriers et patrons

se syndiquent, pour établir par des contrats collectifs les conditions du travail, les prix d'achat et les prix de vente.

Mais il y a hésitation sur le mode de généralisation du système syndical : sera-t-il, selon une image que Maurras donnait à l'auteur de ce livre il y a dix ans, sera-t-il horizontal ou vertical.^' En d'autres termes, la généralisation syndicc^Je divisera-t-elle les nations en deux groupes opposés, patrons et ouvriers, réunis en deux vastes confédérations, ou organisera-t-eWe les nations en groupes économiques, chaque groupe réunissant les chefs d'entreprise et les ouvriers unis dans leurs syndicats respectifs, et subordonnés au conseil de patrons et d'ouvriers qui contrôlera le groupe tout entier? Question capitale : selon la réponse que nous donnerons, nous irons à la vie ou à la mort.

Je supplie ceux qui liront ce livre d'arrêter leur méditation en cet endroit : nous sommes ici au lieu où notre avenir est engagé tout entier.

Ou nous nous diviserons en classes, et nous allons sûrement, mécaniquement, à la guerre civile, à la ruine, suivie de la lente et dure construction du seul régime qui puisse assurer notre vie ;

Ou nous nous organiserons en groupes économiques, et nous serons en mesure de donner à notre pays la plus large prospérité que les nations modernes puissent connaître. Nous accomplirons une révolution économique profonde non seulement sans dégâts, mais avec profits constants et progressifs.

Si nous nous trouvions dans la situation intellectuelle et politique oii la France était il y a trente ans, c'est-à-dire sous la contrainte de l'étroit conservatisme politique et social qui défendait les formes inertes que l'on croyait alors être l'Ordre, je crois que la seule anticipation de lavenir que nous pourrions faire serait la prévision de la plus sotte et de la plus inutile des révolutions.

Dans l'état intellectuel où se trouve la France aujourd'hui, après les vingt années d'enseignement et de propagande de Maurras et de tout le groupe de l'Action française, il est possible de faire des anticipations d'un tout autre caractère.

Il est connu d'un nombre considérable de Français actifs, ardents et voulant organiser leur pays, que la division en classes est, chez les patrons et chez les ouvriers, le résultat d'une grande erreur intellectuelle.

Un nombre croissant de Français prennent

conscience de ce fait capital que la solidarité des intérêts économiques s'étend non aux classes, mais à tous les membres d'un même groupement économique, et que notre organisation syndicale doit être conforme aux indications données par la conscience de ce fait.

En d'autres termes, et pour faciliter l'intelligence de ce fait :

Dans le régime de la petite industrie, soumis à l'ancienne organisation corporative, la solidarité entre patrons et ouvriers intéressait immédiatement chaque entreprise, et les divergences ou les oppositions d'intérêts se manifestaient à l'intérieur de chaque entreprise où elles pouvaient être résolues par des accords d'homme à homme et selon les usages corporatifs ;

Dans le régime de la grande industrie, soumis à la libre concurrence, la solidarité entre patrons et ouvriers a presque complètement disparu. Les divergences ou oppositions d'intérêts ne pouvaient être résolues que par un abus de force des patrons ou un abus de force — ou d'inertie — des ouvriers ;

Dans le régime de la grande industrie, construit en dehors des données de l'individualisme, on constate préalablement que :

Que l'on en ait conscience ou non, il v a une

28o L ECONOMIE NOUVELLE.

solidarité de fait entre tous les membres d'un même groupement économique, devant un autre groupement : les patrons et ouvriers du groupe de la Métallurgie, comme ceux du groupe de la Viticulture et de tous autres, ont un intérêt commun, à savoir que la Métallurgie, la Viticulture, etc., soient prospères, et que leurs intérêts généraux ne soient pas sacrifiés à ceux d'un autre groupe: patrons et ouvriers sont les uns et les autres solidaires de leur groupe économique, parce qu'ils ne peuvent aisément changer de métier, soit à cause du lieu qu'ils habitent, soit à cause de leur outillage, pour les patrons, de leur formation professionnelle, pour les ouvriers. La solidarité est corporative : elle n'est plus propre à une entreprise ; l'ouvrier peut passer sans dommage ni pertes d'une entreprise à une autre; si la corporation déchoit, il est obligé de changer de métier et subit une perte passagère ou durable.

