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niier, le fabricant ef le propriétaire préteur sont en état
(le faire pins de dépenses. On est donc abusé par une
étrange illusion, si l’on suppose qu’on dérobe à la
consommation le revenu ([u’on transforme en capital.
On ne le consomme passoi-méme; on le fait consommer
par d’antres de la manière la plus utile à l’aisance générale.
» i;iiomme riche dont je parle met an fonds de consommation une grande partie de son revenu; mais il ne le dépense pas sans choix et sans goût; puisqu’il est éclairé, il sait se garantir d’être dupe de sa richesse.
» On ne voit pas chez lui une foule de valets inutiles parce qu’il vent être bien servi, et parce qu’il aime mieux entretenu à la campagne d’honnêtes ouvriers que d en faire à la ville des fainéants et des fripons vêtus de livrée. L’ordre règne dans sa maison; il sait à (jiioi s’en tenir sur cet axiome de parasite : les profusions du riche font vivre le pauvre. Ce qu’il dépenserait mal à propos et sans plaisir, il préfère le dépenser
d’une manière agréable à lui, avantageuse pour les autres.
» Il parle volontiers des principes qu’il s’est formés; parce qu’après les bons exemples, rien n’est jilus nécessaire que les bons avis. Les apologistes de la dissipation, dit-il, devraient souhaiter qu’il y eût des jours de saturnales où les riches briseraient leurs meubles pour encourager l’industrie. Ces meubles qu’il faudrait remplacer procureraient des salaires aux ouvriers et des profits aux entrepreneurs. xMais quand les cens riches n’ont pas recours à ce moyen bizarre, inseLé^ ils dépensent le même revenu, ils pourvoient également ^a des profits, à des salaires, et ce qu'ils n’ont pas
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DE LA CONSOMMATION. 321
détruit continue à être utile. Les meubles dont ils ne veulent plus sont vendus bon marché, servent à d’autres personnes, puis sont revendus à plus bas prix encore et vont se placer dans des demeures toujours plus modestes. Les objets dont la consommation est lente s’accumulent et deviennent pour la société un fonds immense de richesses. Le bon ordre peut seul accroître ce fonds précieux et veiller à sa conservation. Si l’homme de bien qui parle ainsi voit qu’on lui prête attention, il continue : quelle démence d’imaginer que le riche serait avare s’il n’était dissipateur! Comme si l’on n’avait qu’une manière de dépenser et qu’il fallût y recourir ou bien enterrer son argent! Toute dépense a quelque utilité; mais toute dépense n’est pas également utile. La profusion, le gaspillage, ont même des effets que rien ne compense quand ils détruisent des objets qu’on ne peut multiplier à volonté , parce qiie le concours de la nature est nécessaire pour les produire. Lorsqu’un meuble est brisé, on appelle un ouvrier; mais lorsqu’on détruit des grains, des arbres, on ne peut forcer la nature à réparer le tort qu’on a fait à la société. Sans doute, il n’y a pas de consommation entièrement perdue. vSi vous détruisez le blé, celui qui vous l’a vendu en a touché l’équivalent; mais celui qui soutire la faim et que le blé ferait vivre, où se trouve l)our lui la compensation de votre folie? Les profusions du riche n’ont lieu qu’aux dépens de la classe nombreuse, et leur économie bien entendue accroît le patrimoine des pauvres.
» Cet homme sensé, malgré son opulence, non-seulement veut (jue l’ordre règne dans sa maison, mais il ne dédaigne point d’enijiloyer quelques procédés (X'o-
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noniiqiies, applications importantes des hantes scieiua's. Il fait construire le foyer de ses clieminées de manière (pdelles ccliaulfent mieux à moins de frais, ne lut-ce
que pour donner un bon exemple (d répandre un utile usai^e.
