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CHAPITRE VII

LA MÉTHODiSATION DE LÀ PRODUCTION

Rappelons les termes des problèmes économiques qui sont posés au génie organisateur des Français : premièrement, augmenter la production française avec quinze cent mille producteurs en moins; deuxièmement, faire baisser le prix de la vie tout en réduisant la durée du travail et en augmentant la rémunération des travailleurs. Nous avons indiqué selon quels principes et dans quelles conditions on peut travailler pour résoudre ces problèmes, Rappelons que nous voyons le problème résolu par la volonté décroître soulevant les énergies françaises; par une doctrine les guidant; par le régime de la contrainte syndicale mutuelle dirigeant les actions dans le sens du plus grand effort; par la méthodisation du travail enfin, assurant à une même quantité d'efforts un rendement plus grand. C'est un grand problème d'intellectualisation du travail. Il est important de voir jusqu'où il porte.

Il ne s'agit pas seulement de ce que l'on nomme la taylorisation. Nous avons à considérer deux modes d'organisation sur deux plans très différents : l'un, l'organisation méthodique du travail à Y intérieur des entreprises, qui va régenter l'économie des entreprises; l'autre, l'organisation méthodique de la production à l'extérieur des entreprises, qui va régenter l'économie corporative et. retentira sur l'économie individuelle. Il y a donc deux méthodisations très différentes à réaliser, l'une individuelle, propre à chaque entre-

LA METHODISATION DE LA PRODUCTION. no

prise, l'autre collective, intéressant l'ensemble d'une corporation. Les principes de la première sont assez connus : ceux de la seconde le sont beaucoup moins.

Les principes de la taylorisation ou de la méthodisation du travail sont en effet familiers à un très grand nombre de Français. On sait comment, par l'étude scientifique des temps de travail et des mouvements du travail, on peut arriver à doubler et à tripler le rendement du producteur. L'exemple du poseur de briques est aujourd'hui à la fois classique et populaire, et l'on sait quel merveilleux parli l'on a tiré de la méthodisation dans l'industrie de guerre. Il y a peu à dire sur ce point. Il ne reste qu'à mettre en garde les industriels contre des applications brutales de la méthode qui iraient contre les doctrines mêmes de son inventeur et de ses successeurs. Il reste également à appeler l'attention sur ce fait que, dans la méthodisation du travail dans les entreprises privées, il y a avantage à partirde la direction pour aboutir aux ateliers, plutôt que de partir d'une conception de l'atelier pour aboutir à une conception de la direction.

Il est en tout cas incontestable qu'une application intelligente des deux méthodes1 est un des moyens les plus sûrs d'augmenter la production, de faire baisser les prix de revient et de vente et de mieux rémunérer le travail.

La méthodisation du travail corporatif aboutira vraisemblablement à des résultats égaux sinon supérieurs. Dans cette direction, les idées n'ont pas encore la netteté qu'elles ont acquise en ce qui concerne le travail individuel ou l'organisation de l'usine. Toutefois, on pourrait dire d'un mot qu'il s'agit d'appliquer au travail de toute une corporation un ensemble de règles analogues à celles que l'on peut appliquer

i. On lira avec fruit les exposés des clous méthodes qui ont été donnés par les représentants des deux écoles : Le système Taylor, par C. Bertrand Thompson (Paris. Payot, 1919) ; Essai sur lu conduite des affaires et Li direction des entreprises (Doctrine Fayol), par J. Wilbois et P. VanuxJiein (Paris, Payot, 19 19).

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à l'intérieur d'une usine ou d'une maison de commerce. Une telle réforme, on le voit du premier coup, ne peut aller sans une réforme profonde de nos idées et de nos mœurs ; on se rend compte, dès l'énoncé du principe, qu'elle modifie très fortement la conception que le chef d'entreprise se forme de sa fonction.

Dans l'ancien régime économique (nous nommons ancien régime économique le régime de l'économie libérale), le chef d'entreprise se conçoit comme une sorte de chef absolument indépendant, réglant à sa guise les conditions de la production et du travail. 1! s'y croit libre; il ne tolère pas, il ne conçoit même pas que les membres de sa corporation lui donnent des règles de fabrication. Il entend faire usage de son seul bon sens ou de sa seule fantaisie pour déterminer la qualité et les dimensions des objets qu'il fabrique. En réalité, il jouit en effet de sa liberté, mais dans des limites fort étroites. Fabricant de tapis, il a licence d'établir ses séries avec des différences de dimensions de quelques centimètres sur les séries de ses concurrents. Editeur-libraire, il emploiera des papiers qui ne seront pas exactement du même format que ceux de son confrère. La beauté des choses ne gagne rien à ces diversités, et la production en souffre fortement. Ces petites différences de fabrication, cela représente une augmentation considérable dans le prix de fabrication, car elles obligent à la diversité l'usinier qui fabrique les machines qu'emploient le fabricant de tapis ou l'imprimeur, le brocheur et le relieur qui travaillent pour l'éditeur. Cette diversité des types rend difficile et presque impossible l'unification du matériel, ou la réduction à un petit nombre de types de l'outillage employé dans une industrie. Conséquence : frais d'établissement de l'outillage plus élevés, et supportés, en dernière analyse, par le consommateur.

Ajoutons que, dans ce régime, le chef d'entreprise entend posséder à soi, bien à soi, tous ses services d'achats, de vente, d'expéditions, d'encaissements, de publicité et de propagande. C'est-à-dire qu'au lieu de consacrer tout son effort à ce tjui es!

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