A l'intérieur de chaque groupe économique se produisent les antagonismes entre groupements vendeurs et groupements acheteurs ; il s'agit là d'antagonismes normaux et nécessaires : l'intérêt des producteurs-viticulteurs est de vendre au plus haut prix aux négociants en vins ; l'intérêt de ceux-ci est d'acheter au plus bas prix et de

L AVENIR. a8l

revendre au plus haut prix aux détaillants. Les antagonismes se résolvent par des accords qui limitent les prétentions de chacun. A cet échelon, il y a solidarité entre les patrons et ouvriers d'un même groupement de producteurs, de revendeurs ou de détaillants. Si les {producteurs viticulteurs tirent un bon prix de leur production, il y a chance pour que les ouvriers obtiennent de hauts salaires.

Enfin, à l'intérieur de chaque groupement élémentaire, il y a antagonisme entre les différents facteurs du travail : capitalistes, chefs d'entreprise, techniciens, ouvriers. Les uns et les autres tentent de tirer le meilleur parti de leur collaboration. Cela s'appelle, en français vulgaire, tirer la couverture à soi. Quand, dans ce jeu, n'interviennent pas les forces étrangères à l'économie, ces manifestations de l'égoïsme naturel ont un effet heureux, en ceci qu'elles obligent les uns et les autres à être toujours en éveil pour maintenir leurs droits. Les antagonismes se résolvent par des accords qui profitent à tous. Donnant, donnant. Le patron consent un plus haut salaire en échange d'un meilleur rendement du travail de Touvrier. L'antagonisme est d'ailleurs limité à une certaine zone des intérêts : une réduction extrême des bénéfices por-

tant le patron à abandonner son entreprise, une réduction extrême des salaires portant l'ouvrier à quitter le métier ou à cesser le travail, les antagonismes s'arrêtent au point où la production elle-même serait mise en péril.

En résumé, à chaque échelon de la vie économique, on constate antagonisme à l'intérieur de chaque groupe, et solidarité des sous-groupes antagonistes devant les membres d'un autre groupe. Ce qui revient à dire : antagonisme à l'intérieur, solidarité quant à l'extérieur. Ces grands groupements économiques complets : Fer, Alimentation, Textile, et autres sont antagonistes à l'intérieur de la nation, et solidaires devant le Fer, l'Alimentation, le Textile des autres nations.

Ceci étant bien et dûment constaté et compris, les grandes lignes d'une organisation économique nationale apparaissent nettement, et le but à atteindre se précise. Il s'agit de rendre consciente la solidarité des groupes, de lai donner une expression, dans une institution permanente, afin que les antagonismes se manifestent et se résolvent soas le contrôle de l'intérêt commun. On imagine donc en partant de la base économique, qu'un groupe élémentaire comprendra : un syndicat d'ouvriers, un syndicat de contre-

L AVENIR. a83

maîtres, de techniciens, de chefs de service, un syndicat d'employés, un syndicat de chefs d'entreprises, lesquels envoient un ou plusieurs délégués à un Conseil de la corporation, auquel tous les syndicats intéressés seront subordonnés, où ils prendront conscience de leurs intérêts communs, confronteront leurs intérêts particuliers et résoudront toutes les questions d'organisation qui se poseront.

Ce conseil, ainsi que ceux des groupements élémentaires appartenant à un même groupe économique, enverra des délégués à un Conseil supérieur réunissant les délégués de plusieurs corporations, et l'on obtiendra ainsi une institution oii l'on prendra conscience des intérêts généraux du grand groupement économique.

Le groupe économique envoie à son tour des délégués-patrons et ouvriers à un Conseil national, où l'on prend conscience des intérêts généraux de l'ensemble des groupes économiques.

Pour sortir d'une expression abstraite de cette organisation, nous pouvons essayer d'en donner un tableau vivant. 11 sera permis à tout lecteur de le prendre comme une description du pays d'Utopie ou comme une préfiguration de la vie économique de demain.

Anticipations.

