‹ L'écrivain public, ou Observations sur les moeurs et les usages du peuple au commencement duChapitre 11 sur 13 · I.B PI A KO B A Ifs l^A M AKSA&DE · texte numérisé non relu

I.B PI A KO B A Ifs l^A M AKSA&DE

Bràit tié^hi ^làtaotàer à la paix ide son ii|* térieur lièWt' ce qiie H père de Jtistin aurait exigé d^efle àpréâf âon àiàttiage^ «Rassurée paor ses intentions, elle croyait pouvoir, en amendant, se livrer' à dé^ gôùl^' qu'il faudrait kanloler i>iem6t^à isa .tendresse pour son époux ; elle ne ëroyàit pàs^ â^>e Coupable pour admettre dans soh intérieur là ^eule persôr^ne a^ec laquelle elle'pftt faire de Ik itrasique ; et toutefois.qu'on jvtgé Al toiitreFtii que devait éprouver Justin en liéatit.eé brl)«<t'^ qué^j '«vais écrit le jouir fftêmè séné là dictée <le Rosalie biihot :

Lettre de Rosalie Brun ot a Henri,

•' « Pourquoi vqué'platgaez-vous de la con* » tràlHIëljuè je vdùs impose? né savez^vous

"^ |iral^'ftiëh'^iSfe je véfk 4iin^^ travaâiUe

y^ sâtt^^îNetàekdi à< ^lêcmtei «nu» les! obstacles ^ qui i» s^oppOftetft^è» ROf^relibnheuF? Âjez confiance

'» en 'vpÈe^ ibttis^ i^^ OKirchç' leniemeut^ mïMs

' û«j%y(r|i^^«îe»Sle'but. 'Ibiitefioi^HI&f ure die vous ^^&é^\itètUM^ pftreiis|nesspas«nonnevei»Ui;;

^ilpatîën>lé%) itA#ii^fi3h^ Hèriri> . et :pour vous » èemsilter * it une> iâiMsi' topgiie attente y dites-

l42 Ii£ PIANO DKfSiS^ liA MABISARI».

• vous que votre fidèle £wie p*e»t occupée que » des moyens à employer pour Vunir à vous

* par rhymen le plus tendre et le plus heu- » reux. » ^ " ,

Ausài prudente que peut Vêtre une jeune fille lorsqu elle ne craint pas dc^itretfsnir, ï iinsu de ses parens, un^e c^r^e^ondance illicite, ceUe-ci n'avait voulu coinn^ttre ni son nom, 4ii son écriture dans un J>illet d amour; toutefois je la connaissais > ainsi que je connais la demeure et le nom de fouies les jolies per^ sonnes qui habitent dans mon quarti^, «t j>arais cru devoir confier son secret à la probité de Justin , si j'avais su jusqu'à quel point une fatale erreur tourmentait ce pauvre garçon.

Il faut bien le reniarquer ici; cette erreur n'aurait poiia eu lieu si Virginie,. moins dominée par la manie de^^iUer, n'avait pas emprunté ma belle écriture pour Correspondre avec lliorame qui lui était detfiaé pour époux. Elle savait écrire , et Justin, eùt-il été, eu fait d'orthographe^ aussi fort qu'elle le suppoiBait, il y a lieu de croire que aon amour a«iraiv&ir blem^nt ressenti les Jdteint«s qui aurafent pu étrei portées à la gramiuaire^ dona uae lettre

LE PIA.HP DMS LA MANSARDE. l43

dont son cœur eût été satisfait. Mais la vanité se perd elle-même dans ses œuvres ; en nous jetant hors du'^ vrai , elle nous expose à une foule dlnconvéniens que la prévoyance ne peut, atteindre , et que le hasard fait éclore sous nos pas; «ifin la honte et la confusion sont les résultats les moins grands des fautes que Tor-^ guell fait commettre.

Pour en revenir au pauvre Justin , on aurait mal compris ce que j*ai dit de son caractère , «i Ton supposait que son cœur pût contenir long-tems la haine et la colère; le premier mouvement j>assé, il ne vit plus dans l'apparente perfidie de sa maîtresse que l'effet de la répugnance qu une jeune fille bien née doit éprouver à confesser son inconstance; il se dit qu'eHe avait cherché à l'éloigner par sa xondttite et ses refîis; qu'il aurait dû compreu'-^ dre ce langage et lui épargner, en se retirant , le chagrin de lui annoncer quelle avait pu changer d'amour. Résigné à son sort^ et pous» sant la délicatesse jusqu'à vouloir épargner à Virginie la honte de le savoir instruit, il vint chez moi une dernière, fois, et, sans vouloir m*instruire des torts de sa maîtresse, il me 4icta la lettre suivante :

l44 ^£ PIANO DANS lÀ IVl^^^^ARDE.

Lettre de Justin a Vir^^me*

« Pardon, Virginie, si je you» ai fatiguée » À long-tems de mon amour et de mon exi- » geance. J aurai» dû comprt^ndre plus tôt que M l0 pauvre4ustin , simple, ignorant et tepdre, » comme par le passé, oe devait plus préten- » dre à cette Virginie , sk différente de ce M quelle était autrefois^ Qu est .devenu ce t^sm, » où, placés en regard sur le seuil de nos deia >» boutiques, nous avions i|) venté |ifi langage » muet qui se faisait si biep\compren4re ? Hé- » las! depuis un an nous nous parioiis sans » noua ^entendre ; cet état de cputraipitte a dusé » trop long'tems, je vous rend» vos sermens, » je vous rends à vous-même f a<U!eu^ sogrez » heureuse, et perdez, s'il le, faut, \\m^9^ » soui^enir de celui qui ne vous oi^lieri^ j|^- . » mais. » V

Fort éloigné de devise? l'infliiiencetîiiéi* recte que j avais ox«reé& sur c^l^^ rupturev^^ me figurai sim^l^oient que le j/eiitie ;hônifiie cédait au]( volontés d un père, etj.'écriivisJeette cruelle ji^ttre en. ap{daudis9ant; à J effcH!l die raison qui me semblait lavoir dictée.

JM PIAKO DAWS LA MANSARDE. l45

Deux ou trois années s écoulèrent; je voyais encore mon Justin passer devant chez moi , mais lé pauvre garçon avait bien cbàngé de figure : ccn^fôit plus cet air o«vert, ce sourire de bonheur, qui naguère me plaisait en lui ; ce n était plus cette déhiarche leste et déga« gée , cette ardeur qui lejaisait dépasser dans sa course les voitures les plus légères ^^triste et pensif, il mardiait gravement, il semblait travailler saaçks but et vivre sans espérance ; enfin la jeunesse de Justin était passée , et cependant Justin n'avait pas vingt-cinq ans.

Touché de çé; changement, dont je devinais la cause secrète, jaurab voulu lui témoigner tout rûitérêt que son sort mliispirait; deux oui trois fois j'essayai d attirer son attention y mais il éhoda mon salut ^ et je compris qu'il cherchait à^ éviter tout ce qui loi rappelait sa maîtresse.

Quelle fut donc xsk% surprise et ma satisjGsMîtion, lorsqu'un jour je ';le vis entrer dans mon échoppe,* tout rayonnant de joie et de bonheur, et dpniiant le brais à une jeune fille , que sa cornette blanche- et son déshabillé d'indienne ^l'empédièrent de reconnaître jus« ai. , 7

l46 LB PIAKO DANS LA il|AKSABD£.

<|u au moiment où Jusiin s écria : « La Yôiià , Moi|si€W ! La Toilà! J ai relroairé nia Virginif •plus tendreret plus asàovée que jamais; Ah ! que y<nâs iiQUS asrez causé de peines a^ec votre belle, écriture ! » Là-dessus Virginie înterrom*pit Justin, et d'une £siçon tout aimable. « N accusona pas Monsieuir de nos <diagrias , dit** elle ; la cause en fiit dans ma vanité ridicule^ ou , pour reBGK>nter plus 'haut , c est^mon piano seul (fue j accuse , car c'est d^evant lui que j'ai pris les prétentions et les/ travers qui mM avaient désunis bien avant notre sépara tion.»

Et comme je lui demandai rexplieatîon de ces paroies/elle me répondit de la sorte :

« Depuis lejour.oùnionexceilenl; père, psévenant mes désirs secrets , inatalla dans notre arrière -? boutique cet instrument , ornement des saloitô , ; mes idées et mon oloeùr prirebt une direction opposée. Les unes me rotracaieiilîte monde et ^& plaisirs , et les suDcê& que j'y pouvais prétendre;; l'autre: me |Nurlait jde Justin. Mon iniQônaéquence alla hieuplfiff loin^je pris, dei?ant<pe pii^no, je jle saisiqùels' ^eonti'* me»5 d'orgueil q?ii rafi firéift regarder oemme des offenses le» ^nsures que [iiiisaât'le ^pére de

Lk P)AT(Ô DAKS LA IAAKSABDE. i47

Jlistiti, de mes goûts friyolès et de mes talenk puérils. Toutefois , dans cette lutte que ma vanité livrait à mon cœur, Tamour fut le plu»

foTtj et j'avais résolu d'immoler à Justin mes idées et mes habitudes , lorsqu'il m'abandonna par suite d'tine êfreur dont mon goût pour la musique fut encore le premier mobile ; je f^urai bien long^teitis sur l'inoons^nce de Justin, et la mort de mon père vint ajouter tm grand malheur au malheur que je>déploi^is. Accablée par cp double coup , je sentis cependant renaître mon courage , lorsque je vis ma pauvre mère dépouillée par nos créan-* eiers qui, peu confians dans nos promesses , refusèrent d'accepter nos billets , et nous expulsèi^nt de notre maison de commerce, en nous faisant entendre que la vue dti fatal piano n'avait pas peu contribué dans leur esprit à ébranler notre crédit.

>» Ce n'était rien encore , et mon penchant pour la musique résista d'autant mieux à ce nouvel assaut que je me flattais de trouver , dans le talent que je me supposais , une res-* source pour ma mère, Hélas ! je ne tardai pas à connaître combien mes illusions étaient foU

l48 LE PIAIÏO DAïfS LA MANSAfiDE.

les et vaines ; introduite dans quelques fa* milles où je me proposais pour donner des le* eons, je me vis refusée aVjec froideur, pu renvoyée avec dédain > et je connus alors toute la différence qu il y a entre la jeune musicienne qiion écoule chez elle et celle que Ton fait jouer chez soi.

• » Obligée de chercher nos moyens d'existence dans une occupation podtiye , j appris . &ci}eraent à faire dès reprises perdues. Le malheur avait, grâce ati ciel , formé mon caractère et rectifié mon jugement. <je fot donc avec zèle, avec courage, avec amour que j'âcp ceptai l'obligation de suppléer par un travail assidu à lexistence heureuse et douce que ma mère avait sacrifiée pour ^K>i* Mais le croiriezvous, mon ami, poursuivit Virginie, en adressant la parole k Justin , ce piano , cau$e de tant peines, devint encore, dans ma situation nouvelle , une source de tribulations et de chagrins. Placé dans la mansarde où nous avions retiré notre vie, «il égayait ma bonne mère, qui se plaisait às'endqrmir le soir en écoutant quelques accords; et cependant, à notre insu, il éloignait les pratiques utiles , les pratique^

LE PIANO DANS LA Mansarde. 149

de to^s les jours, telles que les marchands, qui tie pouvaient , me dirent-ils depuis, concilier ridée d un travail assidu avec cet instrument , ressource ^Ae loisiveté. Il m attira des remarques bien dures de la part des dames qui m'em^ ployèrent; enfin ^ et ce fut là le pire, il égara lopinioii silr mon compte, au point qu'im homme sans mœurs, locataire dans la maison que libus habitons, osa me'faire entendre un jour les propositions les plus humiliantes. Dans le premier mouvement d une trop juste indi* gtiatton , j'osai lui demander quelle était celle de mes actions qui lui avait donné le droit d« me faire une offense. « Aucune, me dit* il avec confusion , et j avoue même quç votre conduite me paraît toutrà-fait irréprochable;; mais une jeune personne qui, dans votre position ,- possède un piano et cnltive la musi« que', se prépare nécessairement pour le théâtre ou pour la. séduction ; c'est d'après cette donnée que je me suis hasardé à vous parler de mon amour, et l'intérêt réel que votre personne m'inspire me fait désirer de m'être trompé dans mes conjectures. »

p Vous pensez bien ,- Monsieur , poursul-

1 5o I.E PIANO DANS X.A ATANSARDE.

Vit Virginie en se tournant vers moi^ que d^ le lendemain mon piano fut vendu. Le ciel yOttlntapparemment récompenser ce sacrifice, car c'est depuis ce tems que le de^É^ a daigné me sourire. Plus exclusivement occupée de mon. état , j y ai apporté tant de soins qu'on est venu chercher de. bien loin l'habile faiseur <)« reprises, et ce talent, source d'aisance pour ma mère^ est devenu aussi la cause de mon bonheur , puisque c'est à lui que je dois le re« tour de nion cher Justin. *

Après avoir ainsi terminé son histoire," Yixw ginie tendit à Justin une main que celui-ci serra contre son cœur. Il eut, à son tour, à satisfaire ma curiosité, et me raconta sa sur«» prise en retrouvant sa Virginie dans cette ouvrière fameuse à laquelle son père l'avait envoyé porter je ne sais quelle étolïe en lui donnant une adresse que ce brave homme n'avait pas pris la peine de lire. Il me dit ses trans'^ ports au moment où la jeune fille , pi*essée par un marchand qui demandait une facture, écrivit enfin devant lui . L'aspect dé ces caractères imparfaits qu'elle traçait sur le papîei: fut pour lui un trait tie lumière; éclairé sur

VR PIANO DANS LA MANSARDE. l5l

ce point y Justin avait deriné tout le reste; i| avait vu , d*un seul coup d'œil , sa Virginie , tmijoiirs tendre e^ fidèle, et pourtant délaissée dans le malhenr. Tombant à ses- genoux, il lui fit Taveu de son erreur, et ne parvint à se consoler qu en songeant que Tinfortune de sa maîtresse avait fait briller dans leur jour les vertus qui étaiàat en elle.

