‹ L'écrinChapitre 13 sur 71 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

M"" BOIZAKD, occuper à travailler, NI- NETTE, FRLCHET, BOIZARD.

FRUCHET. Madame Boizard... mademoiselle .Niiiette. .. bonne nouvelle, monsieur Boizard !

M°'e BOIZARD. Mon frère !

MINETTE . Mon oncle !

BOIZARD, entrant. Mes amis, mes bons amis!

n les embrasse.

M"' BOIZARD. Il y avait si longtemps que nous ne vous avions vu!

NlNETTE. Plus de deux mois.

MAGASIN TllÉATRAI,.

uoiZAiii). (J'est vrai... la longue maladie à Jaquelle M"'° de Coursol a failli .succomber cet hiver avait retardé ma tournée annuelle dans ses propriétés eu l'oitou, en Périgord... Aussi , dès qu'en arrivant hier à son château près de Versailles, j'ai su qu'elle vous avait envoyé une piiriue à remonter, j'ai demandé à venir reprendre l'éiriu moi-même; et me voici ce malin par le chemin de fer. dont aujourd'hui surtout j'ai béni la vitesse...

NINETTE. cher oncle!... comme tout ce qu'il dit est aimable !

FiîicnET. Dame! un homme qui a du mérite , qui a étudié !

M"" i!Oiz.\RD. C'est xrai ; tandis que nous autres, des ouvriers...

BOlZARD. Ma sœur!

M""" lîOtZARD. Oui , oui , mon pauvre défunt n'était que ça , un ouvrier bijoutier , qui, à force d'économies, était parvenu à s'établir, à ouvrir un petit magasin; du reste, si loin de vous par l'éducation.

BOiZARD. Loin de moi 1... un frère!... à (|uoi serait donc bonne l'éducation , si ce n'était à rendre plussacrés lesdevoir s du cœur?

M""" BOIZARD Oui , mais (|ue votre attachement pour nous lui ail survécu , que vous ayez l'air de vous plaire avec nous, de ne pas nous trouver trop bêtes...

FRUCHET. Oh ! oui, c'est étonnant!

BOIZARD. Allons , allons donc... est-ce que vous n'êtes pas toute ma famille , les seuls cœurs où je trouve de l'elTusion , de la SMiipathie'?... Kt , au bout du compte , ([ue suis-je donc devenu, moi? oi'i m'a-t-elle mené cette éducation dont vous parlez tant"?

M"" BOIZARD. Ecoutez donc!... si vous aviez reniMicé à tout... car voilà ce que mon pauvre mari ne p<iuvait pas comprendre... Li ne place de régisseur, disail-il, lui, mon frère , (|iii à dix-huit ans remportait quatre prix au sjraud concours , (|ui à vingt-trois était profes^eur , dont on pavait au poids de l'or queli|ues heures de leçons dans les plus brillants pensionnats de Paris.

KKtiCHET. Sans compter (pi'à cette époquelà vous aviez, dit-on, les plus belles chances pour arrivera tout, des protections su|ierbes, des firaniles dames surioiil , ((iii vous estimaient... oh! à un point... que même il y en avait d'aucunes (|ui ne s'en tenaient pas à l'estime.

noizARi). Chut I

Ain de la Holie el lies Bnlles.

AsHcz. O'î'irz, )P vm!-* «iipplif.

Ne rnp|ieli'r plus a mon imir

La iiicnioirc à pciiir altiiittlii* Ile ro» mnnmnti de «iiron-i, dr ItonliPur. lis ont pnwsp pour ni' plut; rppnroitre. MI"' noizAiin

Fl i-'r"»! ilf low avoir pprduk

Que vous regrettez'?...

BOIZARD

Ou peut-être C'est de les avoir obtenus.

Oui , mes amis , oui , je voulus m'élever audessus de ma classe , sortir de l'état de mes pères; hélas! si ce fut une faute, depuis trente ans je ne l'ai que trop expiée.