Lauleur de ce livre, empruntant ses images à la corporation qu'il connaît le mieux, la sienne, celle du Livre, imagine ce que pourrait être l'assemblée générale semestrielle des conseils du groupe économique du Livre ; il reproduit l'imagination qu'il en fait sous la forme d'un procèsverbal sommaire de l'Assemblée :

Sur convocation adressée par le Président, les membres du Conseil supérieur du groupe économique du Livre se sont réunis en Assemblée générale semestrielle au Cercle de la Librairie, 117, boulevard Saint-Germain, à Paris.

Sont présents :

Le Conseil des Lettres et des Arts : un délégué de la Société des gens de Lettres, un délégué du Syndicat des Ecrivains, un délégué du Syndicat des Auteurs et Compositeurs de musique, un délégué du Syndicat des Poètes ;

Le Conseil de l'Edition, de la Librairie et de la Papeterie : deux délégués du Syndicat des Éditeurs, deux délégués de la Chambre syndicale des Libraires de France, quatre délégués du Syndicat des Employés de l'Édition et des Commis de Librairie et de la Papeterie ;

Le Conseil des Imprimeurs : deux délégués du Syndicat patronal des Imprimeurs typographes; deux délégués de la Fédération du Livre :

Le Conseil du Papier : quatre délégués de l'Union centrale des chambres syndicales du papier, deux délégués du Syndicat ouvrier du papier, deux délégués du Syndicat des Employés du Papier;

Le Conseil de la Reliure et de la Brochure : deux délégués du Syndicat patronal, deux délégués du syndicat ouvrier :

Le Conseil de la Fonderie de caractères (même composition) ;

Le Conseil de la Photogravure, de la Glicherie et de la Galvanoplastie : un délégué de chaque Svndicat patronal spécialisé, un délégué de chaque Syndicat ouvrier spécialisé;

Le Conseil de l'outillage du Livre : deux délégués du Syndicat des Fabricants de machines à imprimer, un délégué de la Chambre Syndicale des Fabricants de machines-outils (à titre consultatif), deux délégués ouvriers du Syndicat ouvrier, deux représentants des ingénieurs spécialistes :

Le Directeur des services du groupe (à titre consultatif) ;

Le Directeur de la Maison du Livre (à titre consultatif);

Tous les Membres des Conseils représentés ont pleins pouvoirs pour traiter au nom de leurs mandants.

La séance est ouverte par le Président, qui prononce le discours d'ouverture; le Président rappelle à tous leurs devoirs à l'égard du Livre, qui représente un élément matcricllenient peu important de la production générale mais dont le rôle est capital dans la vie nationale; parlant au nom de l'intérêt général, il exprime son regret d'avoir vu troubler, au cours du dernier semestre, la vie de l'une des corporations par une grève malheureuse : les Patrons et les Employés de cette corporation ont manqué à la loi du travail commun ; les conseils ont été institués par nos prédécesseurs, au lendemain de la Grande Guerre, pour prévoir les conflits d'intérêts et les résoudre avant qu'ils aient pris un caractère aigu; la responsabilité de ce fait incombe aux deux parties, mais particulièrement aux

Patrons, qui ont plus d'obligations que les Employés et Ouvriers dans la prévision des événements et qui auraient dû poser eux-mêmes la question des appointements restée en suspens depuis longtemps. Le Conseil supérieur espère que l'on ne reverra pas de pareils faits, qui étaient propres à l'état arriéré du pays, au temps de l'ancien régime économique, quand les classes ouvrières, agitées par la Confédération générale du Travail, et les patrons, qui voulaient se rencontrer dans une confédération patronale, se regardaient comme des ennemis, sans voir qu'ils étaient victimes les uns et les autres d'erreurs intellectuelles. (L'Assemblée marque son approbation unanime.)

Le Président, après avoir donné un compte-rendu précis de l'activité des Conseils au cours du semestre écoulé, expose la situation générale du Livre : une fois encore, le Livre est menacé d'une crise, sensiblement moins grave que celle qui sévit de 191 7 à 1920, mais qui causera des difficultés assez importantes au Livre français, si l'on ne prend pas d'urgence les mesures préventives nécessaires. Par suite des mesures prises en Suède, en Norvège et en Finlande, qui veulent limiter l'exploitation excessive qui a été faite de leurs forêts depuis dix ans, mesures qui seront applicables dans trois mois, les importations de pâtes de bois baisseront dans une proportion considérable; le Canada et l'Amérique ne seront pas en mesure de combler le déficit avant un an; notre exploitation d'alfa, bien que très développée depuis la Grande Guerre, n'est pas encore en mesure de compenser cette perte. Il va s'ensuivre une hausse sur les prix du papier, du fait que les fabricants français et anglais seront obligés de répartir leurs frais d'exploitation sur une production considérablement diminuée. Le prix des Livres, depuis longtemps stabilisé, et comportant une faible marge de bénéfices, doit être maintenu ; il y aurait même lieu de le baisser.