Quant au brave Lanois^ lorsqu'il eut appris ^ que la jeune personne qu'il avait vue paresseuse et coquette était devenue, par tendresse filiale, une laborielise ouvrière, il vint bien respectueusement demander à la veuve Bour« din de lui accorder pour Justin la main de sa. fille , et l'on devine que celte fois sa demande fax accueillie. Enchanté de Tordre intérieur qui i^égnait cbea sa fiiture bru^ il juira qu'elle était plus^ belle et plus aimat^le avec sa modeste cornette qu'avec tous les affiquets du monde; et toutefois, le lendemain dii mariage, les deux époux forent fort étonnés de le voir entrer dans leur chambre , tenant un joli chap^u de femme sur le poing.

•^« Prenez, ma chère enfant ^avait-il dit à Virginie, prenez, c'est moi qui vous le donne , et

iSz LE PIANO DANS LA HAKSABm.

je ne suis pas , en vous faisant ce cadeau, ausn ridicule que j'en ai l'air; m j'aï proscrit jadii Ui chapeaux, les pompons, c'est qu't] me paraissait mat séamt qu'une Elle , qui n'apportait pour dot quelegoAt du plaisir, eut autant de moyens de noi^s ruiner. Mais les chose» sont bien changées ; mon Justin époase une femme laborieuse, économe, sage, et je ne vois plus de danger à ce qu'elle porte des chapeaux , puisque l'usage et la fortune de son mari l'j , auiotisent. J'ai d'ailleurs tant de conBance en ma chère bru, que, pour peu qu'elle m'en priât , je serais homme à lui acheter un piano. » — Npn, non, mon père, avait dit Virginie en lui sautant au cou, tenir votre maispn, soigner la vieillesse de ma mère , être assidue k mon comptoir, et fdire le bonheur de Justin , voilà tout l'emploi de ma vie. A quoi me servirait un piano? je saurai, sans cela, endormir mes enfan». •

\ LES DERNIERES AMOURS. i53

«VV\rVVVM<VMtVVV«VVVM/V\«VV««VVW»VVV«)VVMfVVV«VVt/%Vl/V»V'M/VV«V»

Un des travers de notre époque, car je iie me souviens pas d*avoir rien remarqué de semblable ail tems de maN jeunesse, cest cet égoïsme frondeur qui porte les enfans, devenus hommes, à examiner et à contrôler les actions de ceux qui leur ont donné le jour. Et qu on ne s'y trompe pas, cette manie n a point s^ source dans le vaniteux désir de faire montre aux dépens des parjens de leducation et des connaissances quon doit à leur tendresse: un sentiment plus bas et plus coupable , s il est possible , est presque toujours le principe de cette sorte d^investigation. Ce que Ton blâme en eux, c'est. bien moins le défaut qui nuit à leur bonheur , ou le travers qui les expose au ridicule, qu'une mauvaise façon d'administrer leuim ré venus ou de placer leurs fonds; c'est un acte de générosité que l'on qualifiera de

1^14 ^^^ fi^ftNIERES AMODttS.

faiblesse; c'est un attaehemeiit; trop marqué pour tel ou tel individu ; c est enfin tout ce qui paraît porter quelque atteinte aux droits que

I on se croit sur tout ce qui leiu* sq>partietit. Il semblerait, à entendre parler les en£ans de tios jours, que les parens ne sont que des espèces de fermiers , obligés de rendre des comptes, sous peine d*étre inierdîts dans leurs fonctions.

Cette exigeànce, inconiiue aimrefois, HHf parait, dans letat actuel des familles, tont-à^ feit inverse des droits acquis. Naguère ^ le» enfans concouraient tous à la prospérité d'une maison. Filles et brus, gendres et fils , se rai- Kaient autour du chef; b6us travaUlaient sons lui et avec luv^ jusqu'au moment où le besoin de repos l'avertissait de songer à la retraite.

II remettait alors entre les mains de Taîné de ses fils les rênes du gouvernement intérieur , en se réservant , toutefois , la disposition de la fortune qu'il avait acquise. Mats à présent que l'esprit d'égdïsme et de personnalité a soufflé Mir nous, les enfans ont à peine l'âge de cal* culer, qu'ils comptent leurs services, et qu'ils aspirent à truvaiUer pour eux. Ce qu'ils ajotl*

tent à la ihasse commune leur parait un irol quoa letir £iit; établû) enfin, à leur compte, l'ambiticHi et Famour du plaisir absorbent leur teras et leurs facultés; et les pauvres^ pa* rens, oublies et délaissés, se trouvent seuls, après avoir élevé , établi et doté une nombreuse, iaimlle, heureux encore dans leur iso«lément , jusqu'au moment où la mort de l'un des deux vieillards vient réduire celw qtir reste au triste rôle de célibataire.

Toutefois, à certaines époques de l^année^ rintérét ou la contenance rassemblent autour de leurs chefs les membres dispersés dune même famille. Heureux de réunir tous ceux qui leur scmt chers, les grands parens , s e£br* çant d'oublier qu'ils sont restés long-tems ^abandonnés par des ingrats, cherchent à les rappeler à eux en leur donnant des témoin gnag^ de tendresse; niai)», les premiers ins*^ tans passés, ils ne tardent pas à s*apercevoir quelles yeux inquisiteurs examinent avec une attention inquiète les améliorations qu ils ont réalisées dans leur intérieur; ils ne peuvent s'empêcher de remarquer que les cadeaux {pxi\s ont cherché à assortir, selon les âgés^t

l56 htS DEBNIÈRÉS AMOt)R$.

les goûts ^ aTecuiie bonté si aimable, excitent la jalousie bien plus que' la reconnaissance, et qjUon tient moins compte de l'attention qui en a dirige le choix, que de la valeur vénale qu'ils peuvent avoir. /

Une telle conduite annonce, de la part des enfàns , une grande confiance dans la bonfë des auteurs de leurs jours, et il est certain que la plupart des pères et mères, quoique blessés au fond du cœur ^ se contentent de gémir sans pouvoir se l'ésoudre à pimtr de trop cliers coupables. Cependant on en a vu quelques-uns justifier les craintes de leurs sordides héritiers, pour les punir d'avoir osé les mani* fester ; on en a vu s engager dans des affaires hasardeuses pour se soustraire à la dépendance dans laquelle on cherchait à les tenir; et moi, tout récemment, je viens d'assister à un mariage qui peul>-étre n eût pas eu Ueu , si des héritiers cupides n'eussent développé par leurs fausses ihanœiivres des sentimens et des projets que Tàge et la raison devaient para« Ijser dans leur principe.

Ayant cédé mon fonds depuis deux ou trois mois, n'exerçant plus que poiu: mettre

LES DERKIÈBES AMOURS. 1 5j

au courant des affaires de mon cabinet celui qui m'avait remplacé, j avais beaucoup d oisiveté à dépenser, et , attiré par le soleil de mai , cet ami bienfaisant des vieillards, j allais chaque matin au Luxembourg causer et disputer avec nps graves politiques dû cadran. Un jour que je m étais vu forcé de leur céder la placev, fatigué outre mesure par lachamement avec lequel on m avait soutenu un argument faux,, fondé sur un fait erroné ; non moins échauffé par Fardeur de la discussion que par celle du soleil qui dardait à- plomb sur ma tête, tandis que j'avais établi je ne sais quel champ de bataille sur la |brme de mon. chapeau, j allai chercher Fombre et le silence sous les jolis tilleuls plantés à gauche de l'entrée du Luxembourg. Après avoir pris, comme spectateur, une part assez vive à la partie de barres que jouait en ce lieu une bande d'écoliers; après avoir promené , pendant quelques instars, avec délices, ma douce et chère oisiveté, conquise depuis si peu de tems , je me reposai sur un banc jHacé à FUn des angles que forment; en ce lieu plHsieurs pièces de dessins irréguliers, et je me trouvai presque dos à dos

avec les personnes qui viiirent successive^ ment s'asseoir sur un autre banc au côté op* posé du treillage. Jouissant à la fois de la verdure, de la fraîcheur et de ce mouvement discret que produit de loin en loin le passage d'un proraenetir, jetais là sur ce baiic, le menton aj^uyé sur ma canne d'ivoire ; je ne songeais à rien, je ne re^gardais xien : mes^ facultés étaient comme suspendues. Cependant, je mesentais vivre , et j'en étais bien aise ; j'éproavais cette qxiiétude de lame que Ion peut ap* peler le bonheur des vieillards , lorsque je iîis tiré de mon absoiption par une voix fort douce , qui disait tout haut derrière moi : « Yôus voië^ donc enfin. Monsieur; vous arrivez bien tard. — * C'est vraii, c'est vrai, Madame, et je vous remercie beaucoup d'avoir daigné vous en apercevoir, » répondit une voix^que je reconnus aussitôt pour celle de A^. Desroehes, Fun dé nos plus aimables habitués de h terrasse, avec lequel j'avais formé une rektion quî^ chaque jour, prenait de plus en plus le caractère et les formes d'une amitié véritable.

La conversation s'engageant en plein air et sans nulle apparence de mystère y je ne crus pas

être indiscret; en prêtant IWmUe; et toutefoisje me hâtai de tousser pour avertir les deux in^^ terloeateurs du voisinage d un étranger^ Cette' sorte d'arertis^oient n'ayant produit aucun ekangem^it dans le diapason de leur voix, ee fut sans aucun scrupule que je rectieittis sur 9fton carnet Fentretienr suivant :

« Savez-vous,DMidaineSaulnier', dit M. Des* aroches en s'asseyam à côté .de ta personne à laifuelte il parlait ^ save2-vousbiea que jeme suis fait une douce habitude de vous rencontrer ici chaque jour; quelle différence entre Fentretien d une femme aimable et bonne et celui de ces messieurs du cadran! Avant de vous coiifiatti*e , je prenais quelque amuseraient av^c ces profonds politiques qui donnent aux af-^ fiures du tems la couleur de leurs kitérêfs , oo celle de leur maladies , et prédisent les plus si* . nistres csitastrophes si la rentig descend ou si la goutte remonte; mais à présent^ je ne trouve plus le même plaisir à observer leurs variations phjrsiquej» et inorales^et je vous ai même sacrifié sans regrets la partie d*échecs du café Zoppi

» •— I^ bie»! Monsieur, reprit la dame^

i6q 14s BEaNIËRES AMOURS.

je vous tiens compte du sacrifice, et }>youe que , de mon côté , je viens ici avec plus d empressement depuis que je trouve à qui parler. Je Qe suis pas une grande causeuse , mais deux heures de promenade. solitaire me. semblaient souvent un peu longues; il est d ailleurs bien naturel que j aie du plaisir à vous rencontrer, vous m'avez rendu un ^i grand service !

» — Allons donc! vous voulez plaisanter, Madame ^ j*ai &it ce que tout autre aurait fait à ma place.

» — A la bonne heure, Monsieur ,. mais enfin c'est à vous que j'ai cette obligation... Yous m'avez peut-être sauvé la vie. Ce fiacre montait si vite , et j'étais si préoccupée ! Enfin , lorsque vous m'avez saisie par le bras , la tête des chevaux était près de m'atteindre. Ah! jamais je n'eu$ tant de frayeur! . »

» — Oui, je conviens qu'il était teras de voUs arrêter. Emue par la terreur que vous veniez d'éprouver, vous me permîtes de vous offrir mon bras jusqu'au Luxembourg , où nous nous rendions l'un et l'autre. La manière tout aimable avec laquelle vous voulûtes bien m'expriraer ce que vous appelez votre recon-

LKS DERNIERES AMOURS. 1 6 1

naissance , la franchise de votre caractère et la grâce de vos. disc<mrs, tout cela me plut à tel point que dès le lendemain je tevins à cette place, où je Yous^vab laissée la veille. Jeus le bonheur dé vous y rencontrer, et je m'ap* plaudiis cha({ue jour du hasard qui ma procuré rhonnenr de vous connaître; car je suis de* puis peu de tems habitant de votre quartier , et vous devez concevoir qu un vieux garçon tel que moi devait, trouver ses journées un peu longues.

' »— Mâts, en effet, dît madame Saulnier, vous devez éprouver souvent des liiomens de vide et d'ennui. Permettez-moi donc de vous demander, puisque nous avons abordé ce su'^ jet , comment il se fait qu avec un caractère aussi liant que le vôtre me paraît être , vous soyez resté célibataire. -

» — Ma foi ! Madame , je conviens que j'ai parfois envié le destin des époux bien unisf mais j ai si souvent tremblé de peur à laspect de certains ménages, qu'il ne faut pas vous étonner de me voir encore garçon. Convaincu que le mariage doit ôtre un paradis ou im enfer , j'ai craint d'avoir la main malheureuse ,

l6a LES DEHNIÈRES AWOXmS.

et je suis rtôté dans un état mixte. Enfin ma devise , jusqu'à ce jout, a toujours été : S/oins de bonheur et plus< de repos,

» •— * A la bonne heure; mais convenez qii< si to|is*les honnêtes gens s'avisaient de penser ainsi , la génération future n'en vaudrait pa$ mieux. Tenez , mon cher Monteur , faut-il vous parler frahchementP.il me semblera moi , qu un célibataire na pas payé coinplète^ ment sa ^ette à lliumanité.