') Si des gens frivoles veulent tourner de panais soins en lidiciile et supposent qu’ils sont l’etfet d’un esprit de lésine, ils se détronq)eront en voyant dans les apj)ai‘tements de cet homme si raisonnable tous les signes de la richesse et du bon goid. Ses meubles unissent l’élégance à la solidité. Jieaucoiip d’objè !s commodes, agréables, décorent sa demeure. Sa fortune lui permet de se les procurer; il veut (|ue sa famille en jouisse. S’il habite loin de la ca[)itale, il veut aussi exciter 1 industries et lormer des ouvriei’s en leur otlrant des modi'les. Sans s’occiqier de sa toilette, il est toujours vêtu de belles étoffes; et tout ce ipii sert à son usage est choisi dans de bonnes fabriipies. 1! aime dans tous les genres ce ({iii est beau; il sait (pie les manidactures pei’fectionuées , dont rinfiuence est importante, ne [leuvent exister sans avoir les riches pour consommateui s. Les de[)euses de sa table ne sont pas les plus conteuses pour lui, on ne ^oit pas a ses dîners cette profusion qui semble annoncc'r qu’on a des sots pour convivTs; mais son cuisinier a toute l’habileté qui convient dans une grande maison. Les seules liith*rences (|u’on puisse remarquer entre sa table et celle d’autres riches, c’est qu’elle est aussi bien servie, avec moins de dépenses, et qu’elle réunit des convi\es plus aimables.
» Je ne parle point de la })artie de son revenu qu’il emploie pour élever ses enfants, ni <le celle iju’il consacre
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a des actes de bienfaisance; je serais entraîné à des considérations qui feraient perdre de vue notre sujet.
» Les pi incipes qui dirigent cet homme ojmleiit .-ont exactement ceux ipie doit suivre chaipie personne dont le revenu n’est pas absorbi* tout entier jiar la consommation journalière. De même ipie le riche propriétaire améliore ses domaines et place de fortes sommes, l’ouvrier doit acheter des outils et placer quelques épargnes. Voilà ses capitaux. Quant au fonds de consununalion , le pauvre a besoin plus encore que le riche de n’y ^ erser qu’avec discernement une partie de son revenu , desavoir (pi’il faut préférer les acquisitions durables à celles dont la destruction est rapide. Lorsciu’il peut se procurer, soit pour sa nourriture , soit pour son habillement, quelques superfluités, il doit aimer mieux en mettre le prix à l’achat d’un meuble que ses enfants posséderont encore.
» On sait combien est grande l’influence des riches. S’ils suivent les principes que je viens d’exposer, leur salutaire exemple amènera des améliorations dans toutes les classes de la société. Le pays où ces principes seront honorés est celui qui verra naître le |)lus de richesses, de vertus et de bonlieur.
» Si l’opinion, au contraire, excite à la prodigalité, si de fausses lumières en économie politique accréditent l’erreur que toute consommation est également utile, on aura des résultats ojiposés. Les hommes oj)ulents jetteront leurs revenus dans les fonds de consommation. Sans doute un certain nombre de gens en profiteront ; j ai dit et je répète que toute dépense a (juel([ue utilité. Quand les riches se mettent en frais pour des valets, des filles publiques et des bateleurs, nou-seule-
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ment ces êtres vivent, mais ils consomment ce qu’ils reçoivent et font vivre des ouvriers. Toutefois, il me semble que la manière dont notre père de famille éclairé emploie son revenu porte plus directement les moyens d’existence aux gens honnêtes et laborieux; et je ne vois pas bien par quel circuit les pièces d’or que disperse le prodigue iront se former en capitaux pour servir aux améliorations que réclame l’agriculture. Si les grands propriétaires se font un honneur de la profusion, les commerçants, les fabricants voudront rivaliser avec eux de prodigalité; ceux-ci dissiperont leurs capitaux , toutes les classes de la société participeront à ce délire; l’État ne sera qu’un vaste théâtre de débauche et de fainéantise.
» Ainsi, les écrivains (jui veuhmt encourager l’industrie en prêchant la consommation sans rèsle et sans mesure , quelle que soit la droiture de leurs intentions, parlent en corrupteurs de la morale et méconnaissent une des vérités les plus importantes de la science des richesses. 11 est pénible d’entendre des phrases telles que celle-ci : Les principes de V économie politique appartiennent à un autre ordre d’idées que les préceptes de la morale (1). Je ne connais pas d’assertion plus fausse.
(I Cette phrase est de G. Garnier (note de sa traduction de Smith, t. M, p. 38 ( ; et cependant l’autour n’est pas aussi partisan de la dissipation ipie d’autres écrivains. Quckpies pages plus loin il dit : « .M. de Saint-Chamans (dans l’ouvrage intitulé De ïimpût fondé suites principes de l’économie politique) s’est laissé entraîner au delà de la vérité, en soutenant cpie toute consommation, même celle des prodigues et celle des gouvernements, cpi’on peut regarder, sans encourir le reproche d’exagération, comme les premiers de tous les prodigues, sont également favorables à la production; en sorte que, d’après son idée , il suffirait de consommer pour produire un accroissement de la richesse publiijue. »