au moins en ce qui concerne certaines collections, pour lui restituer le marché slave, enfin rouvert et accessible, mais où les Allemands veulent faire pénétrer des collections nouvelles d'ouvrages en allemand, en russe et en français, qu'ils préparent à des prix inférieurs aux nôtres. Nous avons à faire un effort considérable dans toutes les Russies, à la demande du Conseil économiqae national, afin de retrouver dans ces pays toutes nos voies d'accès. Cet elTort sera rendu très difficile si nous sommes obligés de majorer le prix des livres. Nous avons donc à résoudre le problème d'assurer à prix réduits l'énorme fabrication de livres russes et français qui nous est demandée, dans les conditions difficiles où nous nous trouverons très prochainement.

Il ya à résoudre un problème de fabrication et, ensuite, un problème d'expansion en Russie. Le problème peut être résolu; les Conseils, déjà saisis, vont soumettre à l'acceptation du Conseil supérieur les mesures qu'ils proposent.

Le premier délégué des éditeurs indique que, de l'étude faite par les éditeurs-libraires et les éditeurs de musique, il résulte que le problème de fabrication peut être résolu par les moyens suivants :

Maintien du prix actuel des papiers aux seuls éditeurs de Livres et de Musique pendant la période de disette;

Diminution de 20 p. 100 sur les prix de l'impression, du brochage et de la reliure; la composition en russe facturée au prix de la composition en français.

Dans ces conditions, que l'on a fait connaître aux Conseils intéressés, l'Édition française pourra lutter avantageusement sur le marché russe contre tous les concurrents possibles.

Le premier délégué du Papier fait connaître qu'il est disposé à consentir le maintien des prix des papiers desti-

a»o L ECONOMIE NOUVELLE.

nés à l'Edition à condition que l'on consente une majoration supplémentaire sur les prix des papiers destinés aux industries et commerces pour lesquels le papier est un accessoire peu important ou peut être élevé sans inconvénient. Il a obtenu l'adhésion des fabricants de boîtes, de sacs et de papiers pour le commerce de détail. Il demande l'adhésion de la Papeterie pour les articles de papeterie.

La Papeterie donne son adhésion.

Le Papier déclare en outre qu'il pourra même consentir des prix légèrement inférieurs pour les papiers destinés aux ouvrages en langue russe, si les éditeurs veulent accepter trois types et trois poids de papier seulement, dont la fabrication sera assurée par trois usines différentes qui acceptent. Il indique que l'on réalisera une économie sensible si l'on peut centraliser la production nouvelle aux environs de Rouen.

Les éditeurs s'engagent à obtenir de leurs confrères l'adoption des trois types et des trois poids. La centralisation de la production nouvelle ne dépend pas d'eux.

Le Conseil des Imprimeurs déclare que la réduction des tarifs d'impression est devenue possible; les capitaux que l'Imprimerie avait dû engager après la Grande Guerre sont sur le point d'être amortis; les Imprimeurs acceptent dès maintenant la réduction de tarifs, non de 20, mais de i5 p. 100. En fait, la réduction possible est de 1 1 ; mais on la porte à i5, espérant que les éditeurs, qui ont établi leurs prix en tenant compte de leur bénéfice normal, consentiront une légère diminution de ce bénéfice, temporairement.

Les Éditeurs déclarent accepter.

Les Imprimeurs déclaient qu'en ce qui concerne les prix de la composition en russe aux mêmes prix que pour la composition en français, ils sont prêts à l'accorder aux conditions suivantes :

Toute la production nouvelle en russe sera centralisée dans une imprimerie spéciale que cinq de leurs jeunes confrères sont prêts à monter dans la région de Rouen ; la Fédération du Livre peut constituer des équipes de linotypistes et de correcteurs russes; les éditeurs auraient donc à donner tous leurs volumes en russe à cette imprimerie, qui selon l'usage, versera une partie de ses bénéfices à la Caisse corporative des retraites ;

Les capitaux nécessaires, soient deux millions et demi, seront fournis par le groupe ou par ses soins.

