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PREMIERS PRINCIPES

Définition 'de l'Économique. — L'effort et le travail. — La loi du moindre effort. — Conditions et moyens de la création économique . — Depuis que Xénophon a dit de l'Économique qu'elle est la science des choses possédées par l'homme, il a été donné un nombre considérable de définitions de l'Économique, mais il ne semble pas que les modernes aient apporté plus de clarté que les anciens. D'Adam Smith à Paul Leroy- Beaulieu, en passant par J.-B. Say et Stuart-Mill, il n'y a pas de progrès sensibles dans les définitions. Science qui examine les causes qui ont perfectionné les facultés productives du travail et l'ordre de distribution des produits (Smith) ; science qui enseigne comment la richesse se forme, se distribue et se consomme (J.-B. Say); science qui traite de la production et de la distribution des richesses (Stuart-Mill) ; science des valeurs, des échanges ; science qui constate les lois générales qui déterminent l'activité et l'efficacité des efforts humains pour la production et la jouissance des biens que la nature n'accorde pas spontanément à l'homme (Leroy- Beaulieu), toutes ces définitions tournent autour d'une idée aux contours incertains et laissent dans l'ombre le phéno-

mène économique essentiel qui est la naissance même de la production.

A lire les définitions connues de l'Économique, il semble que l'homme produit des richesses, des biens, des produits, des marchandises, aussi simplement, selon les mêmes lois que l'arbre produit des fruits. La plupart des économistes ne paraissent pas soupçonner que la production des richesses et des biens (qu'elle soit faite, selon les auteurs, en vue des besoins, de l'utilité, du plaisir, des jouissances), n'est pas, dans les sociétés humaines, un fait ayant le même caractère de spontanéité organique que l'union sexuelle pour la perpétuité de l'espèce. De là vient l'incertitude et le flou des définitions.

Une connaissance plus précise des réalités, écartant tout subjectivisme, nous permettra de concevoir que l'Economique est la science des conditions et des moyens dans lesquels et par lesquels, l'Homme, c'est-à-dire l'espèce humaine, recherche, capture, transforme, échange, répartit, accumule les fruits de la terre, les animaux, les choses inanimées utilisables pour la conservation de la vie individuelle et la conservation de l'espèce.

En partant de cette définition, où entre la connaissance précise d'une fin de l'économie humaine, nous aurons une base sûre quand nous définirons l'utilité, la valeur des choses, base incomparablement plus sûre que si nous considérions que la fin de l'effort économique est d'acquérir les richesses, ou de procurer à l'homme les choses nécessaires à ses besoins ou à ses jouissances, notions qui ne fournissent aucun moyen d'apprécier, de juger les efforts économiques.

D'autre part, grâce à cette précision, nous verrons apparaître, en liaison étroite avec l'économie, des faits que la plupart des économistes regardaient comme absolument distincts de l'économie.

I. — Nous posons que l'homme ne peut se conserver que par un effort intellectuel et musculaire qui est le travail.

En effet, tout ce qui est utilisable par l'homme se trouve dans le milieu naturel, mais l'utilisation n'en est pas gratuite,

c'est-à-dire que recherche, capture, transformation, échange, répartition, accumulation, exigent un elîort intellectuel et musculaire. Il n'est pas de biens dans le milieu naturel que l'homme puisse se procurer sans efforts, c'est-à-dire sans qu'il s'écoule un temps plus ou moins long entre le désir et la satisfaction, et sans que l'homme ne soit amené à subir une peine, une fatigue avant de tenir en sa possession l'objet vers lequel le porte son besoin. L'homme doit reconnaître d'abord, par le moyen de son intelligence, ce qui est utilisable de ce qui ne l'est pas, ce qui peut être atteint par lui en temps utile et ce qui ne peut l'être. Dès son premier pas sur la terre, pour la plus simple des opérations, l'homme doit mesurer ses pas et calculer les résistances, proportionner son effort aux possibilités. Une opération intellectuelle précède toute action de l'homme dans la recherche des biens. L'opération physique ou musculaire suit, celle-ci plus ou moins longue, plus ou moins pénible. Donc, pas de biens gr-atuits dans le milieu naturel.

IL — Le travail étant le résultat du plus grand effort, la loi de l'homme étant le moindre effort, le travail est un fait social hiérarchisé, produit de la contrainte de l'homme sur l'homme.

Or, le travail étant un effort, une peine, une fatigue, dans quelles conditions l'homme s'y donnera-t-il? L'homme est-il un être qui se donne spontanément au travail? Il apparaît que si l'homme est organisé physiquement pour le travail, c'est-à-dire pour connaître les choses, en prévoir l'utilisation et les transformer, l'individu n'est pas organisé pour s'imposer une peine, une fatigue qui dépasse la satisfaction qu'il en attend dans le temps qui suivra immédiatement son effort, sa peine, sa fatigue. Selon la définition que nous avons déjà donnée, l'homme est un être dont l'énergie, comme toute énergie, suit la voie de la moindre résistance, du moindre effort, dont la sensibilité recherche la moindre fatigue, la moindre douleur, et que son instinct de conservation dirige vers le moindre risque1.

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