‹ L'économie nouvelleChapitre 46 sur 55 · A PROPOS D'UNE CONFÉDÉRATION GÉNÉRALE DU PATRONAT · texte numérisé non relu

A PROPOS D'UNE CONFÉDÉRATION GÉNÉRALE DU PATRONAT

On a beaucoup parlé, depuis la fin de r 918, de la Confédération générale du Patronat. On veut la faire sous ce nom ou sous un autre. Nous dénonçons le projet comme un péril national ; nous invitons les producteurs à s'y opposer par tous les moyens. L'idée d'une confédération du patronat est une idée aussi absurde que l'idée d'une confédération générale des ouvriers. Ni l'une ni l'autre ne sont des idée* de producteurs. Ce sont des idées de politiciens, qui exploitent en même temps les passions ouvrières et les passions bourgeoises, et qui veulent avoir en mains la C. G. T. pour la manier contre les patrons, et la C. G. P. pour en tirer l'or de la vie large et de la corruption. Entre les deux, au-dessus des deux, politiciens et financiers feraient leurs affaires. A bas la Confédération générale du Patronat !

On connaît le projet qu'ont mûri secrètement quelques politiciens alliés à quelques grands profiteurs de la guerre : organiser sous le couvert des groupements économiques consultatifs qu'a créés M. Clémentel, une véritable confédération de syndicats patronaux. On a d'abord invité les syndicats patronaux à se fédérer par groupements économiques, l'objet déclaré étant de créer des organes d'information et de consultation pour le gouvernement. Idée excellente, dont il faut louer le ministre, mais qui devient une manœuvre dirigée par un autre ministre. M. Loucbeur» et, sur un autre

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plan, par M. Briand. Les fédérations formées, on confédéré et l'on obtient cette confédération générale de la production, dont l'idée est encore excellente, mais à l'abri de laquelle on veut entraîner les patrons vers un but arrêté depuis longtemps par les personnages qui restent dans la coulisse. Le but, c'est la constitution d'un conseil économique national, où siégeraient, avec les délégués du gouvernement, les délégués de la C. G. T. et les délégués de la confédération des syndicats patronaux. Sans l'avoir voulu, les syndicats patronaux seraient organisés en groupement de classe et trouveraient en face d'eux une organisation de classe, la C. G. T., devenue institution officielle reconnue pour parler au nom de tous les ouvriers français. Voilà la combinaison préparée et pour laquelle on fait, depuis six mois, une intense propagande dans les milieux patronaux. Des fédérations et des groupements ont été fondés pour propager l'idée, pour amener les patrons à accueillir avec joie et reconnaissance ce don d'une confédération patronale que l'on opposerait à la C. G. T. Un certain nombre d'imbéciles ont sauté sur l'idée. On a pu entendre, au printemps de 1919, un ahuri déclarer que « le jour où les huit millions de patrons seraient unis contre les huit millions d'ouvriers », il y aurait quelque chose de changé en France! Voilà les idées de guerre civile répandues dans le pays par les soins du ministère de la Reconstruction nationale ! C'est un péril national auquel il faut s'opposer résolument. Les producteurs français sauront faire échouer ce plan.

On voit assez le calcul des politiciens et de leurs protecteurs ploutocrates dans la réalisation de cette combinaison ; avec une organisation fondée sur l'idée de la lutte de classes et placée à la discrétion du gouvernement, on consolide le pouvoir des politiciens habiles à exploiter le monde ouvrier. On tient les patrons, on tient les ouvriers : on les manœuvre les uns contre les autres. On se fait présenter aux ouvriers comme l'homme qui fait céder les patrons : on se présente aux patrons comme l'homme qui calme les colères ouvrières.

Valois. Économie. U

lOa L ÉCONOMIE NOUVELLE.

Résultat : puissance démagogique acquise sur les ouvriers, puissance conservatrice sur les patrons, accompagnée de sérieux profits matériels.

Veut-on réaliser quelques affaires fructueuses ? On a sous la main les moyens de diriger l'action ouvrière contre telle ou telle industrie que l'on veut ruiner complètement ou contraindre à accepter les volontés de tel ou tel groupe financier.

On a pu le constater en 1919 :1e même homme, Aristide Briand, excite, ordonne les mouvements du bolchevisme, afin d'effrayer la bourgeoisie, et excite, entretient, ordonne les réactions bourgeoises. Pour le soutenir, les politiciens de la Sociale qui veulent razzier quelques bourgeois, et les bourgeois qui suent la peur et qui attendent leur salut des mitrailleuses: au-dessus des uns et des autres, les grands bailleurs de fonds qui spéculent sur les troubles économiques pour rafler la fortune d'autrui. C'est l'utilisation politicienne du dogme marxisme de la lutte des classes, accommodé à deux sauces différentes pour les bourgeois et les ouvriers.

Opposons la vérité économique à cette prestidigitation de la politique démo-ploutocratique ; l'organisation des producteurs en deux classes séparées n'est pas, ne peut être une organisation de la production, parce qu'elle ne crée aucun organe économique; elle ne peut aboutir qu'à la constitution de deux groupes opposés, ennemis, non sur le plan de la production, parce qu'elle ne crée aucun organe économique, mais sur le plan de la guerre. Des politiciens peuvent se flatter d'éviter la guerre à laquelle porterait cette organisation; ils peuvent espérer qu'ils seraient les pacificateurs et les profiteurs du conflit permanent ainsi organisé. Leurs calculs seraient tôt ou tard déjoués par l'explosion des liassions soulevées. Ce n'est pas impunément que l'on amplifie la peur bourgeoise, que l'on excite les appétits ouvriers. L'issue de ce jeu, c'est la répression violente et impitoyable ou la révolution non moins violente et non

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moins impitoyable. Dans les deux hypothèses, c'est la menace de la ruine pour le pays, c'est le sang français versé. Nous voulons épargner le sang et les richesses du pays. Producteurs, patrons et ouvriers, soyez séparés pour défendre vos intérêts respectifs, dans les cadres de vos industries ; mais soyez unis contre les politiciens pour défendre votre sang et vos biens. Il est faux, il est faux que vous apparteniez à deux classes distinctes et opposées. S'il y a des classes sociales, il n'y a pas de classes économiques. Il y a des grouoements économiques propres aux métiers, aux régions et iux nations; il y a solidarité économique entre tous les nombres d'une même nation. Prenez conscience de ces ntérêts communs sans perdre conscience de vos intérêts >articuliers de patrons ou d'ouvriers : cela ne conduira ni à a C. G. T. ni à la G. G. P. Vous serez conduits à vous lonner les institutions où vous défendrez ensemble vos ntérêts communs de producteurs contre les naufrageurs de a finance et de la politique.

L'utile et féconde réalisation d'une Confédération généale de la production française, c'est, non pas la formation n classes, mais la formation par professions, par groupes conomiques, par régions, les syndicats ouvriers et les synicats patronaux étant représentés, par leurs délégués, à haque palier, les uns et les autres constituant à chaque cbelon, leurs conseils de métier. Dans cette formation, le onseil économique national est constitué, non par les étatsîajors de deux classes sociales, mais par les délégués-patrons t ouvriers des groupements corporatifs et régionaux de proucleurs et l'union économique nécessaire se fait contre les oliticiens.

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