» — Vous avez peut-être raison , Madame, et je vous dirai , pour me justifier à vos yeux du soupçon d'égoïsme, que ce n*est point da tout par antipathie pour Thymen que je suià resté garçon* Pendant vingt-cinq aiis ^ à peu près, j ai eu le projet de me marier ; et puis, quand un beau jour je me àutâ présenté , on ma trouvé trop vieux. N'est-ce pas avœr da malheur? •

» — Une intention qui dure vingt- cinq ans, dit en riant madame Saulnier, est bien près de mourir de vieillesse*

j» — Je vous avoue, reprit Désroefaés en riant aussi, que je ne fus pas autrement fâché â*ètre refusé. C'étaient de bons amis qui

XES DERNIERES AMOIJRS. 1 63

«vaie0t arrangé tout cela ; on me poussait, et moi i allais... vm& j avais déjà passé la cin« qnantaÎBe : à cet âge-là , Toyez«vous, on a ses goÀls , sea habitudes , ses manies \ on souffre à les siK»ifier.,. Tenez , il âiiH se marier dana sa jeunesse, ou point du tout. Voilà ma façon de penser.

» — Cependant , si ce mariage s était fait y Yous auriez maintenant des affections et de& mt^éts dans la vie. En rentrant chez tous , ehaquejour, vous trouveriez une bonne femme et des enfioi» poiur'vous accueillir; vous se-riez entouré de petits soins, d'égards...

1» ..^ Eh^v^on Dieu! Madame Saulnier, des petits sdins et des égards, tout cela s'achète : on en obtient beaucoup pour cent ^cus par an; mais le repos, une fois perdu, ne se ra* di^ pas. Quant aux enfans,,qiie, Ton désire alors qu'on se marie , ils sont bien plus souvent une source de peines que de plaisirs , et les meilleurs coûtent toujours quelques lar-^ mes. N ai-je donc pas de par le monde un étourdi de neveu, rempli desprit et de.

moyens, et qui cependant ma déjà donné de la tablature^

l64 LES DERNIÈRES AMOURS.

> " — Au fait , je crois c[ue vous avez raison* Je commence à penser que tous voyez bien les choses : il est certain que je n ai jamais été plus tranquille que depuis la mort de mon mari, et je dois convenir que les plaisirs de la maternité sont achetés par des soucis de toute espèce... » -

En prononçant ces mots la voix de la veuve avait subi une légère altération. « Mais ^elle heure est-il donc? dit-elle encore, voici déjà Babi qui vient pie chercher. »

» -^ Il est deux heures passées, et vôtre ser* vante est exacte ^ reprit alors M. Desroches. G*est mon maudit procès qui m a fait perdre aujourd'hui le plaisir de la promenade. Mais , au fait, madame Saulnier, poursuivit-il, quel besoin est-il donc que cette femme vienne ainsi chaque jour interrompre nos enia*etiens. Ne pouvez^ous^ si cela vous agrée , prolonger votre promenade?

» — Sans doute, il ne tiendrait qua mdî, reprit la veuve avec Jiésitation ; mais depuis ]e jour où ma fille a su cet accident qui faillit m'arriver, elle a recommandé à Babi de ne point me laisser sortir seule; et, quoique cette

LES DËRNIËRES AMOUBS. l65

espèce d!assùjettissement me gène bien un peu, j:e tiens trop de compte du sentiment qui a dicté cette précaution pour vouloir m y soustraire.

V — A la bonne heure , laisses^vous sermonner par votre domestique, mais pern^ettez** moi de tous reconduire jusqu'à lac rue Sainte-^ Hyacinthe; le trajet ntst pas long, etje trou-^ verai dans cet arrangement le double avantage de seconder la sollicitude de votre fille , et de jouir de votre société pendant quelques instans de plus.

» — Mille remercîmens pour votre politesse ; mais sQufïrez, Monsieur, que je me refuse à vous causer tant dembarras,,.

» — Je n'insisterai point, Madame, reprit ici M. Desroches en tirant sa révérence à la veuve; car ce que je crains par dessus toute chose, c'est de vous paraître indiscret. Cepen- ()ant , permettez-moi d'espérer que vous me deviendrez plu^ accessible cet hiver, et que j'obtiendrai la permission d'aller de tems en tems vous faire ma cour.

» —Nous verrons*.* Oui.... je tâcherai d'ar- Tjsinger cela... Adieu, Monsieur, adieu , » et U

t66 LES DEKNl£Fi£S AMOtJBS.

Veuve, s'emprescant alors de saisir le bras de sa vieille sanrànte, termina Tentretien par son départ, Je la vis passer devant moi ; Isa robe . puce , son schall de baréges et son chapeau dé satin blanc lui donnaient lin air étofie qai sied aux. femmes de tout âge. Sa bonne mmt et sa tournure ayant fait naiiare en moi le dé« sir de voir son vispge , uti détour que je fis me conduim en tin instant à ia porte du Luxembourg qui donne dans la rue d*£dfer, et jç h*eus qu'à me retourner ponr la voir savancer doucement , appuyée sur le bras de âa ' servante. Il me parut que celle-ci s'échanf&it beaucoup en paroles; et, comme elle approchait toujours, j'entendis qu'elle disait : « Oui, vous verrez, Madame, vous verre* qu'il vous ^ arrivera malheur!

» '^— fti es folle et visionnaire , répondait la veuve en riant : somge donc , ma pauvre Babi^ poursuivit-elle au moàient même où ^e passa devant moi , songe donc qu'il n'y a pas de dangers possibles dans ce genre pour un<i gf and'mère qui va marier sa peme-fiUe: »

« (îrafid'mèrQ 4ant qu'on voudra, pensai-je to regardant une figiire'appiélissaate etfraîche>

)4£S P£RNI£U£S AMOURS. 167

4e p»x^$, yeux bleus et doux , dans lesqueié brillaiëntla modeslie d une yeuTe^ si différente jde celle d*ime jeune fiUe, et cet emboopoint im8Silivéc|ui trompait la tieillesse et maintenait )e^ charnies^ i^!elle possède rarement^ grandmère tai|t quon voudra; mais. cette femme-là est encQre fort bien ; et tant qu'une femme est f^s^ liiiçaUe pour inspirer de Tamour , elle ^oit 4ti?e assez jeune pour en ressentir. Au reste , comme mon ami Desroches apprécie mieux que qui que ce soit au monde le bien de son indépendance, et que cette aimable gpand'mère ne parait. pas du tout fâchée dac voir retrouvé la sienne, les conjectures de la servante me paraissent porter à ùtvoL »

. La .discrétion m empêcha: de retourner sous le Qouv^t où madame Saulnier et M. Desroçhes^ avaient pris Ih&bitude de se rencontrer, etj'avque que mes promenades eussent perdu tout Ijsur attrait, si M. Desroches n'eût pris Ih^ibil^udede yenii^ toi^s I^ jours: me ^rejoiladre 4,dçq|çhe^i;eS( et cinq -minutes, c'est^à'^ire en ^i^tl^t la ve^ye.,SQn esprit -aimable et liant portait a}prâ^,j^ii^i,qiiei son visage, l'empreinte de c^pçl^ar^ie ;q^er)^ fe maies ^savent jeter sur

tout ce qui les approche ; et je trouvaisnan plaisir plus yif à causer ayec lui depuis que je connaissais la source de cette bieuTeillance qui faisait le fond de son caractère. Cependant, p^u à peu je vis son front se charger de soucis; sa gaîté disparut; il devint pensif et rêveur , et tandis que autrefois , dans nos^ entretiens , lattaque était toujours de son côté 9 je le trouvai maintenant sans défense contre mes innocentes plaisanteries.

Poussé apparemment par la même symj»thie qui me l'avait fait distinguer au milieu de nos habitués du Cadran, M. Desroches m*avait témoigné , dès les premiers instans de notre connaissance , une estime particijlière , et j'avais su par lui qu un injuste procès , compromettant sa fortune patrimoniale, pouvait le réduire à la modeste pension Ae retraite qu'il touchait comme ancien employé des domai*^ nés. Sa tristesse me fit supposer que ses a£Eaiires allaient mal; je lui en parlai avec Fintéréi: que m'in^irait le sort d'un homme s^ccoutumé dès long-tems à laisance, et forcé de restreindre ses besoins au moment où la nature tend à les multiplier. Desroches s'empressa de rassurer

f.ES maRNliRES AMOURS. Î69

mèB' amitié en m apprenant que son avocat lui £»tsalt espérer une satisfaction pleine et entière'; niffis^ ajouta-t-i!^ il ne peut encore préoisér répoqu« à laquelle mon procèTs sera ter* «HÎné; et Fincertitude dans laqueHe je vis me h.ûgà6 chaque jour darantage^

r Et depuis quand votre philosophie estèMe en défeut?dis-je alors; qu'est devenu ce noble mépris pour de fragiles biens que Terreur de la justice humaine et tant d autres évétieniens^ peuvent ravir, et cette indifférence stoîqœ avec laquelle vous attendiez l'événement? — Demandez donc aussi quelle est la éanse de k versatilité dé lesprit hiÉmain, m« répondit Desroches en soupiratit; lorsqu'une injuste et ridicule chicane vint, au bout de dix ans , me disputer un héritage dont j avais été jusqu'alors tranquille possesseur , ce fut, je vous le jure, sans aucun effort que je quittai mon appartement et mes habitudes du faubourg Poissonnière pour me loger, fort à Fétroit, à l'Estrapade; et je vous assure, mon ami , ,que j'étais parvenu sans pei&e à régler mes besoinssttr les ^quinze cents frajtics de retraite que personne ne me conteste , laissant prudemment m. 4

de côté, pour payer les frais du procès ,\en* venu des six mille livres de rentes que je pos^ ^ède encore. Est-ce ma faute à moi si des événemens imprévus , des circonstances particulières sont venus depuis quelque tems me rattacher à ma petite fortune, et si Thomme le plus désintéressé de la terre, il y a trois mois, ne peut maintenant envisager sans trembler ^ ridée de se voir dépouiller par un arrêt injuste?

» — Mais quel événement a donc pu produire ce changement, demandai-je alors à • M. Desroches?

» — * QH^! d abord le besoin d'en finir avec mon neveu, en lui faisant un sort qui puisse linpliter ses prétentions impertinentes , et qui Tempéche de venir me proposer brusquement de faire mon testaqient en sa faveur.

» — Comment ! interrompis-je ici , Edippnd , ce jeune homme bien né , ce jeune homme qui vous doit tant, il a osé spéculer froidemenf sur la. mort de spn bienfaiteur?...

» — Oh! n exagérons pas les torts d'un écolier qui ne sent pas la conséquence de ses paroles; ce n'est pas froidement qu'il est venu

LtS DERNIÈRES AlftOtJAS. t^J t

me jeter à la tête cette belle proposition, c'est dans l-accès de délire dune fièvre chaude.

Edmond n'est point cupide, Edmond nest point ingrat, seulement il est amoureux, et je siiis bien certain qu'il n'envisage, dans l'expectative de ma fortune , qu'un moyen d'attendrir les parêns de celle qu'il aime.

» — A la bonne heure, repris-je ici, la- HK>ur a rheureùx privilège de faire comprendre, toutes les folies, et j'y trouve, avec grand plaisir, une sorte d'excuse à cette demande de testament , qui m'avait paru si choquante. Etqu'avez-vous répotidu^à cejeunefou?

» — Je lui demandai, me dit alors M. Desroches , si , en supposant que ma fortune f&t liquide, il pensait que je ne pusse en disposer que pcHir lui? « l^t pour qui donc la rëserveriez-voùs? me dit-il avec assurance. Je suis votre unique parent, vous êtes trop âgé pour songer à vous marier , et vos bienfaits passés m0 sont garans de vos bontés à venir i-^-^Voilà qui va fort bien , lui repartis-je, ému par l'audace de ce discours; je ne croyais pas, mon neveu , avoir contracté envers vous de si grandes obligations; mais où commence le devoir

ryz hVS D£&K1£R£S AMOUBS.

te pkjsir finit, et àa moaient oùjW^oos doî»

Uhsa, je sus teiHe de ne plus rien faire pour

» Voiis compreRea iMen, mon ami, ajoula M. Desroebes, que cette inenace ne partait pas de mon cœur, et que, même dans ee wêu^ ment, le sort de cet enfant occupait une grande place d^ms ma pensée. Toutefois, je I arou^ , la folie proposition qu'il n^'avait frite m aTa;it peat*êfere moins choqué que la céiti* tude où il semblait être de me Toir demeurer toujours célibataire, comme si je n'avais pas assez fait pour lui en lui domiâM une éàmi»:^ tien, im état... comme si on n avait jamais m personne se marier à soixante ans^!... »

Ce4^ dernière phmse, jetée là comme par hasard, éclaircit tCMiC à coup les doutes qui, depuis quelques jours, me traversaient l-e^k^ de ce moment, je his au fond du cœur de IML Desrdches , et voulant me venger de sa longue réserve : « Sans doute , on a w, kii dis«je, des^ girns se mairier sur le^ retour dt l'&gev, et ces sortes dfengagemetis ne surprend nent pas lorsque \st raison préside au choix des deux conjoinls ; mais, ce qui serait éton-

uant^ ce qvl f4>iuwrâit û^ te&ta in^ubabie «ux plaisaBteries du Ca<kaii> ce s^$iit de vo^ notre àmi Desrocbé», le fins û^ertàmé prô<n^ear de la yi^ àe^^in^plï^eX It eétib^tairepad* exibeyenee, iréioi^er luHtfeème ses argiimeiis en se oboisissiMit u!^e femme»

» -^ Oh! je nea «<iûs pas eiKXire là^ éit le rentier un peu oosfiis, el la chose Ta«t bien

„:quoii y p^e Cependant) mon ami, ce

je^ne feu ne connaît pas le ti[>rt qn'il s'est fait k lut-méme avec ses impertinentes réflexionss; je ne songeais à rien, je ne projetais rien, et t^ut à coup il a fait naître en moi certaines idoBS.... Il m'a éclaire sut des sentimens,..

