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AU COMMENCEMENT EST LE VERBE

Au commencement de toutes choses est le verbe. L'action prend la direction que lui donne l'esprit, qui projette ses pensées et ses images devant les désirs, les passions et l'énergie de l'homme. Vous voulez refaire un État, restaurer une nation? Faites appel aux puissances de l'esprit. Vous voulez utiliser la victoire, mettre de l'ordre dans la maison, intensifier la production, doubler, tripler la force économique de la France? Faites d'abord appel aux mêmes puissances, à l'intelligence, qui analyse et éclaire le monde, à l'imagination, qui crée des formes, à la volonté, qui engendre l'action.

Rien n'est plus faux que cette conception matérialiste de l'histoire que Marx et ses disciples ont introduite dans la pensée socialiste. Ce n'est pas, comme le croyait Marx, le mode de production qui détermine les formes de la vie morale, politique et intellectuelle : c'est la vie intellectuelle, morale et politique qui détermine les formes de la vie économique. C'est la pensée, c'est l'idée que nous nous faisons de la production et de son objet qui nous donnent les directions de notre action.

Nous voici au seuil d'une vie nouvelle. La guerre a révélé

' i I- ECONOMIE NOUVELLE.

aux Français, d'un même coup, et leur impréparation économique d'avant-guerre, et leur force, et leurs étonnantes ressources. Il s'agit maintenant de tirer parti de nos découvertes. Quelles directions allons-nous prendre? D'excellents esprits nous conseillent de nous « organiser », de nous donner à nous-mêmes une organisation qui dépasse l'organisation allemande. Fort bien. Mais selon quelles méthodes, et en vue de quoi? Comment vousorganiserez-vous, comment lierez-vous les efforts de tous si vous n'appuyez pas ce travail sur une doctrine qui fournisse un joint d'ensemble? Et si vous avez une doctrine et des méthodes, comment vous en servirez-vous si une vue ou une vision d'avenir ne vous meuvent pas?

Le secret de l'activité économique de l'Allemagne, que certains ont cru être le génie de l'organisation, n'est pas une chose bien mystérieuse : c'est une doctrine, une méthode de travail (nous pouvons faire beaucoup mieux en France), et par-dessus tout, une idée, celle de l'Allemagne conductrice et dominatrice des peuples. Voilà ce qui animait les laboratoires, les usines et les bureaux de la Germanie. Le peuple de pillards d'outre-Rhin travaillait depuis près d'un siècle sous le commandement d'une idée. Idée monstrueuse, mais idée. Au commencement de toutes choses sont les créations de l'esprit.

La première question est de savoir si ces forces spirituelles animent la France. Si elles ne soufflent pas sur ce pays, lois, décrets, projets d'organisation, plans et méthodes demeureront inefficaces à modeler une pâte sans levain. Il ne nous resterait plus qu'à nous admirer dans notre grandeur passée et à attendre, dans une inquiétude grandissante, le jour où une Allemagne qui n'a point perdu sa force d'expansion (et qui pourra l'employer tant qu'elle sera une) partirait de nouveau à la conquête du monde.

Avons-nous donc le goût de l'action, le sens de la grandeur de la France, le sens du rôle qu'elle peut jouer dans le

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