‹ L'économie nouvelleChapitre 28 sur 55 · LE REGIME DE LA CONTRAINTE MUTUELLE · texte numérisé non relu

LE REGIME DE LA CONTRAINTE MUTUELLE

que les prix sont constitués, irréductiblement, par les éléments suivants :

a) frais généraux nationaux, ou Irais d'État, incorporés

aux prix par la voie de l'impôt ; 6) frais de la production, du transport, du commerce, comprenant tous trois :

la rémunération de la direction et de l'organisation ; la rémunération de la technique ; la rémunération de la main-d'œuvre ; la rémunération des terrains et capitaux quand ils sont loués ; qui sont effectives en tout état de cause ; et, enfin,

la rémunération des capitaux engages et de la conception des entreprises, théorique dans toute entreprise, effective dans les entreprises bien conçues et bien organisées.

L'offre et la demande sont impuissantes à modifier les prix qui comprennent nécessairement tous ces éléments. Si les prix de vente ne pouvaient couvrir tous les frais exposés, par suite du prétendu jeu de l'offre et de la demande, la production, le transport et le commerce suspendraient immédiatement leur travail. Quelle que soit l'offre, quelle que soit la demande, les prix ne peuvent jamais descendre au-dessous des frais totaux qui viennent d'être énumérés ; leurs variations sont uniquement déterminées par les variations du coût de chacun de leurs éléments constitutifs.

UNE CONDITION NÉCESSAIRE DU PROGRÈS ÉCONOMIQUE : LE RÉGIME DE LA CONTRAINTE MUTUELLE

Aucun des éléments constitutifs des prix ne peut être supprimé; mais la proportion de chacun d'eux peut varier, et chacun d'eux peut supporter une certaine compression, sous la pression du consommateur qui agit toujours dans le sens de la réduction proportionnelle ou absolue des prix, ce

qui exprime la tendance à la réduction des efforts humains. Or, la compression des prix ne peut dépasser une certaine limite : si la compression des salaires met la main-d'œuvre dans la misère, — si la compression de la rémunération de la direction retire tout intérêt à l'effort de direction, — si la compression des bénéûces enlève tout profit à l'entrepreneur, — si la compression de l'intérêt au capital ne compense pas les risques courus par le capitaliste, — si la compression des frais d'État ne permet plus l'entretien des services publics, l'Etat ne remplit pas sa fonction, le capitaliste se retire, l'entrepreneur cesse de concevoir, la direction cesse d'organiser, la main-d'œuvre cosse de travailler: cjue l'un ou l'autre de ces éléments soit défaillant, et la production est arrêtée. H y a donc une limite à la compression des éléments des prix. Cela n'empêche pas cependant la compression des prix eux-mêmes, car il y a un moyen de réduction que l'humanité ne cesse d'employer, sauf pendant ses périodes de décadence : c'est le perfectionnement technique, qu'il porte sur les méthodes de travail ou sur l'outillage et le matériel.

Mais la réduction des prix par le perfectionnement technique ne peut se produire que dans des conditions politiques, économiques et sociales où les facteurs de la production et de la répartition agissent automatiquement dans ce sens.

Les économistes libéraux ont cru que ces conditions se trouvaient réalisées dans le régime politique de la démocratie et dans le régime économique de la libre concurrence. Ils considéraient que la recherche des bas prix par le consommateur, portant chaque industriel à réduire ses prix pour se donner un avantage sur les marchés contre ses concurrents, l'industrie serait naturellement portée à réaliser la baisse des prix par le perfectionnement technique. La raison indiquait que ce phénomène ne devait pas se produire intégralement; l'expérience a montré que, si l'on a obtenu, dans ce régime, des perfectionnements techniques incontestables, on

Page 1