» — - Il vous a fait penser à certaine veuve, ajt)Mitai-je avec bonhomie...

..? --*Qiie. voulez- vous dire, mon cher I^ Ragoisi? achèvent, àcbeveis, de grâce !.^. «

Je i^contai alors à M. Desroches commem:

j'avais entend») par hasard, un de ses entretî^ns avec madame&ulnièx ; comment sa voix , «on esprit y sa figure , m'avaient paru également » aÎMables, et comment je comprenais fort les retours de jeunesse et les projets dli jmen donc cette dame était lol^et, r .

174 ^^ DERNIÈKES^ AMOtftS.

Après avoirmis M. Desroches à son aise par les justes élojgesque j accordais à la femme de son choix , je lui demandai où il en était au* près de la yeuve, s'il avût déclaré ses intentions, et si enfin elle connaissait son amour? Use récria sur ce mot : « M'appelez point ainsi, dit-il, une affection éclairée , que Testime seule a fait naître, et que la différence des sexes rend sans doute plus aimable et plus délicate, mais qui est tout*à-fait dégagée de leffervescènce des passions et des feux éphémères de la galanterie.

» -<- Ne disputons pas sur les mots , reprisje, et apprenez-moi si la veuve approuve votre recherche.

» — Jusqu'à présent je me suis bien gardé, me répondit M. Desroches, de hai^rder une seule parole qui pût lui donner à connaiti^e mes sentimens et mes intentions. Songez donc, mon ami, à ma position : cette veuve a du bien; je possède, il est vrai, six à sept mille francs de rente, mais si je viens à perdre mon procès , ne dira-t-on pas dans le monde que, prévoyant cette fâcheuse issue , j'ai voulu suppléer par la fortune d'une femme à celle qui

Li:S DERNIERES AMOURS. 1 7 5

devait m'échapper? Ah! plutôt que de voir mon caractère compromis à ce pbint , j aimerais mieux cent fois renoncer au bonheur !

Vous comprenez maintenant, mon ami, ajouta llionnéte Desroches, pourquoi j attache tant .d'importance au gain de ce maudit procès; pourquoi je souffre impatiemment les retards et les difficultés qui éternisent mon attente. Quand on VaTÎse, à soixante ans, de songer à se marier , on sent fort bien que Ton n a pas de tems à perdre; ajoutez à cela que ma po* sition, près de Faimable veuve, devient vraiment fort difficile. Depuis que mon neveu ma fait penser au mariage, je n'ai plus auprès d'elle la même liberté d'esprit; la délicatesse me prescrit impérieusement le silence , et mon cœur franc et sans détour amène bien souvent la vérité sur mes lèvres. Ecoutez, mon ami, poursuivit-il avec le ton de la prière, vous devriez me rendre un grand service, en me permettant de vous présenter à madame Saulnier; la présence dun tiers m'éviterait des instans dangereux , et je suis convaincu que votre esprit observateur ne peut manquer de plaire à cette aimable femme, »

1 yG LJ:^ D£RN1ëR£S AMOUBS*

Je n'étais point assez erniemi de luoi-néiiie pour refuser une telle proposition, et dès k lendefnain Desrocbes, autorisé par la veuyej^ me présenta à cette dame, qui maccueiUif avec la plus parfaite bienTeillance»

A peu près vers le même tems, je reçus, à mon ancien bureau , la visite d'une riche iiiai> chande, pour laquelle je mettais fort souveat au net des livres de commerce et de$ facture^ courantes. Désirant conserver à mon suoces" seur la cliejitelle de lune de mes meilleurfii pratiques, je m'informai avec empressemeoi de ce que désirait madame Badureau ^ et d^ je mettais la main à la plume pour eatécuter sçs intentions , lorsque les renseigoemeifi^ qu ^ me donna me forcèrent, bien malgré moi, à lui refuser mes services.

Femme d'un honnête épicier , madame Ba* dureau , estimant son mari selon ses mérites, l'employait à peu près comme un homme de peine, soit à remuer les tonaeaux et les EBar*' chandises dans son magasin , soit à porter de côté et d'autre les ballots de sucre ou de café qu'elle avait vendus. Les affaires n'en allaient pas plus mal ; madame Badureau était fempifi

LES D£RKl£aÊS AMOURS. 1 7 7

d$ tête, et sa maison était la mîeus achalandée du quartier Saint «-Miehel. Qu'une femme eût trouvé moyen d usiirper lautorité domestique, on ne voit d%nfi»cela rien de bien exiraordi^ naire | ce qui rendait étrange le caractère de cdle^ci^ c'était le soin quelle prenait de faire porter à son mari l'endos de ses spéculations <t tiiéme de ses moindres démarches. Ainsi, c'écak toujours, à len tendre parler, M. Ba* . dureâu qui achetait ou qui vendait ; c'était am nptn de M. Badiureau qu'elle refusait du cré«> dit ou qu elle poursuivait ses débiteurs ; enfin^ •ce fut pour obéir aux ordres de ce pauvre t>rave homme, qui trè»^rohâblement ignorait cette affaire ainsi que la plupart de celles qui se faisaient chez lui , que madame Badureau était venue me prier d'écrire luie lettre ano^ nyme , ayant pour but d'avertir ime vieille femme ^ à moitié folle, me dit^elle, que ses rendez- Vous amoureux aVec eertaift intrigant^ ruiâé avaient été remarqués par plusieurs personnes, qu'on en jasait tout haut dans le quai^-> tiier, et qu'elle aventurait par une telle conduite une réputation acquise par soixan|ie années de vertu.

178 LES B£RKI£IIES AMOmsd.

• Quelques ménagemens que j'eusse è garder

avec madame Badureau , par intérêt pour mon

successeur, je me récriai fort contre une pa«-

reille demande, et je lui* déclarai que mes

principes s'étaient toujours opposés à cé^que

je prêtasse ma plume à des actes de cette es*

pèce. J'ajoutai, espérant l'engager à abandon*

ner ce projet, que le moyen qu'elle désirait

emplôye^^ avait j^ans doute un but louable,

mais qu'elle ne devait pas en espérer beau*

coui^.d'e£fety attendu le peu de crédit que l'on

accorde en général à une lettre anonyme, h

lui fis comprendre de plus que les soupçons se

dirigeant naturellement sur les individus inté>

ressés à faire manquer une affaire de cette na;

ture, elle devait s'attendre à se voir compro*

mise, à supposer qu'elle eût quelque intérêt à

eiiipêcher une vieille femme de se diriger à sa

guise.

« Quelque intérêt! quelque intérêt! interrompit madame Badureau; apprenez, Monsieur, que la veuve dont il s'agit est ma mère, ^ ma propre mèreî Tai bien le droit, je crois, d'empêcher par tous les moyens possibles que ma mère fasse une sottise. Comment! un in»

trigant râpé , que personne ne connaît , la Terra chaque jour, captera son esprit, détournera sa fortune, et vous ne Toulez pasque j'envisage avec effroi les suites dune telle intrigue?

» — Je conçois vos inquiétudes; mais enfin, votre mère est libre , il n y a rien d'illicite dans la poursuite d'une veuve , et si celui qui la recherche avait pour elle un attachement véritable.....

» — Un attachement véritable pour une femme de soixante ans! plaisante idée, vraiment! et non, Monsieur, il n'est pas question d'attachement; mais on sait fort bien que ma mère est fort à son aise; on sait qu'elle à la tête faible et le coeur généreux; on se flatte de l'amener à contracter un mariage ridicule. Mais je suis là! et, comme le disait encore Jtout à l'heure M. Badureau, j'ai le droit d'empêcher quelle dispose, en faveur d'un étranger, dune fortune acquise en communauté avec mon père... Ecoutez donc, Monsieur, ce n'est pas à moi que je songe en agissant ainsi ; j'ai des enfans à établir; mon fils est au collège et ma fille allait épouser le fils d'un no-

1 8o L%S DEaNlÈB £S AMOURS«

taire d'ArpajoQ. C'était là unétabliâ«ementL« Mais, hélas! si ma mère aliène son bien , tout est fini, tout est roippu^ et je ne retrouverai jaYnais rien de pareil »

Cette fusée fut interrompue par des larmes ^ qui me touchèrent médiocrement. !( était facile de voir que le bonheur de la Teuve était la moindre des considérations qui mettaient en mouvemept les passions de madame Badureau^ et, d'après mes idées, une fille auâsi égoïste ne devait pas être une mère bien tendre. Pour éclaircir mes doutes à cet égard, je lui deman^ dai comment il se faisait que le mariage de sa mère put empêcher celui de sa fille.

« Vraiment, me répondit-elle aussitôt, la chose est bien facile à comprendre : le notaûre d'Arpajon est un de nos parens; il connaît le bien de ma mère ^ et lexpectative de voir vn jour cette fortune se partager entre mes d«iuL enfans, a pu seule 1 engager à jeter les yeux sur ma fille.. Si ma mère se renuârie, le& prétentions du notaire vont augmenter ; il voudra de l'argent comptant , et le mariage sera rompu; oar enfin on ne peut pas déranger ses affaires et se mettre à la gène pour ses enfans.

L£Q DEfiNlÈHES AMOUHS. I Si

» — * Oui, je conçois^ parfaitement que le mariage de ^yeure n'entrait pas dans vos* plans^ mais^ Madame, si vcHre mère attachait son bonheur à cette union ^ si celui qui s'oc-^ cupe d'elle était un honnête homme?...

» — Un honnête homme, luiLi. je vous ai déjà dit que c'est un intrigant, un de ces^ens qui, pour se rhabiller, font métier d épouser toutes les vieilles femines. Je .me suis informé de lui dans le quartier, comme vous pen* 9ez bien : eb bien! Monsieur, on ne sait ni ce que c'est, ni d'où ça vient; ça ne dépense rien, et ça n'a qu'un habit usé jusqu'à la corde. Vous voje£ Jbi^i , Monsieur , que c'est un malotru; la chose saute aux yeux, et personne n'en doute. Âh! Monsieur, poui:suivit ma-^ dame Badureou, s'attendrissant pour la se* conde fois, ce n'est pas seulement dans. mon intérêt que je parle ; mais , quand on aimé sa mère comme je fais, on craint tout ce qui peut porter atteinte à son honneur, à son repos, à la tranquillité de ses vieux jours ! »

Envisagées sous ce nouvel aspect , les craintes de madame Badureàu pouvaient paraître raisonnables. « Pourquoi^ lui dis-je alors, au Iki^

182 LES DERMERES AMOURS*

d'écrire une lettre anonyme, nadresseriez-vôus pas à votre mère de respectueuses observa* tions au sujet des dangers auxquels elle s ex* pose en accordant trop de confiance à un inconnu? Chargez -moi d'écrire, dans ce sens; donnons à vos conseils toute la force dont ils peuvent être susceptibles; que votre affection, que vos craintes, se manifestent dans chaque phrase ; signez ensuite cette lettre , et je suis convaincu que votre nom lui prêtera plus d'influence que n'en pourrait avoir un écrit anonyme.

» — I^ensez-vous donc, Monsieur, reprît l'épicière, que j'aie attendu'votre avis pour dire à ma mère tout ce que j'ai sur le cœur à ce sujet? mais à quoi servent de bonnes raisons dans la bouche d'une fille? Il semble que, du moment où l'on a intérêt à empêcher une sottise, on na pas le droit. d'en parler. Ah! que M. Badureau avait bien raison de me dire lorsque mon père est mort ; « Ma femme, nous faisons une grande perte; on ne peut pas compter sur le douaire d'une veuve. » Et j'y comptais pourtant; car enfin, Monsieur, elle était heureuse et tranquille lorsque cet aigre-

LES DERNiÈïtES AMOtKS- l83

fin est yenu me la déranger; mais il nen est pas où il croit arriver, ce beau monsieur; je Tais £siire surveiller les pas et les démarches de^ ma mère, et si rien ne peut rengager à rom«pre avec cet intrigant, je la conduis à Arpa» jon chez mon cousin le notaire , qui saura, bien la lier de façon à lempécher de nuire à ses ^enËins. »

En achevant ces mots, madame Badureau prit congé de moi., non sans avoir insisté quelque tems pour m engager à écrire cette lettre, qui devait, selon elle, produire un grand effet sur Tesprit faible et scrupuleux de madame sa mère; mais je m y refusai formellement , en la voyant sortir tout en colère. « Il faut bien convenir , pensai-je , qu une mère a grand tort de ne pas se sacrifier pour

une fille aussi tendre! En vérité, ajoutai-je

encore, si le repos de la vieille ne devait pas être compromis 'par son mariage avec un hoinme peu estimable, à ce qu'il paraît, je serais i>ien aise d'apprendre quelle s'est remariée pour punir la rapacité de madame Badureau. »

Cependant, je continuais daller tous les

l84 ^^S DËRTdèRfiS AMOURS.

matins me réunir à mes deuiL yieÙK amis sous les tilleuls du Luxembourg. Il était évidait pour moi <|ue ma présence, au lieu deles^^r ner, les mettait à leur aise, par le soin ^ j avais^de diriger nos entretiens sur des suieH étrangers à leur position, le n ai jamais si bieo connu le charme et l'avantage de ce coib«> merce de pensées, qu*on appelle conversa tion, cfpj& par ces entrevues dans lesquelles 1 mstruction solide de Desroches, la finesse d'esprit et de tact d^ madame Saulnier, et peut^^être aus^i mes habitudes d'observations , devenaient potit chacun de nous un échangé de lumières et dagrémens. Outre le plaisir que je trouva»

dans la fréquentation de deux êtres bons et estimables, j'en prenais un particulier à étur dier cliez eux la marche que suivent les pas* sions, alors qu'elles se prennent à des gens ex^ périmentés; et, ravouérai-je à la confusion de l'espèce humaine? les cheveux gris sont ust mauvaise garantie de la sagesse 'y car je voyais souvent mes gens raisonnables se laisser en^ traîner par leurs cœurs comme de grands enfans.

