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ne sont ni des bourgeois ni des capitalistes. Les bourgeois, ce sont les rentiers, ce sont les patrons retraités; les capitalistes ce sont ceux qui vivent du placement des capitaux. Les patrons sont des travailleurs, des producteurs; ce sont des bommesqui, à cause de leurs qualités dans l'organisation du travail, dans la distribution des tâches, dans la répartition des produits, sont placés à la tête des services de la production, en quelque sorte par une délégation tacite de la collectivité; ce sont des hommes qui, par position, par intérêt personnel, parce qu'ils sont ou se considèrent propriétaires ou bénéficiaires de leurs entreprises, utilisent au mieux les efforts humains, le temps de travail, les matières qu'iis traitent et les produits qu'ils fabriquent. Ce sont eux qui, grâce au fait qu'ils sont intéressés par leurs bénéfices, nous donnent le système de production le moins coûteux et le système de répartition le plus économique et le plus sûr.
Supprimez les patrons, la production baisse, augmente de prix, et l'on entre dans le gaspillage et la mauvaise répartition. L'intérêt social commande de conserver l'intérêt du patron ; cela coûte infiniment moins cher que toute espèce d'étatisation, de nationalisation ou de socialisation. Mais il faut organiser le pays de telle manière que, par des institutions qui exercent sur lui une forte influence, le patron soit obligé de fournir le maximum d'efforts, et qu'il y trouve son plaisir.
Le vice essentiel de la nationalisation ou de la socialisation, c'est de supprimer, pour les organisateurs du travail, l'intérêt à la bonne et rapide exécution des tâches. Un patron, obsédé par la crainte constante des pertes ou de la faillite, est porté, par intérêt personnel,- à servir rapidement le consommateur; à cause du souci qu'il a de sa réputation, qui entretient ses affaires, il est conduit, par le même intérêt, à chercher la bonne qualité et le prix de vente le plus réduit ; son intérêt propre le guide dans la bonne répartition des produits; enfin, tous ses frais accessoires sont réduits au minimum; s'il y a des sous-produits, il en tire parti; il
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économise les bouts de bougie et les bouts de ficelle, par souci de son bénéfice personnel. Résultat : en cherchant son bénéfice, il réalise une économie considérable pour la production générale, il ne gaspille aucun des biens matériels dont il a la charge. Remplacez le patron par un fonctionnaire de l'Élat, par un délégué au travail, et vous verrez s'élever rapidement le coût de la production. Ce fonctionnaire, ce délégué appointé, gagnant sensiblement moins que le patron qu'il remplacerait, nous coûterait deux et trois fois plus, nous servirait deux et trois fois moins vite, et laisserait perdre deux et trois fois plus de temps et de matériaux. Pourquoi? L'intérêt personnel ne le fouette plus. Assuré de son traitement, ne craignant pas la faillite, n'espérant pas les bénéfices, il suit le tran-tran de son existence, désintéressé du prix de revient et du prix de vente, réglant la répartition des produits sans souci des frais de transport ni des besoins locaux. Production et répartition deviennent ainsi des opérations beaucoup plus coûteuses que si elles étaient dirigées par un patron.
Et il y a un autre vice dans la production nationalisée ou socialisée. C'est l'incompétence ou l'impossibilité de détertcrminer les limites de la compétence. A ce point de vue, le régime patronal est bien au-dessus de tout régime socialiste. En effet, dans le régime patronal, un incompétent ne peut pas demeurer longtemps à la tête d'une entreprise ou, si l'on veut, d'un service de la production; s'il est patron, son incompétence le conduit à la faillite et il est éliminé; s'il est subordonné, il est rapidement jugé à sa valeur par un chef intéressé à son vrai rendement. En outre, les limites de la compétence sont déterminées par le jeu naturel des facultés humaines; un patron n'administre, n'organise que ce qu'il est capable d'organiser, d'administrer avec profit. S'il va au delà de ses moyens d'action, encore une fois, la faillite l'arrête. Il n'en est pas de même pour le fonctionnaire, dans un régime de nationalisation, pour le délégué au travail dans un régime socialisé. La preuve de la compétence ou de Pin*
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compétence n'apparaît qu'au bout d'un très long temps, et quand elle apparaît, la lenteur administrative empêche les sanctions rapides quand l'intrigue politique ne les interdit pas complètement.
En résumé, au point de vue de la production, le plus médiocre régime patronal présente une supériorité incontestable sur le meilleur régime de nationalisation ou de socialisation. Les patrons sont, en somme, les meilleurs délégués au travail qu'un peuple puisse se donner. Gardons-nous de les supprimer, si nous voulons résoudre, en vue de la prospérité générale, le problème économique de l'après-guerre. Répétons-le : mieux vaut organiser le pays pour exploiter leurs capacités techniques, pour les obliger à fournir un travail plus intense.
La difficulté, c'est qu'il n'y a pas de patrons au-dessus des patrons. La solution, c'est d'organiser la vie économique de telle manière qu'une contrainte soit exercée sur les patrons dans le sens du perfectionnement technique, de l'expansion économique, de l'application des nouvelles méthodes. Il faut organiser une action contre trois tendances patronales, ou contre trois types de patrons : celui qui subit les changements économiques en acceptant tout simplement une réduction de ses bénéfices; celui qui essaie de maintenir ses bénéfices en diminuant la rémunération de la main-d'œuvre ; celui qui tente la même opération par une simple majoration des prix de vente compensant toute augmentation du prix de là main-d'œuvre. Ces trois types de patrons devront chercher de nouvelles solutions ou disparaître.
Les moyens de contrainte, nous l'avons déjà montré, le syndicalisme les fournit : du côté ouvrier, par la pression ouvrière pour les plus hauts salaires et la réduction de la durée du travail ; du côté patronal, par une discipline qui permettra d'imposer de mêmes transformations à tout un groupe industriel. Les contraintes fonctionnant, il ne reste à résoudre que des problèmes techniques qui ne sont pas au-dessus de l'intelligence française. Les patrons ont à
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rechercher par quels moyens humains on peut obtenir la même somme de travail avec deux millions de producteurs en moins, dans un temps de travail réduit, et par quels moyens mécaniques, avec ce personnel diminué, on peut porter au double les résultats de la production, et réduire les prix, malgré des charges nouvelles. Nous n'avons à demander aux patrons ni sacrifices, ni concessions; nous leur demandons de travailler à transformer notre économie industrielle, commerciale, agricole; leur activité technique, voilà le plus grand de leurs devoirs sociaux dans les dix années que nous allons vivre.