AU COMMENCEMENT EST LE VEHBE
prendre en considération particulière les intérêts privés de la classe dite bourgeoise, aussi respectables qu'ils puissent être. L'intérêt de la production nous occupe seul. Or, s'il est évident, pour les personnes éclairées, que le marxisme appliqué au travail détermine une baisse énorme de la production, il est non moins évident qu'une partie des classes ouvrières est agitée par les socialistes marxistes. Comment donnera-t-on une forte organisation à la production sans une doctrine assez forte pour retirer au marxisme son influence? Gomment luttera-t-on contre une Allemagne reformée, capable d'utiliser le marxisme contre la production française, si l'on ne possède une doctrine assez puissante pour retirer tout moyen d'action à la propagande allemande chez les producteurs français? Enfin, dans quelle infériorité sera-t-on, au seul point de vue de l'organisation générale et corporative, si l'on en est encore à chercher une doctrine, des méthodes, dans quelques années, au moment où les Allemands auront pu reprendre l'exécution de leurs plans réfléchis de l'avantguerre?
Organisons-nous toutefois sans attendre l'achèvement d'un bel édifice doctrinal. Nous connaissons tous la direction générale : c'est la voie syndicale. Mais, parallèlement, poursuivons vigoureusement les recherches intellectuelles : Comment et pourquoi nous produisons? quelles sont les cortdi* tions morales, sociales, économiques d'une production que nous devons accroître? Telles sont les questions que nous devons résoudre si nous voulons être en mesure de résoudre pratiquement le problème économique que la guerre pose à la France : augmenter la production avec quinze cent mille producteurs en moins.
Techniquement, il semble bien que ce que l'on appelle les méthodes modernes de travail nous fournissent la solution du problème. La inéthodisation du travail, l'organisation des services collectifs corporatifs permettent d'augmenter la production dans une proportion considérable et, parallèlement, d'augmenter les salaires et appointements, sans
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augmenter les prix de vente. On peut conclure qu'il suffit de généraliser ces procédés pour atteindre la solution cherchée. Mais l'application générale rencontre deux obstacles. Exactement, deux doctrines : chez les chefs d'industrie, l'économie libérale; chez les ouvriers, le socialisme marxiste. La généralisation des nouvelles méthodes de production exige une collaboration technique étroite des groupes, des syndicats de producteurs, patronaux et ouvriers (collaboration qui n'exclut nullement la conscience des antagonismes naturels); or, chez les patrons, les survivances de l'économie libérale s'opposent, premièrement, à l'établissement strict d'une discipline corporative en vue des perfectionnements techniques, deuxièmement, à la reconnaissance définitive du syndicalisme ouvrier. Le chef d'industrie formé par l'économie libérale se conçoit comme une sorte de souverain qui ne veut ni recevoir les lois de ses pairs, ni traiter avec ceux dont il dirige le travail. Avec les hommes de cette formation, il est aussi impossible d'organiser la collaboration technique des chefs d'industrie que d'assurer des rapports constants entre syndicats patronaux et ouvriers.
Dans une partie active des classes ouvrières, autre opposition : une doctrine, le marxisme, impose l'union entre ouvriers, mais interdit la collaboration, fut-elle technique, avec des individus ou des syndicats appartenant aux classes bourgeoises. L'ouvrier marxiste regarde les bourgeois, ou plutôt les chefs actuels de l'économie, comme des ennemis condamnés à la disparition, soit par l'évolution économique, soit par une révolution politicoréconomique.
Dans de telles conditions, où se manifeste une opposition d'apparence irréductible, comment agir heureusement? Il apparaîtrait, aux yeux de l'être qui arriverait de Sirius, qu'aucune action n'est possible et que nous allons vers un conflit certain entre les éléments de la production. Nous pensons au contraire, que l'action est parfaitement possible. Et l'on s'en rend compte dès que l'on analyse les forces qui s'opposent : l'économie libérale n'est plus qu'une doctrine