LA MÉTHODISATION DE LA PRODUCTION
l'essentiel de son métier, il s'oblige à diriger une série d'opérations dont chacune, pour être très bien faite, exigerait une spécialisation rigoureuse. Il a bien le sentiment que le groupement corporatif de tous les services accessoires de son métier déterminerait une baisse très sensible de ses frais généraux et doublerait la force d'expansion de sa corporation. Mais si l'idée lui en vient, il est immédiatement arrêté par la pensée qu'une telle organisation le priverait de sa liberté. Conséquence : il fait supporter aux produits fabriqués des frais généraux trop élevés qui pèsent naturellement sur le consommateur.
Enfin, dans ce régime, les progrès techniques s'imposent très lentement aux chefs d'entreprise. Le chef d'entreprise limite son effort de rénovation à ses désirs personnels. Estime-t-il que ses revenus annuels sont suffisants pour son ambition, il conserve ses méthodes et son matériel. On pourra lui démontrer que ses gains seront plus élevés avec un renouvellement de matériel et que la production tout entière y gagnera; l'argument sera impuissant à faire mouvoir un homme dont l'ambition est arrêtée et qu'aucune contrainte ne peut décider à un changement.
Dans l'économie nouvelle, que nous voyons naître et dont la pensée se précise chaque jour, tout autre est la situation du chef d'entreprise. Ce chef n'est plus un homme indépendant. Il est membre d'une corporation, régie par les usages et les coutumes syndicales, et qui reçoit des règles de son syndicat, aussi bien pour les conditions du travail que pour les conditions de fabrication ou de vente. La tendance est de limiter sa liberté à l'élaboration des règlements auxquels il sera contraint de se soumettre lorsqu'ils seront édictés. Mais qu'il fasse ou non usage de sa liberté à ce moment, il devra subir la contrainte.
Dès lors, dans la production, le travail de réduction des types usuels peut s'effectuer, et, parallèment, l'établissement de l'outillage spécial à une corporation. Année par année, les modifications peuvent être apportées à tout l'outillage
ia6 l'économie nouvelle.
d'un mêrrié corps. Année par année, le syndicat, après enquête auprès de ses membres, peut déterminer les besoins en matériel ou en matières premières, ies indiquer aux syndicats fournisseurs qui peuvent à leur tour établir leur production et leurs stocks sur des données précises. Ainsi possèdet-on le moyen de régler une production, de fabriquer en séries et de réduire les périodes de chômage. Conséquences : frais d'établissement moins élevés ; baisse des prix de vente et capacité de consommation développée dans les classes ouvrières.
Dans l'économie nouvelle encore, et ceci est capital, le chef d'entreprise tend à s'absorber dans ce qui est l'essentiel de son métier, c'est-à-dire à se consacrer exclusivement au perfectionnement technique de sa propre fabrication ou de son commerce, et il tend à remettre à sa corporation l'organisation et la direction de tous ses services accessoires. Il y a là une sorte de collectivisation corporative de ces services, et une commercialisation d'une partie du travail syndical. On confie à des spécialistes au service de la corporation le soin d'assurer les services accessoires de chaque entreprise afin que l'effort inventif de ebacun soit intensifié à l'endroit où la recherche individuelle est féconde. Objet : réduire les mouvements du travail accessoire par la centralisation ; faire exécuter pour tous, par un homme très spécialisé et mieux rétribué, le travail que faisaient plusieurs hommes peu spécialisés et mal rétribués ; faire baisser les prix d'achat, les prix de transport et tous les frais généraux.
Achète-t-on des matières premières: on groupe les achats d'une corporation, et, du même coup, on obtient des prix plus avantageux et des conditions de transport plus rapides et moins coûteuses. Lorsqu'il s'agit de vendre des produits fabriqués, on groupe les expéditions provenant d'une même ville ou d'une même région en vue des expéditions destinées à une même région, à une ville, à de mêmes clients. S'agit-il de régler des comptes avec les détaillants? On établit des bordereaux de paiements pour ces clients, qui ne font