SCÈNE PREMIÈRE
M"" BOIZAKD, occuper à travailler, NI- NETTE, FRLCHET, BOIZARD.
FRUCHET. Madame Boizard... mademoiselle .Niiiette. .. bonne nouvelle, monsieur Boizard !
M°'e BOIZARD. Mon frère !
MINETTE . Mon oncle !
BOIZARD, entrant. Mes amis, mes bons amis!
n les embrasse.
M"' BOIZARD. Il y avait si longtemps que nous ne vous avions vu!
NlNETTE. Plus de deux mois.
MAGASIN TllÉATRAI,.
uoiZAiii). (J'est vrai... la longue maladie à Jaquelle M"'° de Coursol a failli .succomber cet hiver avait retardé ma tournée annuelle dans ses propriétés eu l'oitou, en Périgord... Aussi , dès qu'en arrivant hier à son château près de Versailles, j'ai su qu'elle vous avait envoyé une piiriue à remonter, j'ai demandé à venir reprendre l'éiriu moi-même; et me voici ce malin par le chemin de fer. dont aujourd'hui surtout j'ai béni la vitesse...
NINETTE. cher oncle!... comme tout ce qu'il dit est aimable !
FiîicnET. Dame! un homme qui a du mérite , qui a étudié !
M"" i!Oiz.\RD. C'est xrai ; tandis que nous autres, des ouvriers...
BOlZARD. Ma sœur!
M""" lîOtZARD. Oui , oui , mon pauvre défunt n'était que ça , un ouvrier bijoutier , qui, à force d'économies, était parvenu à s'établir, à ouvrir un petit magasin; du reste, si loin de vous par l'éducation.
BOiZARD. Loin de moi 1... un frère!... à (|uoi serait donc bonne l'éducation , si ce n'était à rendre plussacrés lesdevoir s du cœur?
M""" BOIZARD Oui , mais (|ue votre attachement pour nous lui ail survécu , que vous ayez l'air de vous plaire avec nous, de ne pas nous trouver trop bêtes...
FRUCHET. Oh ! oui, c'est étonnant!
BOIZARD. Allons , allons donc... est-ce que vous n'êtes pas toute ma famille , les seuls cœurs où je trouve de l'elTusion , de la SMiipathie'?... Kt , au bout du compte , ([ue suis-je donc devenu, moi? oi'i m'a-t-elle mené cette éducation dont vous parlez tant"?
M"" BOIZARD. Ecoutez donc!... si vous aviez reniMicé à tout... car voilà ce que mon pauvre mari ne p<iuvait pas comprendre... Li ne place de régisseur, disail-il, lui, mon frère , (|iii à dix-huit ans remportait quatre prix au sjraud concours , (|ui à vingt-trois était profes^eur , dont on pavait au poids de l'or queli|ues heures de leçons dans les plus brillants pensionnats de Paris.
KKtiCHET. Sans compter (pi'à cette époquelà vous aviez, dit-on, les plus belles chances pour arrivera tout, des protections su|ierbes, des firaniles dames surioiil , ((iii vous estimaient... oh! à un point... que même il y en avait d'aucunes (|ui ne s'en tenaient pas à l'estime.
noizARi). Chut I
Ain de la Holie el lies Bnlles.
AsHcz. O'î'irz, )P vm!-* «iipplif.
Ne rnp|ieli'r plus a mon imir
La iiicnioirc à pciiir altiiittlii* Ile ro» mnnmnti de «iiron-i, dr ItonliPur. lis ont pnwsp pour ni' plut; rppnroitre. MI"' noizAiin
Fl i-'r"»! ilf low avoir pprduk
Que vous regrettez'?...
BOIZARD
Ou peut-être C'est de les avoir obtenus.
Oui , mes amis , oui , je voulus m'élever audessus de ma classe , sortir de l'état de mes pères; hélas! si ce fut une faute, depuis trente ans je ne l'ai que trop expiée.
