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LA SALUTATION A LA PAIX

La Victoire, en chantant.

Nous avons travaillé, avant 191U, dans l'attente de la guerre. Depuis 191U, nous avons combattu pour la paix. Sommes-nous satisfaits, camarades? Recevons-nous des messieurs en redingote la paix que nous avions imaginée sous nos capotes boueuses? Non. Nous voulions que la victoire et la paix apportassent à la France et à ses enfants le paiement de leurs souffrances, de leurs pertes, de leurs ruines. Nous avons conquis la gloire. Mais les biens qui devraient l'accompagner nous échappent. Sommesnous déçus, camarades. Non. Car si nous avons souvent rêvé à la douceur d'une paix digne de nos sacrifices, nous savions bien que les idées au nom desquelles on disait nous conduire au combat nous priveraient, notre pays et nous, des biens que nous conquérions. Notre raison, depuis le 2 août 191 U, n'a cessé de nous rappeler que la signature de la paix ne serait pas le signal du repos, et que la paix serait aussi dure que la guerre.

Nous avons combattu sans illusions. Nous entrons dans la paix sans déception. Pendant ces longues années de guerre, dont chaque jour, dont chaque événement confirmait l'avertissement du premier jour, nous' avons conquis des biens que nul ne pourra nous ravir et qui seront notre salut. Nous avons amassé au ciel de France d'immenses trésors que ne peuvent atteindre ni le porteur de

torches ni le porteur de chèques. Nous avons conquis la victoire, camarades! L'esprit de la victoire est désormais avec nous. C'est sous le signe de la victoire que nous nous mettons au travail. Nous entrons avec la victoire dans le monde nouveau créé par la guerre. Aucune force ne prévaudra contre celle qui nous possède et que nous possédons.

Avec le secours de cette force, nous pouvons allègrement faire front contre les deux barbaries qui nous menacent : la barbarie ploutocratique et la barbarie marxiste. Il se trouvera des cœurs lâches pour se donner à l'une par terreur de l'autre; des cœurs roubles pour se donner à la seconde par haine de la première. Mais il y a, en France, des nobles, des bourgeois, des ouvriers et des intellectuels, combattants de l'avant-guerre et combattants de la Grande Guerre pour lutter contre les deux et les vaincre. Au surplus, les deux barbaries n'en font qu'une : fruits, l'une et l'autre, du désordre de l'esprit, du tumulte des passions et du déchaînement des appétits, la barbarie ploutocratique et la barbarie bolcheviste sont filles d'un même sang corrompu. Sœurs ennemies et amies, l'une riche, possédée par les biens du monde, l'autre pauvre, envieuse des richesses de la première, l'une et l'autre également agitées par la passion de jouir et par le désir d'échapper à la loi du travail, l'une et Vautre vivant de rapines et de pillages, l'une agissant au coin des banques, l'autre au coin des rues, elles se jalousent, se redoutent, se combattent en se ménageant, s'appuient l'une sur l'autre et se servent l'une de l'autre. Pour lutter contre le fer et le sanq, ses éternels ennemis, la barbarie ploutocratique fournit de l'or à la barbarie bolcheviste, qui le reçoit pour lutter contre les chefs du vrai travail. Que

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l'une ou l'autre triomphe, et les peuples sont dissociés, par la corruption de l'or ou par le déchaînement des passions. Debout, camarades de combat! debout, camarades de travail! contre la double barbarie. En ces jours de paix, où le monde fêle la mort de la barbarie germanique, rappelons-nous pourquoi nous nous sommes battus ! Que d'autres s'abandonnent devant l'apparente exploitation de la paix par la barbarie riche, devant les hurlements de la barbarie pauvre, nous, soldats et travailleurs, nous serons fidèles aux serments que nous avons faits devant les Croix de bois. Fils de la France des camps et des champs, guerre à la barbarie. Vive Proudhon contre Marx! « // faut que l'homme travaille », il faut que l'homme combatte. Le fer à la main, pour creuser la terre, pour façonner les matériaux, comme pour défendre l'Esprit qui anime notre race, unissons-nous : au travail, et nom vaincrons ! Frères, la victoire est notre richesse, la victoire nous donne l'avenir!