Fermement résolu à se soumettre aux lois

u;^ ii£iLNi£la£s AMOuas^ i85

qaesa délicatesse lui iffiposaky Desrçches tai? sait 466 proje^^ dé son càté, la discrète veuve obsenFaît la plus pai^te réserve avec cet kûmme , doat les assiduités et les regards ré-. vélaîent le secret, sans que sa bouche prononçai; une seule parole qui put aanoucer ses inr tentions hoaordbies. Toutefois , eu dépit de cette mutueUe^ontrainte, les poiats de con^ tact et les affinités morales se révélsôeut &k mille o<xajsions.S'«gissaît-il d un acte de vertu, de bonté, d'beroïsme , leurs âmes se iouchaicEit et SfSRtesidaient si bien, qufl leur est arrivé souvent de parler à la fois sur le même sn^t , exactemâit dans les mêmes termes. En ces momens, Desroches avait bien de la peine à ca* cher «on émc^on ; quant à la veuve , elle cherchait; alors à changer Tentretien , mais sa rougeur-et laltération de sa voix prouvaient (qu'elle aussi était frappée de cette sympathie qui existait entre elle et son nouvel ami. Le rapport des habitudes était aussi remarquable entre ces deux personnes que le rapport des sentimeuf , et chaque découverte dans ce genre devenait pour Desroches un lien de plus. It connaissait tous les goûts de la veuve ; il sa^

l86 LES DERNIÈRES AMOtmS.

vait qu'elle prenait, ainsi que lui, son café le matin , qu'elle était abonnée au même journal, quelle aimait la lecture et la promenade; il savait que le tabac ne lui déplaisait pas , et quelle en prenait même une prise de tems en tems ; enfin , il avait découvert que le piqueta écrire n'était point sans attrait pour elle. Mais je fus témoin, dans ce genre, d une sorte de révélation qtff lui parut marquer son attachement du sceau de J^ prédestination. Un jour que je venais de faii:e>aux deux amis la lecture d'une de mes nouvelles , madame Saulnier, désirant revoir je ne sais quel passage , tira de sa poche une paire de lunettes, et s en servit pou'r la première fois devant nous , au grand étonnement de Desroches. « Comment, s'écria^ t-il, comment peut-on avoir besoin d un secours étranger pour voir avec d aussi beaux yeux?

» —Mes yeux sont bons encore, répondit madame Saulnier, et ce n est que pour lire , ou pour travailler que je sens la nécessité d'employer des lunettes.

» — Ma4s de quel numéro vous servez-vous, Madame, demanda mon ami avec une sorte d'hésitation? ^— Depuis deux ans je me sers

LES DËRKIE^IIES AMOtlllS. lÈj

du numéro huit , répondit madame Saulnier.

* : — " Quel éti'ange rapport , s'écria Desrocbes^ emporté par un premier moment de sur* prise ! Croiriez-vous bien , Madame , que depuis ce tems, exactement depuis ce tems-là, je me £ers du même numéro !

» — Voilà qui est véritablement singulier, i^prit la veuve avec émotion! » Un silence •suivit; peut-être madame Saulnier s'attendait» elle .avoir son discret admirateur tirer quelque parti de cet incident; mais Desroches se contenta de me serrer la main , d'un air qui semblait dire : « Ami , n*est-il pas évident que le ciel nous créa lun pour l'autre? »

Quelque intérêt que je prisse à ces estimables amours , j'eus peine à réprimer un sourire en songeant aux singuliers points de* contact sur lesquels l'amour établissait ici son empires; et la vieille Babi étant venue sur ce* entrefaites nous arracher son aimable maîtresse, je ne pus m'empécher de plaisanter unpeu DesA)ches sur cette sympathie d'infirtnités dont il me paraissait être si satisfait.

« Riez, riez tant que vous le voudrez, mon^ ftieur le philosophe, me dit-il; il n'en est pa«

1 88 LBS D£ai91£a£S AMOURS.

inoins Traique des infirmités «t di^ habitudes communes ayec. celles de madame Saulnier contribueront peut-être autant que nos ipmlités à nous attacher l'un à Tautre. Jeunes, nous aurions su plier nos goûts et no3 humeucs à ceux de l'objet aimé ; mais à nos âges, mon ami , l'habitude est bien réellement une seconde nature. Je dots donc être satisfoit de savoir que la femme que je désire associer à mon sort n'a point de répugnam% pour le tar bac«, qu'elle aime le piquet, et même qu'elle a la vue basse ; car on est bien plus indulgent pour les faiblesses qu'on partage, etl)ieii moins sensible aux, outrages du tems quand on se voit vieillir ensemble. »

Le$ jours qui suivirent celud-ci ne forent pas aussi favorables à mon ami* Sa. v^uve ft|t indisposée; ce Ait du moins le motif qu'elle donna à son absence, lorsque nous lui re^ipror cbâmes d'avoir laissé écouler une semaine sans paraître au Luxembourg. Et, dans le faut, l'aUération de ses traits rendait ceCte raison plausible; mais , à son air triste et préoccupé, à la contt*ainte qui perdait di^ ses discours, nous devinâmes cependant que le moral de

là veuTeftlnait été pkid affecté cpi^ le phjsîfftte; él Besroehe», fort iotrigué', ne pu« sempééher de lui demâinder si quelque événemeiii fâcheux ne lui était point advenu depuis notre dernière reneonire.

Cette question parilt enilMirpasser la ye«ve ; Aie répondit Taguement qu'il ne lui étak personnellement rien arrrréden^lhenreuX) mais qtie des affaires de fàmiDë, des embarras momentanés , Uh causai^at eh effet quelque inquiétude.

Là-dessus mon ami, s^aniinant par degrés, conjura madame Saufeier de Vouloir bien Femployer dïins toutes les circonstances où efie pourrait avoir besoifi d'un ami sAr , et de le con^dérer comme- étant tout<»à*feit à sa disposit^OUi A cette occasion , il s étendit asseï skÈroitement sur la triste situation d'une vcuré privée de conséik et de protecteitr; Il offrit dé lui envoyer son avocat et son notaire , gens honnêtes autant qu'habiles, et dont les avis pourraient peujti^ètre l'aider à sortir d'embarras. Enfin il conclttt son dtseoin*s eii mettant à sa disposition les économies qu''il avait faites depuis un an , c'est-à-dire une couple de mille

IX)o UëS dernières AMOtlRS;

écus, dont il nWait, disait-il, nul besoin dans ce moment^là , et qu'il se trouyerait bien heureux de pouvoir placer d'une manière aussi sûre.

Le zèle et la chaleur de M. Desroches ne parurent pas déplaire à notre veuye ; ses yeux s'étaient remplis de larmes lorsque mon ami avait parlé de l'isolement et de la dépendance auxquels une veuve était condamnée; mais l'expression de sa figure cliangea subitement : elle peignit un mélange de joie et d'attendrissement quand elle entendit qu'il lui offrit ^ awc tant d'abandon y^sa bourse et ses services. Lui présentant alors une main grasse et blanche:

« Mille remercimeiis pour une offre aussi généreuse, dit-elle avec une franchise to]^t4-fait aimable; je ne saurais en profiter, n'ayant aucun besoin d'argent; mais je suis enchantée que vous me l'ayez faite, cela me prouve que j'avais raison de vous considérer comme un bon* et solide ami.

» — - Aviez- vous donc quelques doutes à cet égard? réprit Desroches, évidemment blessé.

» — Non , non, assurément, répondit la veuve y qui sentait bien , en ce moment ^ qu'elle

£ES DERNIEaSS AMOUHS. tgt

s'était trop ayancée; mais il existe, dans les démonstrations apparentes, si peu de différence entre une connaissance agréable et mi ami réel; nos relations sont d ailleurs si nouvelles , qu il me fallait peut-être cette preuve de YOtre dévouement pour .asseoir mon jugement sur la manière dont je dois vous considérer.

» — Fort bien , reprit ML Desroches ; ainsi donc, Madame, jusqua ce jour, vous m avez £aiit l'honneur de me classer au nombre de ces liaisons de circonstance que Toisiveté peut former et que le caprice peut rompre , sans qu'on éprouve aucun regret. En vérité. Madame, cet aveu est cruel, et j avoue que j avais la présomption de me croire mieux établi dans votre esprit. »

Cette première contestation entre les deux vieux en&ns me parut assez piquante à observer pour éveiller toute mon attention. En entendant ces reproches , la veuve, consternée , éleva sur M. Desroches des yeux tendres et supplians. • Hélas! vous êtes bien injuste! » murmura-t-elle en lui prenant la main; et je remarquai , à ce sujet , que rien ne chasse mieux

%^2 US DKANUBJI& AMOUaS.

la réserve, qae rieii n'avance phis lesattiffei d'amour y qu'une cpiereUe . placée à propos.

Depuis plus de trou mois qae laop ami fiûsBtt la cour à cette veuve, il n'avait puînt encore fisé prendre la liberté de lui «errer la mai»; si par hasard cette main s'était trouvée dans k sienne, elle l'avait tenjoucs retirée arrec vm sorte de précipitation; et main tenant,, éfliue par des plaintes injustes, toiscbée par le cba^ grin que Desvoches laissait paraître, c'était elle qui cherckait la main dé mon ami,- quib pressait entre les neiuieft, conme pow donner plus de poids à ses assuramîces d'estioift cf Oui, vous êtes, un hooiroe injuste, répétait* elle, et si vous saviez les chagrinS' que Boti« liaison m'a déjà causés, voss connaîtriez bien en me voyant ici combien j'apprécie velR anûtiéL.

n -^ Que m'apprenez -VOUS' là, Madane!

s'écria Desrockes , et comment se fak*il^ qn'une liai^n telle que la nôtre pnîsse vooa causer du chagrin ?

» — J'en ai déjà terop dit, reprit la veuve en rougissant; qu'il vous suffise de savoir que jappréeiaii, long^^tems avant ce jour „ la no-

L£â D£RNI£RÊS AMOURS. igS

blesse et la délicatesse de votre caractère ^ et que, quoi qu'il puisse arriver, mon estime -vous est acquise; maintenant, JQ vous prie, parlons d'autre chose : il est 4^ sujets d en« tretien qui réveillent des. souvenirs pénible3, .et celui-ci est de ce nombre. «»

Se tournant alors de mon câté, la vçuv^ parut désirer que je laidasse à éluder les questions de mon ami ; mais satisfait au-delà de toute expression par la manifestation de sentimens aussi flatteurs pour lui , Desroches eut ,1a discrétion de sentir qu il n^avait pas le droit de chercher à. savoir les secrets de la veuve avant le tems où il pourrait lui révéler le sien. -

Il était facile d'ailleurs de deviner la nature des chagrins qui paraissaient affecter madame Saufaiier. Lair maussade et grognon de la vieille Babi , qui , chaque jour , venait , en maugréant, nous enlever sa trop indulgente maîjtresse, indiquait assez que la veuve n'avait point retrouvé sa \ liberté en perdant son ^^01:^, fl; qu'une servante gâtée s'autorisait de ;ses vingt-cinq an^ de fidélisé pour s'affranchir . d^ tous ménagenstens avec elle. Nous savions,

1^4 ^^ BlfiRNliîlfcC^ AMOtJBS*

^de plws, que là Ytuve a^ît des^ eiifÀiis, «t le lacoiristne e^v^ec téq^iet elle exprânaîf sa te»- 'êt^iae pbur ^ux , ^tmviiltfaif^ smçpOMi^ qu'elle ti'llTtaift pas è<8e ioilér de^letir Mtoduke a €oli égaird; il éVâk dMiG à «roire'<|ti6 «ces «nflms étaient pour qti€fl<}tie t^hôse Ûhm les tracasse* •iries domesticpies cpii la totnrmeiilafént , et j'ai* lai jusqu'à imaginer <p!i^,s(buslifildaeareietèlie doux et timide dontla'MfeUFel araiént déviée^ fls cherchaient à «ffimyer leur mère sur- fes 'eonséquenees de sà'tifrison avecM. Desrecbfs» Mes conjectures à ce si^jet ^furent eoiitirmées par une feule de remàrqtiès successifves , tel t}ue rembarras de la iveuve 'lorsque pms' la menacions, en riant, de nous présenter quel* iqtie jour èhez elle; tel encore ^e Tair inquiet avec lequel elle portait au IdSn ses -regarda ^ttriitit nos etitrètieus, serilbiftbieàk jeurte'fille crtiih tivè qui «ecôrde , à ' tHnsù de ^sa "mère, tm rende«-vous ff^amour, pliitôt ^qn'i h femme e^mable et Sbre-qui ^^nne , i deux vrais ânfris , Urtfe^marqUe dc'^otifiatiee.

