‹ L'économie nouvelleChapitre 4 sur 55 · AU COMMENCEMENT E8T LE VERBE · texte numérisé non relu

AU COMMENCEMENT E8T LE VERBE

monde, l'idée des bienfaits qu'elle peut répandre sur la planète? Si nous l'avons, mettons-nous au travail hardiment. Le reste nous sera donné par surcroît.

Ce serait faire une violente injure à la plupart des Français que de douter un seul instant de leur volonté de préparer un avenir glorieux à la France. Avant la guerre et pendant la guerre, il y a eu chez nous autre chose que la seule volonté de ne pas mourir pour conserver ce qui est déjà acquis. On a voulu vaincre en vue de l'avenir, en vue de donner à la France une grandeur nouvelle, non dans cette pensée de domination universelle qui était celle de l'Allemagne, mais dans cette conception de l'équilibre des foyers de la civilisation où la France rivalise avec les plus élevées des nations dans les arts de la paix.

Mais cette volonté est-elle générale ? Existe-t-elle dans ces parties de la nation où l'on a tant douté de la France, des Français et de leurs vertus, où l'on prenait une sorte de plaisir à s'avouer inférieurs, tantôt aux Anglo-Saxons, tantôt aux Allemands ? On aurait pu hésiter à répondre il 3 a quelques années, peut-être même au cours de la guerre. Aujourd'hui, on peut dire que cette volonté anime les Français.

L'auteur de ce livre, depuis qu'il est rendu à la vie civile, a pu mener une assez longue enquête auprès d'un grand nombre d'hommes qui participent, à des titres divers, à la vie économique. Dans la corporation du Livre à laquelle il est attaché professionnellement, comme dans vingt autres corporations, il a pu saisir les mêmes pensées, il a pu observer les mêmes faits : les Français qui dirigent la vie économique sont dominés par la pensée qu'ils ont mission d'assurer à la France un rôle de premier rang : jamais on ne les a vus subordonner consciemment leurs entreprises particulières au bien général comme ils le font aujourd'hui ; jamais on ne les a vus tant sacrifier de temps et d'argent aux entreprises collectives de progrès technique et d'expansion nationale. La guerre est terminée. Ils ne croient pas le moment venu de se

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reposer ; c'est au contraire pour eux le moment de doubler les efforts. On peut l'affirmer : l'esprit souffle. Les Français se mettent au travail avec une ardeur nouvelle. Mais possèdent-ils une doctrine favorable à l'action d'ensemble heureuse et féconde ? Voilà la seconde question.

Disons-le sans détours : la doctrine manque. Elle s'élabore ; elle est en formation nette sur certains points. Mais c'est encore la nébuleuse. Et la plupart des Français ont l'esprit plein des idées les plus contradictoires, s'ils ne vivent pas tout simplement dans le respect du i>ric-à-brac de l'économie libérale. Lorsque l'on voit des syndicats se fonder ou se réunir en fédérations ou en confédérations pour réclamer le retour à la liberté du travail, on se demande quelle idée les membres de ces syndicats se font du syndicalisme ouvrier ou patronal. Ce seul fait révèle l'absence de doctrine ou la coexistence de deux doctrines que les intéressés ne savent pas inconciliables.

Nous pourrions nous désintéresser de l'absence de doctrine si nous nous trouvions dans d'autres conditions que celles où nous sommes. Un peuple jeune, plein de goût pour l'action, ardent au travail, agissant d'un seul élan, et vivant sur un territoire peu peuplé, peut fort bien fournir un travail intense; 'ses actions ne seront pas très coordonnées, mais il peut atteindre la puissance et, cbemin faisant, la doctrine se fait, l'ordre s'établit. Il en est tout autrement pour un peuple ricbe en traditions, et en traditions contraires, et chez qui un groupe important représente une doctrine très nette qui veut s'imposer à toute la production. Dans un pays comme le nôtre, où une doctrine économique, le socialisme marxiste, formée sur des vues étrangères à la production, prétend régenter le travail, il serait grave que les producteurs ne fussent pas en mesure de se donner une doctrine propre à éclairer et à guider leur action.

Le lecteur entend parfaitement que nous ne nous soucions pas de savoir si le socialisme marxiste menace ou non les intérêts d'une classe ou d'une autre. Il ne s'agit pas de

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