Au travail! Il y a, en France, dans la profonde transformation qui s'opère sous nos yeux, une admirable fièvre de création. C'est ce qu'un barbare a discerné dans ce qu'il a nommé « l'empoisonnement de la victoire » . Les chefs d'entreprise, à part quelques-uns, gorgés d'or par les profits de la guerre, les chefs d'entreprise se sont mis au travail avec une ardeur magnifique. Fait remarquable, les menaces révolutionnaires ne les font plus trembler; ils ne se défendent plus; ils travaillent, ils agissent, ils créent. Que l'appât des bénéfices futurs les entraîne, c'est possible, et il faut que cela soit. Mais j'affirme que c'est che% eux une considération secondaire. Dans la crise où nous sommes, ils sont possédés par la volonté de surmonter les immenses difficultés qui leur sont opposées.

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Voilà le plus puissant moteur des Français aujourd'hui. Ils ont gagné la guerre; ils veulent gagner la paix, afin de montrer au monde que ceux qui ont triomphé sur la Marne et à Verdun sont aussi courageux au travail qu'au combat. C'est l'esprit de victoire qui les anime.

Leurs collaborateurs, ouvriers et employés, à part ceux qui ont délibérément échappé aux risques de la guerre, ou, les ayant subis, ont tremblé devant la Face terrible, leurs collaborateurs, eux aussi, sont soulevés par une ardeur nouvelle. Éclairés par la guerre sur euxmêmes, conscients de leur force et de leur valeur, ils sont devenus plus ardents dans l'expression de leurs volontés et ils veulent avoir des chefs dignes d'eux, capables de les conduire à la prospérité. Mais l'appel aux passions révolutionnaires ne fait plus que les effleurer ; il ne les touche pas au cœur; il atteint à peine leur esprit. La victoire les a vaccinés contre la fièvre révolutionnaire. Eux aussi sont saisis par la volonté de créer; ils savent qu'ils appartiennent à un peuple-chef. Ils ont été dans la guerre à la tête de tous les peuples de la terre; ils veulent conserver cette primauté par le travail. C'est l'esprit de victoire qui les anime.

Fondons notre confiance sur la connaissance de ces profondes réalités. C'est par elles que nous serons sauvés dans la paix comme nous l'avons été dans la guerre. Ce sont elles qui vont ordonner le monde nouveau où nous entrons. Le système capitaliste, qui a régenté notre économie pendant plus d'un siècle, est désormais une chose morte. Il avait séparé la nation en classes ennemies. La nation a retrouvé, dans la guerre, sa loi et le sens de ses destinées. Le c de de ses erreurs, ouvert par la guerre, se ferme par la guerre. C'est en combattant que le peuple

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français découvre l'erreur qui l'avait jeté dans un système militaire et social absurde et redécouvre les liens qui unissent, au travail comme au combat, les chefs et les soldats. Il a compris que l'or est le pire et le plus faux des maîtres. Sur le champ de bataille comme à l'usine, ce qui compte, ce qui commande, ce n'est pas l'Or, c'est la valeur humaine, c'est le chef c'est l'homme. L'un commande, l'autre obéit, tous sont soumis à la loi du salut commun, les uns et les autres sont unis, par-dessus les différences de commandement, par le dévouement à une même œuvre. Sur ces souvenirs, sur cette connaissance vécue des conditions de la vie et de l'action, l'ordre du salut public s'établira. Non sur la basse soumission au chef. Mais sur la confiance dans le chef. Chacun voulant son du. Non par envie, non par récrimination, mais selon la connaissance de sa valeur et selon l'honneur. Car — c'est encore une chose que ne comprend pas le barbare qui dit le pays empoisonné par la victoire, — un grand sentiment rentre dans la vie nationale, le sentiment de l'honneur. Retrouvé dans les combats, l'honneur reprend sa place dans le travail. L'homme qui travaille ne se présentera plus devant son patron dans l'attitude humble de celui qui est devant son protecteur; il viendra la tête haute, le regard droit, comme le soldat devant son chef. Le même sentiment de l'honneur le meut. S'il est là, c'est parce qu'il veut vivre en travaillant comme il était prêt à mourir en combattant.

Tu as raison, barbare, c'est bien la victoire qui ordonne les actes des Français. C'est bien elle qui gonfle leur cœur et les conduit a la conquête de l'avenir. C'est bien elle qui va ordonner leurs créations. C'est elle qui va féconder leur travail. Au travail, au travail! Nous vaincrons!

En ce jour de la signature de la paix, 28 juin 1919,

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