i!tftité(àh, eti vdëpit 'd& eés pi^ala^Htés,

'©e^i^oèhes s égarait *en caDJécitires di^rses

suï' la nature des soucis qui avâklnt altéirà

LES D£RNI£B£S AMOURS. iq5

rhi^m^ur i^le et U g»îté de madame SauU

,?|i^r; iLse refusait à penser que des enifans

^çoflfoadaieijt leurs droits et leiu>s devoirs au

^pint doftçr bïâmer la conduite de leur mère ^

.il }}xi rçpugpait surtout de croire que madame

JSauIi)ier, ,çett« femme si respectable, iiei\t

pas su garder au sein dé sa famille cette di-

fpMé^idoit toujours maintenir la dignité et

Jijjiwtprité d'une mère. C^endant il fallut se

^fn4r<^.àl évidence , lorsqu'un matin unKonune

^ r^irjQo.mmun ^ à la totirnure |;auche et em*-

i^sax^^ééyyint cherdbier , madame Saulnier et

lui annoncer ,jen l'appelaat avec emphase :

Mfè ibeU^^mèrc y que son épouse la priait de

{lasser chez eUe pour upe affaire tThrconsé*

qmain. L» conteiiance de la veuve à l'aspect

4e son gendre, nous fit. bien voir quelespèce

d empire qu'on exerçait sur elle lui déplaisait

tjan.dfirxder point Toutefdis elle se leva, en

-balbutiant je nç ^sais quelle phrase, dans la*

<|aelle elle «exprimait la .crainte que sa fille ne

Jftt malade. « Non , mm , rassurez-irous , ma

faell0«>mère,.ç^nit le sot individu que cette

.dame avait pour gendre :Vest de mariage

ipi'il «'a^ Notre cousin , le notaire d'Arpa*

jon , vient d'arriver pour conclure , et vous savez que nous ne pouvons rien faire sans vous. Mon épouse voulait d'abord venir vous surprendre elle-même , et puis elle a pensé qu'il valait mieux que ce fût moi , parce qu'un homme , ça en impose toujours davantage. »

En achevant ces mots, le gendre de madame Saulnier fixait sur Desroches et ^ur moi des jeux qu'il essayait de rendre méchans. Le froid dédain avec lequel nous le regardâmes tous deux lui fit incontinent détourner la vue, et madame Saulnier, rassemblant son courage pour nous faire excuser les sottises que nous venions d'entendre , nous fit un adieu cor* dial , qu'elle termina en nous disant , comme

de coutume : « A demain , Messieurs ^ à de* main !»

Mais ce fut en vain que le lendemain nous vit , exacts au rendez-vous , parcourir triste* ment cette partie du Luxembourg dans laquelle nous nous réunissions toujours : la veuve ne vint pas; elle ne vint pas Iç surlendemain. Plusieurs jours s'écoulèrent encore , sans nous apporter de ses nouvelles. Ce fot

LES D£BNIER£S AMOURS. 197

alors que, voyant Tinquiétudè de M. Desroches parvenue à son comble, je crus devoir, pour fixer les déviations où son esprit s*égarait, lui apprendre ce que lapparition et les discours du gendre de madame Saulnier m'avaient révélé , savoir que cette dame était justement la mère de cette épicière méchante et rapace qui , quelques semaines auparavant , était venue réclamer de mon ministère un genre d'office auquel je n'avais point voulu prêter ma plume. Le portrait quelle m'avait fait de sa mère et de celui qui la fréquentait avait éloigné de mon esprit toute espèce de rapprochement entre la méprisable intrigue qu'on me signalait , et cette liaison aimable et pure qui existait entre mes deux amis; mais les roots de notaire , de mariage , et surtout celui d'Arpajon, prononcés par le gendre, déchirèrent le voile léger qui me cachait la vérité ; et je crus devoir instruire mon ami des précédens dont j'avais connaissance , ainsi que des injurieuses idées qu'on avait conçues à son sujet. J'ajoutai que probablement l'épicière n'ayant pu obtenir de madame Saulnier ]^ sacrifice d^ ses relations nouvelles, avait

1 98 LES Dnm^AES AMmi&ll,

exécuté lé fakïieûx projet cjuî dcff àît arraelier sa mère k ce qu'elle appdait ^ne séduction manifeste j et que stit)^dt>uté on âVaît entraîné la veuve à Arparjon , où bien cértAiiieitient on eomjptâit la retenir.

Cette dernière sUppositioti parut consoler nioii ami des mauvaises nouvelles que je ve* iidls de lui apprendre; il éprouvait un grand allégement à ses peines en pensant que la volonté de madame Saulniet^ était tout*à-fait étrangère à la longueur de son absence. Bien plus , les inquiétudes de madame fiadureau ne lui déplaisaient pas, en ce qu'elles lui donnaient lieu de supposer que sa chère, veuve avait refusé de le sacrifier.

Jeus lieu de reconnaître en cette occasion que Tamour est un prisme à travers leque^ les objets se revêtent toiQours de coukurs

brillantes , et que le cœur une fois âatis* fait s'embarrasse fort peu des inquiétudes de l'esprit.

«Vraiment, il faut convenir, dis-je à ce propos à M. Desroches, que vous avez une façon particulière d'envisager les choses, si

que je iwàsk d^ ^9m appr^adra

food yous déve?^ bbii p^ tiMT ^^'it xm^às^^^f^ 5a^fait:d« aayoiir madiinié Si^iilnier pnyéc^^ QH. ({uel^iie^orte, de sa libfii^té, et oiff eonvénoa^ par des enfans avidôsr; istit je* tous vromty m<Hi aiçi, que les^diffîimltés.qpui ne vieodraiii pas du cœur delà veuve, ne m^inqtiiàieiit que^^ fort peu. Grèce au ciel! mou. avocat me piv>vmi eafidi une ji|gt;ieft étfkta&te ^ uuietpiK)A)plâ issiie à' ce maudît procès;, qui' m'empêches dj» m'expiiqper. Ahr! cottbi^» j'aurai de plâi»r« à> Qoa^Dndre tous ess. ingrats^ eà les aecablaftlde bienfaits! Qm^ atoa' ami, je veus que les ^i£|fis, cpie les petits»-enfaxis , et jusqu'à la vieifie Babi, épncKUvent des r»jnQi«dft de. mouvoir méconnu, et bénissent le J0W où j'entrcT: rat dans laXamiHie.

» -^ A la bobine beuiMTj repris •< je alors , jkme à tpoiwer en noua cette noble ardeul*^ de ve9^[eanfC6; mais du moment .eu toutvioufl psomet une beuBSuse iosue, pourquoi n'^^ eririeZt'VOttS; pas à mi^ame Saulnier pour 1^^ mettre au e«uraht de votre position? Sintro

aOO liES DERNIERES AMOURS.

nous^ mon ami, la veuve oie peut ignorer vo^ sentimens. Que doit-elle penser du silence que vous gardez? Ignorant le cas tout particulier dans lequel vous vous trouvez , elle doit être blessée, ou du moins affligée par cette réserve; et ses réflexions à ce sujet sont peutêtre plus dangereuses pour vous que les ob-) sessions de sa fille. Allons, écrivez-lui ^^i vérité, vous le devez.

» — Non , certes , je n en ferai rien. Songez donc , mon cher Le Ragois , que je perdrais ainsi le fruit dune longue contrainte; ma déclaration peut être regardée comme un acte de prévoyance, tant que je n'^iurai pas gagné mon procès , et' ce n'est pas au moment où j'apprends à quels soupçons je suis en butte que je veux m exposer à prêter un corps à de vai** nés déclamations.

» — A la bonne heure. Mais tandis que vous reposez ici votre esprit sur un dénouement agréable , on n'oublie rien pour vous nuire là-bas. Vos assiduités silencieuses ont touché le cœur de la veuve ; mais elle se reproche peut-être ce qu elle doit considérer comme une faiblesse ; et la distraction , la rai«

ft.

LES D£RNI£R£S AMOURS. 20£

son et l'influence de sa fille , doivent effacer pTomptement le souvenir d'un homme qui semblé s être fait un jeu cruel d exciter, sans motif, le trouble dans une ame calme et tranquille. .

» — Oui, vous avet raison, reprit M. Desroches ^ je ne dois pas labandonner aux manœuvres de sa famille; je pars demain pour Ârpajon. Dites-moi , mon ami , ne vous semble-t-il pas que , dans Fimpossibilité où je suis de m expliquer ouvertement , ma présence doit indiquer à madame Saulnier une partie de mon secret, et la prémunir contre les engagemens que l'on pourrait exiger d'elle. »

Sachant ibrt bien que le grand art des conseillers est d'abonder toujours dans lavis dont on veut qu'ils soient^ et ne voyant d'ailleurs aucun inconvénient au voyage de mon ami , j'entrai dans son idée ; ^ais je l'invitai fort à éviter les regards delnadame Badureau , , ou du moins à se déguiser avant de paraître à ses yeux , s'il voulait éviter les scènes désagréables que cette espèce de virago était capable de lui foire.

« Gomment l'entendez-vous, me dit M. Des-

roches? J'arme, il est ^ai, uïie femitié esti* Aiablè , et je croîs àvôit Te plus g^amd intérêt à linre i^pprèchet* d'elle; rirais cet attachement a , èhéz moî, la mèsufé dfùî coriTÎferit à mon âge ; j'ai besoin de la yoir , je tâchefai dé Itii f>arler dans quelques ^roitféhàSeÀ ou autres Keux jïùblifcs; maïs soyci^ certain, mon atni, que je n'emploîferai poivt éek âfùcunè de cèà fina^catradès, afufcntmè de ces tixies dte jeuûe hôfnriiè qui côWïpto'rttettrarènt à là (ùH tnah caractère et le sien.

„ -:-Vous ne m*at^ê^ pas tomprià , riioti àtnr ; il he s agît point ici d'értiplo^er Tintrîgue, rnais il vous est permis d user d*titi pea d'adresse ^our déroutei* lenherhi. Madame Badùrêàu ne co'ïmâît pas votre personne , mais èilè à fehtendu parlet de votne habit; et là bohstance avec laquelle vous portez ce vieux drap marron depuis que vous habitez cfe quàr- •tler, fait suppbset* à tout le ihotide qii'e cet habit est en l[|iielqùe sbrte inhéreht à vottë individu ; en sôrife qiife ^i, corrlmé je Ife suppose, vous avez dans votive garde-ïobe un habit noir ou bleu, vous êtes assez déguise pour dépaper toul-à-fait madame Badureau.

ISS BEUNtàllES ÀMOtm& 2o3

i •''^ Ob ! bon eek ! j'avais àé^ pensé qu a janc la feriM Mileimôn 4e ne point parler mariage si i^ ne. gagne (non procès, Hen ne s opposait à ce (pue je reprisse f attitude dun homme aisé* le rais donc', dès ce soir, sortir de la sergetpi T'enveloppe , mon habh bteu saimond «t mes eulcues de drap de soie no&, et demain, mon cher Le Râgois, je cours à la redierche de ma Teuve. J ai bien encore jici quelques papiers à mettre en ordre pour mon avdcàt^ et quelques démarches à faire pour presser là décision de nion procès; mais je confieiâi tous ces soins à votrebonne amitié, et je partirai fart tranquille.

» — f A la bonne heure, repris-je, je me chargerai Volontiers de vous su^Iéèr au Pa*' lais; mais je demande, en récompense, une relation bien e^itacte de vos déihanshes auprès de la veuve. »

Tout cela convenu entre nous , je fos prendre aussitôt, dans la demenfe de M. Desroches, les papiers et les renseignemens qu'il iîcvaît me donner; je lui vis faire , avec une certaine complaisance , lembailage des beaux habits et des joyaun qui devaient égarer les

2o4 l^^ DKRNISAKS AMOURS.

idées de madame Badureau. J écoutai même , en ma qualité de confident ^ lenuméFatîon un peu longue des vertus et des qualités que possédait madame Saulnier , et je mè séparai de ce. brave homme en lui souHaitant tous les £uccès possibles dans ses dernfèces amours.

Plusieurs jours se passèrent après le dépact de Desroches , sans que j entendisse parler de lui ; j accusais déjà sa paresse , lorsque enfin je reçus une lettre datée d'Ai'pajonj je i ouvris avec un vif sentiment de curiosité, car je m'intéressais à cette liaison , bien plus qu aux étemels amours de jeunes gen^ dont j avais été souvent l'interprète : c'est qu'il y a toujours du personnel dans nos sensations, c'est quej'éprouvai^ un certain plaisir à penser qu'à soixante ans on pouvait encore être aimé. Mon malheur voulut qu'un miroir se trouvât placé, devant moi , dans le moment ou j'établissais une sorte de parité entre la personne de Desroches et la miepne ; pour la première fois , depuis plus de di|t ans, ie. m'y regardai pour m'y voir,, et je découvris, avec une surprise peu agréable, l'étrange changement que le tems avait opéré sur moi. Ma peau jaune et ridée ^

L£S DERNIERES AMOVBSt 2o5

mes yeux tant soit peu éraillés , mon nez barbouillé de tabac, et ma tournure tant soit peu grotesque, toutes ces vérités disgracieuses m'apparurent à la fois; elles vinrent chasser sans retour des illusions dangereuses, et je compris que Ion n avait le droit d'aimer que lorsque Ton pouvait prétendre à plaire.