MINETTE. Mon bon oncle , faut-il que no JS ayons réveillé vos chagrins!
BOIZARD. Des chagrins, moi!... non, non: pourquoi donc en aurais-je'?
NiNtTTE. Oh! je me le suis bien souvent demandé ; oui , quand je vous trouvais tout seul, la tète dans vosiuains. poussant des soupirs; et puis, quand vous m'entendiez, oh ! vous vous mettiez toui de suite à sourire, c'est vrai , mais je voyais bien à vos yeux encore rouges...
M"'" BOIZARD. Mais il y a donc un secret qui vous afflige?
FROCHET. Et que je sais bien, moi...
c'est la méchanceté de sa patronne... cette maudite douairière.
MNETTE. M""^ de Coursol ?
BOIZARD. Fruchet!
FRUCHET. Oui , dernièrement son valet de pied, Blandei , quand il est venu ici de sa pan , un sournois!... lout ce qu'il m'a conté délie... eu douceur. .. une vieille coquette, hautaine, impérieuse, tpiin'ade plaisir que quand elle faii de la peine, et qui e.-t toujours occupée de son plaisir.
BOIZARD. Allons, allons, un tel portrait...
FRLCHET. Jusqu'à cet écrin qu'elle nous a envoyé à remonter... encore une noircemlà-dessous.. .11 parait que son neveu lui avait demandé cette parure , nni(|ue dans son genre, sans doute pour la dofiner à sa femme, l'autre M"" de Cour.sol, la jeune...
MNETTE.' Celle bonne M""' Eveline !
FRiciiET. Oh! oui, bonne, celle-là, et pas hemeuse... un mari fat. ridicule, un nouveau boiu'geois nenlilhomme, auquel on l'a .sacrifiée parce (|u'il étail riche.
.M"" BOiZAHi). (le (lu'oii appelle un mariage de raison.
BOIZARD. c'est-à-dire un mariage il'argeiit , car l'argeni est la raison de tout aiijiiurd'hui.
Flitc.llET. Et comme >!"" Eveline est de la plus haute nobles.se, cette vilaine tante la douairière, une fdle de plaiileur de la Martini(]ue, ne peut pas la .souffrir.
BOIZARD. Et (|uand il sérail vrai, quel rapport avec cel écrin ?
FUI c.Hll. Oiiel rapiHut ? \oiri... Ce n'^ tail pas assez pour la \ieille malicieuse d'avoir refusé de f.nic un cadeau i|u'elle < rovaii désiré pour sa nièce; ne s'esl-elle p.is avi.sée de lui écrire i|u'elle complail sut elle |H>ur
flsCKIiN.
surveiller le rciiidiilage des bijoux , et voir s'il était confoinie au dessin qu'elle nous avait envoyé... Hein? ce calcul pour la vexer!... aussi , en venant ici, elle a un air triste.
NINETTE. Bien à tort... elle n'a pas besoin de parure pour être jolie.
BOIZABD. I':t d'ailleurs, comment supposer que M"" Evi'iine, encore plus noble par Jes sentiments que par la naissance, ail pu charger d'une telle demande un mari qu'on dit si peu empre>sé pour elle?... Au reste, à l'égard de sa tante , puisque , par des riisotis dont Dieu et ma conscience sont les seuls juges , j'ai dû me résigner à la servir; je puis. entre nous , lui parler souvent le langage de la francliise ; mais jamais hors de sa présence un mot contre elle ne doit être entendu ni prononcé par moi.
M"" liolZARD. Je vous reconnais bien là , pratiquajii tous les devoirs.
ROSTOLiN , en (le/ior^. Je veux leur parler à eux-mêmes.
FROCHET. Encore ce M. Kostolin !
.M"" BoiZARO. Le jeune médecin de l'Opéra !
FRUCHET. In mirliflor; un bavard qui cherche des bosses sur le crâne de tout le monde... des sujets d'observation, ditil l'ai toiijoius envie de lui en fabriquer sur le crâne à lui , des sujets d'observation.