LES FACTEURS DE LA PRODUCTION. IOI
dont les facteurs sont plus nombreux que ne le supposent la petite science des libéraux et l'ignorance épaisse des socialistes :
En premier lieu, vient la conception, œuvre de l'imagination créatrice, par laquelle un homme, capitaliste ou non, conçoit une utilisation de l'effort humain, son organisation, son mode de réalisation et son rendement ;
En second lieu, le commandement, aptitude du même homme ou d'un autre à réaliser les conceptions de l'esprit, à maintenir les hommes dans les voies et moyens de réalisation, à coordonner le"s efforts pour diriger la technique et la main-d'œuvre vers le but cherché; l'aptitude au commandement est presque toujours soutenue, chez le même homme, par les aptitudes organisatrices ou administratives ; mais ces aptitudes sont secondaires : dans toute entreprise, la fonction essentielle est celle du commandement qui crée et fait observer la discipline indispensable du travail, laquelle n'est jamais librement consentie ;
Ensuite, intervient Yintérêt personnel, moteur absolument nécessaire de l'activité du chef qui a conçu et qui commande, et grâce à quoi le chef acceptera de s'imposer à lui-même l'effort de direction et d'organisation que nécessite la réalisation de ses conceptions ;
Alors se manifeste la technique, c'est-à-dire le choix des moyens et procédés de travail, ou la recherche des hommes spécialisés dans la connaissance dei ces procédés et moyens ;
Enfin, la main-d'œuvre agit conformément aux directions générales et techniques des facteurs qui précèdent et elle reçoit immédiatement le prix de sa peine, par l'utilisation qui est faite :
Du capital, dont le rôle est passif dans la création économique, car il ne fait que se prêter, se louer, ou se faire employer. A ce titre, il ne vient qu'en dernier lieu, et aussi bien, il n'est jamais rémunéré qu'après tous les autres facteurs de la production. Le capital redevient actif, toutefois, pour le contrôle de l'entreprise, pour l'appréciation des ré-
sultats, et, selon le rendement, il s'engage plus fortement, ou se retire, quand il peut.
Ces facteurs peuvent être distincts par les personnes qui les représentent; ils sont fréquemment unis en de mêmes personnes aptes à remplir une ou plusieurs fonctions de la production.
Si l'on veut bien analyser sans préjugés le fonctionnement de la production, on s'apercevra que l'ordre hiérarchique de ses facteurs est bien celui qui est présenté ici, non seulement dans la création, mais encore dans la rémunération.
Contrairement aux affirmations des socialistes, le capital proprement dit (c'est-à-dire les hommes qui ne sont que capitalistes) ne gère, 'ne contrôle, ni ne commande la production, et il n'est rémunéré que pour le prêt qu'il fait de luimême ou pour le risque qu'il consent à courir. Lorsque le capital paraît jouer un rôle plus important, c'est qu'il appartient à un homme ou à un groupe d'hommes qui sont créateurs et chefs d'entreprises en même temps que capitalistes. Le capitaliste, quand il n'est ni créateur, ni chef, ne remplit qu'une fonction, fort importante d'ailleurs : celle d'économe, de conservateur des réserves de produits constituées par les sociétés humaines : c'est un gérant de la fortune acquise, ce n'est pas un artisan de la fortune à créer.
Les vrais maîtres de la production ne sont pas les capitaux, ni les capitalistes. Ce sont les hommes qui sont aptes à employer les capitaux, les leurs ou ceux d'autrui, et qui sont aptes à diriger la technique et la main-d'œuvre. Le capitaliste à qui manque ces aptitudes essentielles ne demeure pas longtemps en possession de ses capitaux. Au contraire, le vrai chef de production peut commencer une entreprise sans capitaux : il ne tardera pas à les conquérir.
La rémunération des facteurs de la production doit être faite, si l'on veut que les entreprises prospèrent, selon les indications que fournit la hiérarchie des fonctions :
La main-d'œuvre est rémunérée selon le temps et la qualité et les risques du travail quotidien exécuté ;
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La technique est rémunérée selon sa compétence et les améliorations qu'elle réalise dans le temps nécessaire à sa mise en train ;
L'intérêt personnel, le commandement, la conception sont rémunérés partie selon le travail effectif qu'ils fournissent, partie selon le rendement de l'entreprise elle-même. Pour ces facteurs, le plus gros intérêt porte sur le rendement net, ainsi qu'il convient, puisque c'est ce rendement seul qui permet d'apprécier leur valeur;
Le capital n'est, répétons-le, rémunéré qu'après tous prélèvements quotidiens, mensuels, annuels, effectués en faveur des facteurs actifs de la production; et c'est seulement dans le cas où il est intimement lié à la conception, au commandement et au risque total que sa part dépasse celle du simple intérêt de l'argent.
La hiérarchie des facteurs de la production peut être observée dans toute entreprise. On peut la regarder comme un fait. Si l'on veut l'expliquer par une loi de la vie, on n'aui'a aucune peine à représenter qu'elle ne fait que reproduire dans la vie sociale la hiérarchie des facultés humaines. Que chacun s'observe et il découvrira que le fonctionnement de son être lui donne la loi des entreprises sociales : quand nous nous employons nous-mêmes, c'est d'abord notre esprit, notre imagination, servis par notre intelligence, qui conçoivent l'action ; notre énergie commande ensuite, notre intérêt ou nos appétits nous meuvent, notre savoir technique nous sert, et, enfin, notre main manie l'outil sur les matériaux (notre capital) que notre esprit a décidé de risquer ou d'employer.
C'est l'ordre éternel qui est inscrit dans la nature humaine, qui se reproduit dans les œuvres de l'homme, et contre lequel toutes les insurrections seront éternellement vaines.
io4 L ÉCONOMIE NOUVELLE.
Du moment où l'on possède une connaissance scientifique de la valeur, des facteurs et des conditions de la production, on est en mesure de connaître le mode de détermination des prix et par quels moyens on peut agir individuellement et collectivement pour les comprimer. On sait que la fixation des prix n'est pas un phénomène qui échappe au pouvoir de l'homme ou des sociétés et qui dépende des insaisissables fantaisies de chacun. Les prix ne sont en aucune manière soumis à l'offre et à la demande ; ils dépendent d'éléments extérieurs à l'appréciation du désir ou du besoin, et l'on retrouve, dans tous les prix, les mêmes éléments constitutifs, dont le dosage seul varie. On peut faire l'analyse des prix, en quelque sorte, avec la même rigueur qu'une analyse chimique.
Tous les prix sont basés sur le prix de revient de la production et du transport des denrées et des produits fabriqués. Mais il enire, dans la constitution des prix de revient, plus d'éléments qu'on ne le voit communément.
I. — Premièrement, tout produit, toute denrée, est grevé de ce que nous pouvons nommer les frais généraux nationaux ou sociaux, c'est-à-dire des frais que nécessite l'entretien de l'appareil d'Etat qui oblige les citoyens au travail et défend les produits de leur travail contre le pillage intérieur ou extérieur (ces frais généraux comprennent nécessairement toutes ! es dépenses d'État pour les services nationaux de l'armée, de la marine, de la police et de la justice, dés travaux publics de toute nature qui servent soit au développement économique soit au fonctionnement des services d'État.) Ces frais généraux nationaux, que chacun serait obligé de s'imposer si l'Étal ne remplissait pas sa fonction, sont imposés à toutes les entreprises sous la forme des impôts de toute espèce.