Les Éditeurs acceptent la centralisation ; ils déclarent qu'ils font la plus large confiance aux cinq personnes dont on leur a communiqué les noms.

Le Président demande que la question des capitaux soit reportée à la fin de la séance, car elle se joint à d'autres demandes du même genre dont le bureau a été saisi.

Le premier délégué patron du Conseil de la Reliure et de la Brochure déclare que les relieurs et brocheurs pourraient consentir la réduction demandée par les éditeurs. Malheureusement, dans sa corporation, malgré tous les efforts, on a conservé les méthodes de rémunération établies à la fin de l'ancien régime économique, méthodes égalitaires qui font que l'ouvrier habile n'est pas mieux payé que l'ouvrier malhabile. Le Conseil a été impuissant jusqu'ici à modifier cet état de choses.

Le Président tient à protester contre une telle routine.

Le délégué ouvrier de la reliure et de la brochure reconnaît que le fait est exact, que, évidemment la routine l'explique en partie, mais que ses collègues sont disposés à adopter le système de la rémunération différenciée, à condition que tous les patrons relieurs et brocheurs se décident à abandonner les vieux ateliers que certains occupent encore et où le travail se fait dans les plus mauvaises conditions. C'est ce que certains n'ont pas voulu

Valois. Économie. if)

ago L ECONOMIE NOUVELLE.

comprendre. Les ouvriers et ouvrières tiennent à travailler dans des locaux bien aérés et sains. 11 faut prendre la résolution de transporter les ateliers ailleurs que dans les maisons qui ont été adaptées tant bien que mal aux néces^ sites du travail.

Les relieurs et brocheurs font observer que le reproche ne s'adresse qu'à un nombre restreint de maisons, très respectables d'ailleurs, qu'ils s'engagent à mettre en demeure de réaliser la réforme réclamée. Mais peut-on mettre un million à leur disposition ?

Le président promet l'appui du groupe à condition que les patrons et les ouvriers prennent des engagements mutuels avant une quinzaine.

Les uns et les autres prennent l'engagement sur l'heure, aux applaudissements de l'assemblée.

Le Président invite l'assemblée à passer à l'examen de la question de l'expansion ; il fait connaître que le groupe de l'Exportation a promis son concours pour les campagnes à entreprendre. Nous n'avons à considérer qu'un certain nombre de moyens de réalisation. L'Etat donnera, quand il le faudra, un caractère officiel à nos manifestations pour la culture française. Il est bien entendu que i'effort que nous allons entreprendre n'est pas à proprement parler une conquête du marché russe ; nous devons y reprendre la place qui était la nôtre autrefois ; pour ce qui est de la production des ouvrages en langue russe, nous ne l'entreprenons et ne l'assurerons que pour fournir immédiatement aux peuples russes des moyens de culture et jusqu'à ce qu'ils aient pu reconstituer leurs propres moyens de production. C'est dans ce sens que nous avons négocié avec nos confrères slaves.

Le Conseil des Lettres et des Arts déclare que cinquante de ses membres sont prêts à se charger de conférences artistiques, littéraires, scientifiques.

Le Directeur de la Maison du Livre, sur l'invitation du Président, rend compte que l'organisme commercial corporatif peut assurer l'expédition et la répartition de toutes les expéditions ; il pourra envoyer en Russie, pour aider les libraires, un bon nombre d'employés et de commis que le Syndicat des Employés se charge de réunir. Mais si l'on veut agir avec la rapidité nécessaire, il y aura lieu d'ouvrir de très larges crédits aux libraires de Russie sur qui l'on possède toutes les références utiles; eu égard à l'importance des opérations, on ne peut demander ces crédits ni à l'Edition, ni à l'organisme commercial corporatif; il convient de les demander aux Banques.