Cette digression me fait souvenir que je n'ai point tracé le portrait de M. Desroch^ ; pour expier ma vaiîité sotte , je veux le placer à côté du nîien; j'engage même les vieillards , que l'exemple de mes amans sexagénaires pourrait inciter à contracter des nœux aussi doux , ^ à se bien demander, avant de faire aucune tentative, apquel de ces deux portraits ils ressemblent, et à ne s'avancer qu'autant qu'ils croiraient posséder . tous les avantages dom M. Desroches était pourvu. Qu'on se figure un de ces vieillards reposés, dont le teint frais, les dents saines et le regard franc garantissent à la fois la tempérance et la santé. Plutôt mince que gros, il se vantait, en plaisantant ^ d'avoir la jambe plus belle et mieux faite que la plupart des hommes d'à présent, et cette pr^

2ij6 LES D£RNIÈR£S AMOUR5.

tention était fondée ; aussi résistSak-il ée toHtes les forces de sa vatiité à la maftte des pantalons. Exempt d'ailleurs de toute espèce die préjugés, il avait adopté dans les nnodes ootivelles ceHei quiayaietitàéon âge; sa^tèfe^ dégarnie de die- Veux, était couverte d'une perruque ; rtais cettç perruque était griae, et se. trouvait ainsi en harmonie avec ses traits. Quelques atteintes de goutte, que son médeeiii avait qualifiées de lliuviatisnie , lui avaient rendu nécessaire pen* dànt un mois ou deux lé secours dune càhne.

Ges prémices d'iftfirraitéa avaient cédé aux tesscnxrces de lart; mais Désroches avait conservé sa cattme. « A quoi bon, disait-il, la dé-* poser pour la reprendre? à mon âge, dame nature ne nous donne que des jsursts : le ilial est suspendu hien plutôt que guéri, et son retour tiè me prendra pas sans défense. > Ce qui faisait surtout de ition ami Desl'oches le vieillard le plus avenant que j'aie jamais connu , •c'était cette extrême propreté qu*ii appelait la coquetterie de la Vieillesse. Uhabit vraiment râpé qui avait excité les caquets de madame Sadureau , devait aux efforts de là brosse , tien plus qu'à Taction du tems , son usune pré*

LES ]IÊIItï»^1t£S AMOUHS. 207

màlul'ëe; les bas , tes souliers, lé chu^yea^ d& ^ Desroches éeifiblaiefit toujours sortir de chei le Mdrehand; mm ïnige èlanc et bien pK^ M redoutait rien deS aspérités dune ÏHiAe qvLt le rasôiv afttaqBait touâ les jours ; . enfin , et* je ne saurais ntietix terminer son &àgè , M. I>esrocheâ était aussi bien consèrré, «russi aimable, aussi soigné dans toute sa pers<yn!ie que tàadame Sànlnier ciHe-meme.

'fit maintëtiatit que Ton <;0nilàît les analogies pliysiqiiés et morales qui existaient entre les lieux arhans , voyons par quels moyens M. Des* ïoelies vint à bout de renouer les fils que le départ de Madame Saulnier avait rompus binisquemeht.

^ Vous aviez bien raison, mon cher ami, - 9 iti'écrivait--il ; à quoi bon nîeç plus Ibng-tems h Hhe vérité qui fait mon bonheur ? Oui , je

» Sjiiis amoureux ! C>st de 1 amour que^ je

» ressens ; je l'ai retonnu aux transports , à » TivreSse dans laquelle ma jeté là vue de ma- » dame Saulniër ; c'est de lamoùr, je n'en sau- » rais douter, tion plus bt-ûlànt et impérieux 1) comme d^ns la force dé l'âge, mais tendre, » respectueux , et tel qu'on réprouve lorsque

2o8 LES DERNIERES AMOUBS.

» le cœur s'ouvre pour la première fois* aux » douces inspirations de la nature.»...

» Mais ce n est pas Tbistoire de mes senti- » mens que vous m aviez chargé de vous &ire; » excusez, mon ami , cet épanchement de mon

V cœur, et venons au récit des faits :

» Les deux ou trois premiers jours de mon « séjour ici s'écoulèrent tristement. J'eus beau » rôder et repasser vingt fois devant la mai- » son du notaire, je ne vis entrer ni sortir peî- « sonne qui ressemblât à ma veuve ^ çt les » fenêtres du premier étage ne s'ouvrirent utie

V seule fois que pour me donner le spectacle » du notaire d'Arpajon assis dans un lai^e

» fauteuil, et livrant à la main dun barbier . » la plus sotte figuré que j'aie jamais rencon- » trée. Il me fallut donc, mon ami, soupirer « après le dimanche ; j'étais bien siir que .ma« » dame Saulnier , exacte à remplir ses devoirs » (Te bonne chrétienne , se rendrait à l'église ?> ce jour-là ; en effet , mon ami , je la vis arri- » ver sur les neuf heures, accompagnée par » une femme , que son âge et sa* ressemblance ». avec la veuve me firent reconnaître pour * sa fille. Placé derrière un des piliers de Vé-

lils bernièrës amouhs. 209

» gUse, je pm les observer tout à mop aise * pendant le tj^ns que dura la grand messe, et » je crus remarquer, dirai-je avec chagrin, » que madame Saulnier était plus pâle qu'à » l'ordinaire. Plusieurs fois le hasard dirigea >• les yeux de la veuve de mon côté, et j'aurais » pu me faire reconnaître en profitant de ces » instans ; mais , dominé par une émotion mêlée » de crainte et de respect, je plaçai constam- » ment la colonne entre son regard et le mien. » Cependant la messe se termina, et Vidée » qu'ime semaine entière pouvait s écouler sans > qu'elle sût mon arrivée , releva mon courage >» au point que je mesurai ma sortie sur la » sienne j de manière à me trouver près du u bénitier au moment où elle s en approcha; » réunissant alors toutes mes forces, je trempai » le bout de mon doigt dans l'eau lustrale, et » le présentant à la veuve au moment où elle V avançait sa main blanche et potelée : « Mà- » dame, permettez, lui dis-je..... » Le son de » ma voix la fit tressaillir ; eHe ne put retenir , » une faible acclamation; heureusement, la »foiile, en s'écoulant, lavait séparée de sa » fille ; mais cette fille avait les yeux sur nous,.,

a 1 a ISS 0BftKl%RËSi AMOURS^

» Toutefois, mofk aimable veaw me^regsrda » avec une expreê$ion.d6jot€ et^dattmidviss^ M ment, dont 1^ sowioinr m'a^^te etme^oliariiid » encore au moment ouje tous éeria. Fendani « ce teros, madùie. Badurean ^tantr.iùppre*^ » chée dé sa mère, les rajoas^ de bonté. qui » venaient d'écbauifer mon coNir se «ont MCi-' » rés, et le visais de k iwuve a*eflt dëtmmé >» de raèi. Qu impoçte;, j'emportais du -bonheur » poui* toute ma vie! Mo» so«v«nir émit ton* 9 jours bien fif dans lesprii de(màdame^Sattl«* » nier; elle avait eu du plaiair à me voir, fpn n étais sûr; et le soir^ la retpôuriuit sup la » promenade publique, je via enoôiw ses jemi » me témoigpi^ry pas leur douce exprcasioB^ » que mes démarches ne lui dépkiaaient pas* » Toutefois, mon ami, je: me ^twfad: bien » d'approcher madame JBadureau ; oee argus y aux jeux durs me causait une peur eaui^èrae; » il me paraissait impossible qu'elle ne devinât » pas du premier coup d'œil^ en dépit de son » bel habit, le vteil amoureux de sa mère.

» L'impunité me donna pfais de oonfi«aee; I* et ces dames étant venues, le lendemain' et » les jours suivans, passer la soirée à la pro*

LES DERNIfiBES AMOURS. 2 1 1

* menade^jen tirai cette double conséquence : » que la mère n était point fôchée de me voir, » et qae la fiHe ne se doutait de rien , pnk- » qu'elle se' prêtait à nos fréquentes rencon- »' très. J osai donc, le troisième jour, venir » occuper une place sur le banc que la mère » et la fille avaient choisi^ mou^ arrivée inter« >» rompit u*i ettfretieu qui m'avait paru vif , » à* ertf juger par les gestes animés et le visage y» ^ feu de madame Beni^irean. Le désii* d'é- » pàrgtiér à madam>e Saulnieir une discussion » au moiriii dé^aeée m'avait donné 1 audace » de m'app^odieir d'elte; mmSy à peine as&i$^ » je sentis mon sang se porter vers mon ccewr; » uu frémissement lUè saiîsic^ et mes jeux ayani » rencofïtré Tinquisitif regard de madame Ba-^ » durcsiu , je me sentis rougir comme ntï cou- » pable; ' ^

» Un silence profond l'égna pendant quel- » ques instans; iHadafkie Badureau le rompit » la première, et, dHin ton aigreniout, eHe » parut vouloir chercher à égayer sa mère en » faisant qudques observations critiques sur » les promeneurs qui passaient devant nous* Mn- » dame Saulnier répondit avec laconisme; sa

» froideur inaccoutumée mlmposa tellement, >» que je n eusse pas trouvé ^ans mon cerveau ^ » une seule phrase pour entrer en conversation » avec elle , si madame Badureau n eût laissé » tomber son ombrelle; je me baissai pour la » ramasser , et , comme il me Ëdlut passer mon » bras devant la veuve, je lui fis des excuses, » quelle reçut avec tant de douceur que, la » glace une fois rompue, josai adresser aux » deux dames un de ces lieux communs par les- » quels on est convenu d'entamer Tentretien D-aVec des personnes étrangères. Il fut heureux » pour nous que madame Badureau n'eût au- N cun soupçon , car nos voix entrecoupées et 9 le non-sens de nos paroles auraient suffi » pour éclaircir ses doutes. Après avoir échangé » quelques phrases indifférentes, je commen- » cais à me ravoir, quand tout k coup madame » Badureau me demanda : « Ëtes-vous de ce j* pays-ci, Monsieur? — Non, Madame, lui » répondis-je en m'efTorçant de montrer de » Fà-plomb , je suis en visite chez un ami. » «Alors, désirant couper court aux questions » qui pouvaient devenir fort embarrassantes, ») je tirai de ma poche ma tabatière d'or, e(U

LES DERNIëRëS AMOÛfiâ. 2 1 3

» présentant à la veuve : « Madame , en prene2- » vous, lui dis*je? » Elle en prit une prise ; et, » poui*suivaiit sa course , ma main s'avança « vers la fille; celle-ci me refusa sèchement; » mais je vis ses yeux s arrêter sur le solitaire » assez beau qui brillait à mon petit doigt. De I « tels dehors ne pouvaient rappeler à son es- » pritThomme à Thabitrâpé; mais un instinct » secret lui fait redouter les vieillards; car , au » bout de quelques minutes, et justement dans » le moment où lentretien s'engageait fran* » chement entre la mère et moi, madame Ba* » dureau eut froid. La veuve lui offrit un » schall; alors elle eut peur de la pluie; elle » se souvint qu'elle avait des lettres à écrire ; » enfin elle épuisa tous les prétextes, et força » madame Saulnier à partir , non sans m'avoir » salué avec un doux sourire.

» Je demeurai long-tems à cette place qii elle x » venait d'abandonner , me rappelant ses moin- » dres mots , et puisant dans chacun une raison »» pour Faîraer davantage. Toutefois, je com- » pris que je devais être sobre de mes plaisirs , » si je voulais les voir durer; je me contentai y» donc, les deuxijours suivans, dé saluer la

» mèire et la fiUe, comme pour maintenir la

» connaissance; mais je ne les. abordai pas, et

> même j évitai de pi asseoir trc^.près'd^elles,

» heureu]^ de voir la femme que j'aimais, etde

» lui prouver par cette conduite ma déférence

» et mon attachemuent. Cette purulence ^ mon

» ami y me réussit au point cpie le troisième

^» ;^ur madame Badureauiiânt dUe«*nièmes«s-

» seoir avec sa mère sur le banc où j'étais déjà;

» le COBUT me battit fort , car tous saurez «pe,

» depuis ravant-veille, je portais sur moi une

» lettre par la({udle j'essayais d exprimer i h

» veuve combien j avais soitffert de son ab-

» sence; j'ajoutais que y malgré la douceur «pie

» je trouvais à la voir chaque Jour , Je souvwir

» de nos rencontres du Luxembourg me £usait

tK. trouver celles-ci bien tristes, et je finissais

» en conjurant madame Saulnîer de retommer

» à Paris, ou de permettre >que je pusse la

» rencontrer seule, afin d'esten^i^ de aa bou-

« che qu'elle ne jn^avait point rejtûré.son es-

» time, et d apprendre l'époque à laqueUeJt

» pouvais espérer le retour de^ hq.ure^ fortu-

» nées que j'avais passées près d elle.

• Le ..mot d'amo^ n'était point prononcé

LES DERNIÈRES AMOUBS. 2 1 5

» (kufis ce btflet; mais jayais permis à mon 9 amitié un langage si «tendre , qui! devait v-émoïKfoir te oorar de la^iKinre, en admet- ^ tant, ^mme JQsaî» m «n flatter, que ce oceur ^ fût fiivor^blem«nt4iis|)06é.

» Voilà donc cette aitnable areave assise sur to'lebanc-^eniare sa fille et moi; et vous voyex YidHcû leTieuK^FçcMitîiiant'd^^son gousset le i> billet^'ildéttrefiàire^paipireiiîràson'adresse, ;^ La chose n'était pas facile : point de sac à » oainrage/ipoint de petits paniers , aucune de »<€es m^se^QflQffces qiie les usages des dames of* • frènt aux amans; des po^^s , rien que

Y des'pochéfr! Saoorei si madame Sauhiier

» eût agi de concert <ili^c moi, j'aurais pu glis*

» ser «iir'leibanc.»<,.;'mtàis une place énorme

ir^vestaît vacante 0Mre-«ous deux ; comment

«•fiiiiieP Je m'y perdais. Ma foi, mon cher

•« ami , l'amour me fournit un moyen dont

^peut-être il riait lûi-méiae en me le suggé*

•cYant^ DftUft le ^moment ^ ces dames étaient

»'iWRiieft'^se placer à ûôté dé moi, je lisais la

Y'^ivs^r^/et^ifedaiit les «premiers bonjours ,

» j'«Taâs posé cette . £eittile sur mon genou,

9 (j^u'y a-t-il de nouyeauV l^n&icur, me dit

!il6 liES DERISIËRÉS AMOUBS.

