LA SOLUTION
Indication sur une organisation économique de la France. — Quelles que soient les difficultés de l'heure présente, nous prions les Français de dépasser les événements du jour et d( considérer ceux de demain. Nous ne leur demandons pas d< les oublier, mais nous les invitons à se mettre en tête un< autre pensée que celle de la résistance à la révolution ; i faut savoir quelle organisation économique nous nou donnerons, patrons et ouvriers, en parfait accord, et en vu< de notre bien commun. Si quelques personnes croient que 1< moment est mal choisi, dans un temps où le plus vif antago nisme parait se manifester, nous nous permettrons de leui faire observer que, s'il est prudent de veiller à ce que ce antagonisme ne brise pas l'armature de la civilisation, il es plus sage encore de veiller avec une pensée d'avenir, et noi avec la mort dans l'àrne. Quiconque, au moment où s: maison parait menacer ruine, pense à l'aménagement nou veau qu'il fera, est beaucoup plus fort que celui qui, devan le même spectacle, ne pense qu'à se garantir de la chute de pierres. Et, au surplus, soyons sérieux ; si le mouvement révo lutionnaire aboutit, il détermine la chute de la civilisation ei Europe, et, dans cette hypothèse, il est indifférent que nou ayons une pensée ou une autre avant l'événement. S'i échoue, et il échouera parce que les Français veulent vivre il faut être prêt à organiser dès que la crise sera surmontée Tenons-nous prêts à l'organisation et, quelles que puissen
LA SOLUTION. l65
être les erreurs, les fautes que commettent les syndicalistes révolutionnaires au cours de la crise, ne perdons pas de vue l'excellence du principe syndicaliste. Répétons-le : la révolution dite sociale, c'est la mort ; le syndicalisme, c'est la vie et c'est l'ordre.
Faillite du « vieux système de travail » . — Nous nommons « vieux système de travail » le système libéral du xixe siècle, et nous disons, nous répétons depuis des années que ce système est absurde, contraire à la tradition française, contraire à l'enseignement chrétien; irrationnel et inhumain. Il est responsable de la crise où nous sommes. Il fait faillite. La crise d'aujourd'hui le proclame. En quoi a-t-il été impuissant? En ceci qu'il n'a pa su créer un régime économique où les producteurs, chefs et exécutants, possèdent une haute conscience de l'intérêt de la production. Le « vieux système de travail » avait tué la conscience du producteur, aussi bien chez le patron que chez l'ouvrier ; il avait livré la production aux appétits et aux passions individuelles. Il a fait du producteur un être qui ne cherche que les gros bénéfices ou les gros salaires, sans frein, ni en ce qui concerne les bénéfices ni en ce qui concerne les salaires, et il a opposé brutalement les uns aux autres, en dehors de la connaissance le l'intérêt général. C'est lui qui nous a donné ce patron, juî se f... de l'intérêt général, qui veut être le maitre absolu chez lui, et qui exploite à la fois le consommateur, le fournisseur et l'ouvrier; c'est lui qui nous a donné cet ouvrier qui se f. . . non moins que son patron de l'intérêt général, et qui ne cherche qu'à le rouler et à tirer de lui tout ce que l'on peut en tirer, par la ruse ou par la force. Dans ce système, l'antagonisme naturel devient l'hostilité, décuplée par la puissance des idées lancées dans le monde ; lu parti des bénéfices et du parti des salaires, l'un et l'autre tirant sur la corde, jusqu'au moment où elle casse, provoquant la chute de l'un et de l'autre.
Le jeu de la corde. — C'est ainsi qu'un Anglais définit le système du travail du xix" siècle. Pourquoi et comment? C'est ce qu'a dit cet Anglais réaliste, Mr Whitley, M. P., industriel, dans un rapport remis à Lloyd George au printemps de 19 19, au moment où l'Angleterre était secouée par les grèves. Nous citons une page de ce rapport, d'une force et d'une netteté remarquables, afin qu'il apparaisse au lecteur comment, dans le pays classique de l'individualisme économique, on prend conscience des erreurs du siècle passé :
Le vieux système du travail, écrit M. Whitley, le vieux système du travail a fait faillite, et il est aisé de découvrir les raisons de cet échec. Depuis la révolution industrielle, on peut dire, en effet, que les relations entre « employeurs et employés » ont toujours eu comme base : l'antagonisme, la résistance et la contrainte.
Le même fait s'est produit dans toutes les nations civilisées. Le développement parallèle des « trade unions » et des associations d'employeurs, toujours en opposition, a atteint un tel point que nous pouvons dire sans exagérer que l'état du monde de l'industrie est un état de guerre latent.
Dans de telles conditions, il est à remarquer d'une part que les associations patronales considèrent de leur devoir de s'opposer à toute tendance, à toute proposition formulée par les associations ouvrières en vue d'un progrès ou d'une amélioration quelconque, et, d'autre part, que les associations ouvrières croient rester fidèles aux principes du travail, en s'opposant à toute proposition formulée par les associations patronales pour le développement de la production.
Les deux partis ne se rencontrent donc que pour se soumettre mutuellement leurs exigences et leurs revendications qui sont les raisons d'un conflit sans fin. En vérité, les négociations entre employeurs et ouvriers sont des négociations entre ennemis et c'est ainsi que les forces et les moyens des directeurs et des employés (ouvriers), se perdent et s'usent en de vaines et inutiles controverses.
Les deux partis sont, en réalité, les victimes d'un système d'antagonisme qui a fait de l'industrie un véritable tug oj ivar (jeu de la corde) et qui a entravé l'activité nationale en créant une pensée et des habitudes de classes. Toutes les fois, en outre, que la contrainte a