Le Président expose qu'il n'a pu jusqu'ici pressentir les Banques. Il va pouvoir le faire, étant en possession des chilVres demandés par les Conseils. Les différents crédits demandés s'élèvent à près de 8 millions, qu'il faut évidemment demander aux Banques, car, présentement, on ne peut obliger le groupe à un nouvel eflort, si l'on tient compte des crédits énormes qu'il a consentis de tous côtés, depuis sa réorganisation, pour sa tâche d'expansion.

Mais il règne en ce moment, dans certaines banques, un état d'esprit peu favorable aux entreprises de l'intérieur. La dernière République des Soviets, celle du Thibet, lance un empi'unt de plusieurs milliards, qui est une mise en vente déguisée des res.sources du pays, et un consortium de banques internationales travaille à faire autoriser l'emprunt dans plusieurs pays, afin de prendre hypothèque sur les richesses du ïhibet que l'on revendrait à tel ou tel État, dès la ruine définitive des Soviets thibétains. Notre gouvernement national s'emploie à faire échouer ces projets ; mais il doit lutter contre le consortium financier qui s'appuie sur une grande République démocratique dont le gouvernement est entre les moins de gros financiers.

ags L ECONOMIE NOUVELLE.

Un délégué ouvrier du Papier déclare qu'il faut faire céder les Banques en organisant une grève de leurs employés.

Le délégué du Syndicat des Employés de l'Edition fait observer que la grève ainsi organisée obligerait au chômage non payé des employés qui ne sont pas responsables de ces manœuvres.

Le Conseil des Imprimeurs propose de refuser d'avance d'imprimer les affiches, circulaires et titres de l'emprunt projeté. L'ordre peut en être donné dans toute la France en quarante-huit heures.

La proposition est adoptée à l'unanimité.

Le Président fera connaître cette décision au groupe de la Banque ; il sait qu'elle sera bien accueillie par la majorité des banquiers, qui seront heureux de s'en servir contre ceux des leurs qui ont trop d'intérêts hors de France. Il ajoute que l'on peut demander aux employés de Banque, au nom du groupe du Livre, de déclarer qu'ils ne feront aucune opération pour cet emprunt.

Les Syndicats d'Employés présents approuvent et se chargent de faire aboutir ce projet.

Le Président déclare que, dans ces conditions, le groupe du Livre est assuré de l'appui cordial du Conseil supérieur des Banques, où il trouvera une majorité de financiers français, mal armés jusqu'ici pour résister à une pression extérieure.

Le Président met aux voix l'ordre du jour portant ratification de toutes les décisions prises et engagement du groupe pour la garantie des emprunts.

L'ordre du jour est adopté à l'unanimité. Avant de lever la séance, le Président remercie les Conseils de l'heureuse influence que l'action de chacun a eue sur son prochain, et des preuves de solidarité professionnelle et nationale que tous les délégués ont données en pre-

nant conscience, devant les nécessités, de l'intérêt général. « Nous avons une fois de plus. Messieurs, conclut-il, prouvé l'excellence du régime économique qui a été instauré au lendemain de la Grande Guerre ; ce n'est pas en vain que nous avons renoncé à ces fantômes de libertés que l'on croyait être les dieux tutélaires de la production et du commerce. Nous jouissons maintenant de la vraie liberté dans la discipline corporative. Nous étions autrefois les membres séparés d'un même corps. Nous sommes devenus un corps, dont les membres agissent en suivant les libres décisions prises par l'esprit qui connaît les vraies nécessités du corps qu'il meut. Messieurs, c'est à notre organisation que nous devons de connaître une prospérité magnifique ; c'est par cette organisation que les Français ont pu donner la preuve éclatante que leurs merveilleuses ressources intellectuelles valaient autant pour le travail que pour la guerre, et qu'ils pouvaient apporter la plus généreuse ardeur au service de »

L'auteur s'arrête ici, supposant que les derniers mots du discours se perdent dans les applaudissements provoqués par le souvenir de l'héroïsme dépensé par les Français pendant la Grande Guerre.

La prévision de la prospérité, faite au cours de cette anticipation, pose, au reste, une question qui n'a pas été étudiée au cours de nos études. Rechercher la prospérité, c'est notre objet. Mais pour qui ? pour quoi ? Au service de qui allonsnous faire l'effort vers la prospérité ? La réponse à ces questions sera notre conclusion.

CO'CLUSION

Page 1