LES PRIX
L'impôt est donc la rémunération dos eiîorts humains qui assurent le service d'État qui permet la création économique.
Les frais d'Etat sont le premier élément constitutif de tous les prix. Il va de soi que, lorsque l'État est mal géré, on supporte, comme c'est le cas après une guerre, des charges exceptionnelles, les frais d'Etat sont plus élevés et la part de ces frais qui incombe à chaque entreprise retentit nécessairement sur le prix des choses '.
II. — Les produits ou denrées sont ensuite grevés, avant même leur fabrication, de la rente payée au capital engagé dans l'entreprise et au terrain sur lequel l'entreprise est installée. Cette rente n'est autre chose que la rémunération des efforts de toute nature incorporés dans la terre, les bâtiments et constructions, l'outillage, qui sont mis à la disposition d'une entreprise nouvelle sous la forme du capital. Ce n'est pas une. rente gratuite à un capital intangible , c'est en réalité la rémunération des efforts antérieurs, qui ont été économisés par d'autres et dont le résultat est prêté aux nouvelles entreprises, afin qu'elles puissent produire immédiatement, sans attendre d'avoir fabriqué elles-mêmes leur outillage, et qu'elles puissent nourrir leurs travailleurs, sans attendre les résultats de leurs premiers travaux. La charge supportée ainsi par les produits et denrées varie de un à cinq pour cent de la valeur marchande des objets ; elle permet d'économiser une charge qui serait beaucoup plus lourde si les entreprises étaient obligées de fabriquer elles-mêmes tout
r. La connaissance de ce fait que les frais d'État sont la première rémunération de tout travail est d'une importance capitale pour la détermination des modes d'imposition. A titre d'indication, on peut montrer ici que les frais d'État devant être à l'origine et non à la fin de la création économique, les impôts doivent, autant que possible, être rapprochés de cette origine. L'impôt sur les bénéfices, appliqué en France au cours de la grande guerre, est une absurdité. Que les chefs d'entreprise fassent des bénéfices ou n'en fassent pas, ils doivent payer à l'État leur part de fr.ii< généraux nationaux. L'impôt sur les bénéfices est une invention d'hommes ignorant les premiers principes de l'économie, et qui croient que le bénéfice industriel ou commercial théorique qui entre dans le prix de tout produit ou de toute denrée, devient nécessairement un bénéfice réel d'entreprise.
ioë L ÉCONOMIE NOUVELLE.
leur matériel avant de se donner à l'objet propre de leur production. Dans la suite, les entreprises continuent d'être grevées des mêmes charges, non envers le capital initial qui est usé, éliminé, ou amorti dans un temps plus ou moins long, mais envers les capitaux qu'elles tirent de leurs bénéfices et qu'elles incorporent chaque année pour renouveler leur matériel ou leurs constructions.
III. — Entre ensuite dans les prix la rémunération des efforts intellectuels qui ont fourni la conception de l'entreprise, le mode de création, le mode d'organisation.
Dans l'établissement des prix, il est toujours tenu compte de la rémunération moyenne du capital et de la conception ; mais cela ne signifie pas que cette rémunération sera effective, car elle ne le devient que si l'entreprise produit des bénéfices, c'est-à-dire si, en fin d'année, on se trouve avoir une économie de résultats sur l'ensemble des efforts, toutes les autres rémunérations, à l'Etat, à la technique et à la main-d'œuvre étant faites.
IV. — On passe ensuite aux rémunérations fixes, qui seront effectives, quels que soient les résultats du travail, c'est-à-dire :
A. — La rémunération de la direction, du commandement, de l'organisation, c'est-à-dire des aptitudes d'un ou de plusieurs hommes à diriger, à discipliner, à coordonner, à économiser les efforts humains, à surveiller l'emploi du temps et des matériaux et à conserver les -constructions et l'outillage. La rémunération de ces fonctions est proportionnelle à l'aptitude plus ou moins grande des hommes à réaliser l'économie d'efforts, de temps et de matériaux;
B. — La rémunération de la technique. Il s'agit de payer les efforts intellectuels qui ont abouti à la connaissance et à l'emploi, par des hommes spécialisés, des règles de culture et de fabrication. La rémunération des techniciens (ouvrier spécialisé, artisan, technicien proprement dit) est proportionnelle, non à la durée du travail effectué, mais à la durée et à la qualité des efforts employés à l'acquisition de la technique