SCENE IV
GOLKSOL, UOS'l'OLIN.
ROSTOLIN. J'ai jMSsé chez Ghevet... il enverra le souper 11 .Meiidon. Sais-tu rpie ça sc trouve bien ipie Faimy t’ait fait acheter là sa campagne? à deux lieuesd’ici, de Versailles... en un temps de galop , tu peux être chez elle.
coüRSOL. Oui... et j’y étais cc matin... elle m’a fait une scène!...
ROSTOLIN. Toujours la même histoire...
Mais aussi, comment diable as -lu été lui donner contre toi une telle arme? livrer le |)orlrait de sa femme à une maîtresse !
COURSOL. C’est qn’aussi il faut .savoir comment cela est fait... Ce jiortrait, un petit médaibon.
ROSTOLIN. Avec des diamants autour...
COURSOL. Qui me vcnaitdc mon beau-père, que je n’avais jamais porté... Fanny me tourmentait pour le voir, afin de connaître les traits de ma femme, qui ne va guère à l’0|iéra...
ROSTOLIN. Non, elle est musicienne.
COURSOL. Je le prends donc un soir en allant chez Fanny. Ne se mct-cllc pas à fondre en larmes , à prétendre que le portrait est charmant, et que j'aime ma' femme mieux qu’elle?
ROSTOLIN. Quelle invraisemblance I
COURSOL. C’est ce que j’ai dit... mais impossible de la consoler, à moins d’en venir au sacrifice qu’elle exigeait... c’était après souper... un souper lin... des vins exquis...
J’étais un peu... j’étais même beaucoup...
pouvais-je d'ailleurs prévoir re qui arrive aujuurd liiti?
ROSTOLIN. Celte terrible menare?
COURSOL. Qu'elle me répétait encore tantûL Ce |)ortrait est à moi, vous me l’avez donné, je puis en faire ce que je veux... et comme le marquis d’Auberivc a fait la cour à ma rivale...
ROSTOLIN. C’est-à-dire à ta femme.
COURSOL. Oh ! c’est que dans un accès de colère, elle serait capable... une vraie lionne!...
ROsroLlN. Ft tu es dans scs griffes?
COURSOL. Parbleu !... juge donc du scandale, si le marquis pouvait faire trophée d’un portrait , qu’il payerait n’importe quel prix, et dont rien ne prouverait l’origine , c’està-dire que ma femme compromise, au désespoir... et bien plus, mon honneur... je suis d’un chatouilleux sur l’honneur, j’ai trois ans de salle et deux ans de tir exprès pour ça.
ROSTOLIN. Niais quand ta aurais donné un coup d’épée au marquis ou que tu lui aurais envoyé une balle...
COURSOL. Ça prouverait que je ne suis pas contenu. . ça prouverait même que je ne suis pas battu... mais...
ROSSOLIN. Mais , voilà tout ce que ça peut prouver ; c’est juste.
COURSOL. Il faudrait donc , pour lut reprendre le portrait, lui porter cc soir en échange l’écrinqui cstsousicsscellés... elles scellés... hélas! encore une autre inquiétude.
ROSTOLIN. Comment?
COURSOL. Fil ! oui... quand un les lèvera, ma femme sera présente... je n’ai jamais pu lui faire quitter ce château... et tu sens qu’une fois l’écrin trouvé, inventorié devant elle, le soustraire à scs prétentions, à scs instances...
ROSTOLIN. Elle!... M“' Evelincl... si indifférente en matière de coquetterie !
COURSOL. Dès qu’il s’agit de bijoux, tontes les femmes sc rcs.semblent par le désir ; il n’y a tont-au-plus de différence que dans les muyens d’acquisition... et comme Eveiinc a pour elle un droit légal et... antérienr...
ROSSOLIN . Chut I la voici.