MINETTE. Mon bon oncle , faut-il que no JS ayons réveillé vos chagrins!

BOIZARD. Des chagrins, moi!... non, non: pourquoi donc en aurais-je'?

NiNtTTE. Oh! je me le suis bien souvent demandé ; oui , quand je vous trouvais tout seul, la tète dans vosiuains. poussant des soupirs; et puis, quand vous m'entendiez, oh ! vous vous mettiez toui de suite à sourire, c'est vrai , mais je voyais bien à vos yeux encore rouges...

M"'" BOIZARD. Mais il y a donc un secret qui vous afflige?

FROCHET. Et que je sais bien, moi...

c'est la méchanceté de sa patronne... cette maudite douairière.

MNETTE. M""^ de Coursol ?

BOIZARD. Fruchet!

FRUCHET. Oui , dernièrement son valet de pied, Blandei , quand il est venu ici de sa pan , un sournois!... lout ce qu'il m'a conté délie... eu douceur. .. une vieille coquette, hautaine, impérieuse, tpiin'ade plaisir que quand elle faii de la peine, et qui e.-t toujours occupée de son plaisir.

BOIZARD. Allons, allons, un tel portrait...

FRLCHET. Jusqu'à cet écrin qu'elle nous a envoyé à remonter... encore une noircemlà-dessous.. .11 parait que son neveu lui avait demandé cette parure , nni(|ue dans son genre, sans doute pour la dofiner à sa femme, l'autre M"" de Cour.sol, la jeune...

MNETTE.' Celle bonne M""' Eveline !

FRiciiET. Oh! oui, bonne, celle-là, et pas hemeuse... un mari fat. ridicule, un nouveau boiu'geois nenlilhomme, auquel on l'a .sacrifiée parce (|u'il étail riche.

.M"" BOiZAHi). (le (lu'oii appelle un mariage de raison.

BOIZARD. c'est-à-dire un mariage il'argeiit , car l'argeni est la raison de tout aiijiiurd'hui.

Flitc.llET. Et comme >!"" Eveline est de la plus haute nobles.se, cette vilaine tante la douairière, une fdle de plaiileur de la Martini(]ue, ne peut pas la .souffrir.

BOIZARD. Et (|uand il sérail vrai, quel rapport avec cel écrin ?

FUI c.Hll. Oiiel rapiHut ? \oiri... Ce n'^ tail pas assez pour la \ieille malicieuse d'avoir refusé de f.nic un cadeau i|u'elle < rovaii désiré pour sa nièce; ne s'esl-elle p.is avi.sée de lui écrire i|u'elle complail sut elle |H>ur

flsCKIiN.

surveiller le rciiidiilage des bijoux , et voir s'il était confoinie au dessin qu'elle nous avait envoyé... Hein? ce calcul pour la vexer!... aussi , en venant ici, elle a un air triste.

NINETTE. Bien à tort... elle n'a pas besoin de parure pour être jolie.

BOIZABD. I':t d'ailleurs, comment supposer que M"" Evi'iine, encore plus noble par Jes sentiments que par la naissance, ail pu charger d'une telle demande un mari qu'on dit si peu empre>sé pour elle?... Au reste, à l'égard de sa tante , puisque , par des riisotis dont Dieu et ma conscience sont les seuls juges , j'ai dû me résigner à la servir; je puis. entre nous , lui parler souvent le langage de la francliise ; mais jamais hors de sa présence un mot contre elle ne doit être entendu ni prononcé par moi.

M"" liolZARD. Je vous reconnais bien là , pratiquajii tous les devoirs.

ROSTOLiN , en (le/ior^. Je veux leur parler à eux-mêmes.

FROCHET. Encore ce M. Kostolin !

.M"" BoiZARO. Le jeune médecin de l'Opéra !

FRUCHET. In mirliflor; un bavard qui cherche des bosses sur le crâne de tout le monde... des sujets d'observation, ditil l'ai toiijoius envie de lui en fabriquer sur le crâne à lui , des sujets d'observation.

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