» la vçuye en me désignant le journal ^— » h » ne sais, répondis-je; je commençais à }ire » lorsque vous êtes arrÎTées. Désirez-yous , » Madame , y jeter un coup d'oêSl , ajoutai-je » en lui présentant la Gazette ? — Volontiers, » Monsieur, » me dit-elle; et, tirant aussitôt ses » lunettes dé sa poche , elle déposa de mon » côté sur le banc les deux moitiés de letui de » chagrin qui les contenait. Je compris sur- » le-champ tout le parti que j en pouvais tirer;

'^ » et tandis que madame Saulnier lisait à sa » fille je ne sais quel événement tragique, ma » main introduisait furtivement dans le corps » de letui k lettre que j'avais écrite. Une seule » crainte me restait encore , c était de voir la » veuve livrer, sans le vouloir, mon secret à » son argus au moment où elle allait renfer- » mer ses lunettes. J'oubliais que les femmes » ont un certain regard de profil qui leur pe^ » met de voir, sans en avoir Fair , les choses M qui les intéressent. Madame Saulnier serra

* » ses lunettes en rougissant, mais avec tou- » tes les précautions nécessaires'; et, soit eu- » riosité^ ^oit prudence, elle ne tarda. pas à » abandonner la place.

LES DEaKIËRES AMOURS. 217

» Plu$ content , plus heureux cjue je nesau- «rais: dire, je retournai chez moi le cœur tout » rempli d^espérance; cependant, en vain me » rendi^je plus assidu ^ue jamais à la prome-* » nade, me flattant toujours c|[ue la veave, »^çh$ppant à Tobsession de sa fille, m'accor- » déliait un instati^ d entretien •* toujours cette » éte^iaelle fiUe était à son côté , et rien ne m'in- » diquait si madame Saiilnier était ou contente n ou fâchée ^e la liberté que j avais prise en » lui écrivant. : , ».

, f. Enfin , hier en me remettant la Gazette que » je lui prête chaqufe jour, elle me dit avec inten- » tion:« Les journaux sont maintenant #i vidés » de faits et si pleins de déclamations ^qail suf- » fit de les parcourir d'un clin d œil pour être ».au courant desévénemens; cependant^ette .» feuille fait exception, et je viens d'y voir un » jarticle quim a paru assez intéressant. -^Quel f article, ma mère, demanda madame Badu- » reau? » et tandis que la veuve lui faisait Tana- » lyse (le sa lecture , mon cœur battait sous la * bienheureuse Gazette ; car , en la serrant, j'a- » vais senti un billet cachédansses plis. Encou- » 'ra^é par cette preuve de cpndescendai).ce lit. ' 10,

2 1 8 LES BEBNIERES AMOCÔ5.

)*..etpar la bonne bumeiir dé ihadanie Badu* « reatL , j- osai offrir mon bras aux datn^ an r» moment où elles se Wèrent 9 onyoulut bien « accepter mes services, mais seulement jiisqu*à j» rentrée de la promenade. J'eus doUo eiiêore -« une fois le plaisir de i^rrir d*apptii ii Faima- » ble veuve. Certainement f jamais , dàiïs mes 9 jours de jeunesse, je n ai plus vivement senti » tout le charme attaché à lemplôl que je renier plissais. Soutenir et protéger ce qu'on aiiiie , » doit paraître plus doux en raison de la fai- > blesse de Fobjet aimé; et qui plus que ma- « dame Saulnier aurait besoin d un pPol^tKH;eui^^ » Livrée aux cakfnls mercenaii^es d une fdmille •tt intéressée, dans cet âge où Tesprit ainsi que ^ le corps tend à perdre quelque chose de son » ressort, il me semblait que j'étais appelé à « maintenir sies droits, à la rétaUtr dans sa » dignité de mère. En ce \ moment je rirus » que ma veuve se teposait - sur raôi avec v plus.de confiance et dabatidtin; et daùs un « transport de tendresse, je ne, pus nt'étrtpêcher » de serrer tendrement le bras «Jùelle avait «passé sou* le mien;-' je 'la sentis tressaillir » contre moi, éi cetilistâïit bù, confus,' at-

» tendriy j'osai par un regard solliciter le pai** '» don d'ane témérité qtiè je renouvelais en T»' même tems ; cet instant y mon cher Leragois-, » eut tottte la douceur, toute la fraîcheur d'im*- « pression que je retrouve seulement dans -le » souvenir de mes premières amours!

» Resté seul à la promenade, je cherchai le 1^- lieuje plus solitaire, ^ et ce fut là q^e je lus • avec un plaisir extrême le billet que j avais y trouvé dans la Gazette. Ce billet était ainsi

» conçu

« J ai été bien surprise , et pourquoi n ajou- » terais-je pas, Monsieur, que j'ai été bien » satisfaite de vous rencontrer en ces lieux ? Après cet aveu-là , il est peut-être ridiculef, » de la part d'une femme dé soixante ans, » d'ajouter que je ne saurais vous accorder « Tentrevue que vous demandez. Mais il faut J» bien que vous sachiez que je suis ici en tu- » telle. J'ai refusé, jusqu'à ce Jour, d'assurer V ma succession à mes petitsrenfiains, en faveur «> du mariage de ma petite-tille avec le fils du «notaire d'Arpajon ; et, comme ma réisistancé « est puisée dans ma tendresse pour cette » chère enfaiit, qui m*a cotifié quelle aime

-220 LES DERNIËRUS AMOUBS.

» ailleurs; cette :ré3istance doit être inébraiw «^ lable. J aj6ut;erdi que , pour mon» çompite, » je verrais av<ec , répugnance une jeune et n charmante fille entrer dans une famille qui » montre si peu de délicatesse dans ses re- « cherches. J'agirais déjà repris la routée de Pa-

' !^ ris, Êitiguée que je, ^uispau: les éternelles » attaques que je reçois , et plps encore peut- ^ être par les obséquieuses politesses dont on > m accable ; mais ma fille y voulant me ména- M gér une surprise agréable ^ a fait mettre des » peintres et des ouvriers dans mon logement

• " de Paris, qui, à vrai dire, n'avait pas grand » besoin de réparations. 11 me faut donc, bop » gré, mal gré, prolonger moji séjour icj.

i> Cette nécessité me chagrine sou$ plus d un M rapport. Dans4'impossibilité où je suis, Mon- V. sieur, de vous ^çcordér Fentretien que vous » pie demandez, je me plais à vous donner » une preuve de confiance en voiis mettant au » courant de la position dansjaquelle je me » trouve. Cette position me prescrit la plus »> grande réserve , mais vous devez compter p que rien ne saurait ébranler lestimé et la .j» conS|idération que j'ai pour vous. >»

' LES DËRIilËBES AMOUftS^ 2QI

» Le 9tyle de cette lettre était mesuré : on » voyait que la veuve en avait pesé toutes les » expressions; cependant. j en fiis satisfait: un » des privilèges de notre âge est . dé vouloir » estimer ce qu'on àime.> Ecrire était beaucoup 1» dans sa position^ et niadahie- Saulnier ne » pouvait pas s exprimer autrement avec uh 1* homme qui n'avait point encore établi net*- » tement'Ia nature de ses relations avec elle.

» Maintenant vous savez aussi bien que moi , » mon ami, les termes où j'en suis; ai-je bien. » ou mal fait de venir retrouver la veuve? en » cela comme en tout Févénement décidera.

» A parler franchement, j'ai tout lieu tle pèn- » ser que j'ai fait des progrès auprès de ma- » dame Saulnier , et qu elle a été fort touchée » de iftoh empressement à la rejoindre; en i- sorte que, si je dois gagner mon procès, ». j'aurai fort avancé mes affaires par ce voyage ; p mais , mon ami , si je le perds, je hie repen- ^ tir^i souvent d'être venu chercher? ici de » nouvelles raisons pour regretter toujours » luie personne à laquelle il me faudra re- » noncer. » ^ .

Fort peu de tems après que j'eus reçu cette *

32a UËS DERNIERES AMOURS.

kttre, révénement décida en fayeur du vQyage d'Arpajon : M. Desroches gagna son procès ) €t je le yia^ un beau matin , entrer chez moi radieux de bonheur. « Félicitez^moi , mè ditil en me sautant au cou, ah! mon cher Le Aagois, je n'aurais jamais cm que la fortune pût causer autant de plaisir! Grâce au cîçl, je puis^ donc enfin écouter la toix de mon cœur! je puis exprimer à madame Saulnier tout ce que je ressens pour elle !.;. Mon ami, je viens de lui écrire, ^^ sans avoir obtenu votre consentement, je vous ai placé en tiers dans Tentrevue que je la prie de m accorder aujourd'hui même au Jardin-des-Plantes.

» — Au Jardin-dès'-PIantes! pourquoi cela F demandai-je tout étonné.

» — Pardonnez, mon cher Le Ragtois; je suis si joyeux, si troublé, que j oubliais tota« lemènt que vous ignorez le dénouement de mon voyage à Arpajon. Apprenez donc que^ le jour même où je reconduisis ces dames jus-^ qua l'entrée de la promenade, je payai cher cette bonne fortune. Soit que madame Badureau eût surpris, entre moi et Taimable veuve, quelques regards d'înteUigence , ou que mon

tiS DBRNiÈilES AM0U»S. 3^3

bras, par une émotion $ympatique, eàt serré le sien en même tems que cèhii. de sa mère, il est certain quelle conçut quelques soupçons, car^ en armant au Ipgis^ son premier soin fut de demander la yieille Babi , et de la dépêcher sur mes traces. Vous devinez l'effet de cette reconnaissance; je n ai pu savoir les détails de l'explication à laqudle elle donna lieu à mon siiiet entre la meilkure des mères et la plus impérieuse diss filles; mais voici le billet qiil me fut rœiis, il y a deux jours, par un petit clerc, auquel madafll^ Saulnier l'avait confié ea partant pour Paris :

« Aumoment de retourner habiter le quartier » que vous fréquente^, permettez-mpi^ Mon- » sieur 9 de vous prier de renoncer à me ren- » contrer désormais^ si vous ne voulez aug* M menter les embarras dans' lesquels je me • trowv^ Ma!servante vous a reconnu ; et votre f séjour en ces lieux a donné lieu à desexpli* '<* cations infiniment désagréables entre ma fille » et moi. Cependant, Monsieur , c'est bien » moins à des préventions.étrangères qu'à ma » propre délicatesse que je crois devoir faire le » sacrifice d'une amitié, à laquelle il ne nmnque

224 LES DE&|(]EkR£S AMOUM.

» que vingt ou triente années de daté pour être » aussi respectable qu'elle ^st pure. Je tous » prie toutefois de croire que je observerai » toute ma me un souvenir fort doux des nio- » mens que j'ai, passés dans votre société, et » une vive reconnaissance pour les offres de » services que tous m'avez faites avec tant de » dévouement et de gén^osité f »

» Vous comprenez bien,, mon ami, ajouta M. Desroches , après que j>'eas lu cette lettre, que je ne restai pas long-tems à Arpajon quand j'eus appris que la.veutlPen était partie. Admirez un peu mon bonheur! j^arrivehier matin, et justement le jour où rb|i juge ici mon prQcès! En apprenant cettie:n6aT€J[lej je cours au tribunal, où je suis reccmnus> seul et légitime possesseur des cent vingt raille fnmcs qu'on me dispute depuis> deux ans : capital, intérêts, dépens^ j'ai tout gagné! Jan|»iB justice ne fut plus complète; mais ce n'était pas encore là le procès qui me tenait le ^lus à»

co&ûr. Cédant à mon impatience, j'échappe avec effort aux féliritations d'une foule de gens, et cours, rue Sain t-Hyaciàthe , porter , aux pieds de ma veuve, mon cœur, ma main

^t n^a fortune. Ici , mon cher ami , mes prospérités reçurent un échec, car je fus pbhgé . âlajpurner ma déclaration. Spus le prétexte ^éçi^ux que l'appartement de la veiive cçnserve encore une odeur de peinture , madame Badureaiji a trouyé Ici mojen^ de séquestrer sa n^èrie .çheab^elle, où personne ne peut rapprocher sans p^ss^r par Je magasiij de la pré«^ TO^^nte épicier^. Quel que fût mpi^ empress«îi^ent à -la voir /je ne voulus pas m exposer à jne commettre avec des enfans ex;aspérés contre moi, craignant de recevoir d*eux quelque iqjjire qui ne me permît pas dè'leSiVoijr par la suite,, avec la bienveillance et 1 amitié que je 5 désire leur ténioigner ! Je préférai dçue écrire à la veuve ; délirant cependant poii-; Yoir lire mon sort dans ses yeux au moment où jf lui dirai tput mon amour , et peut-être, voulant essayer mon empire sur elle , je n'ai parlé que d amitié dans qe billet, par lequel je prie madame S^tUnier, ,au liom de restime quelle prétend avoir pour moi, de. m accorder encore une entrevue, qui sera la dernière si elle persiste à m'interdîte sa présence, lorsque je lui aurai expliqué ce qui a pu , jus-

qu'à ce jour , lui paraître équivoque dans ma cenduice. Pour rassurer sa modestie , j-ajôute que notre ami commun f impatient de la revoir après une si longue absence ,. se Gourera au» jourd'hui même y ainsi que moi, au Jardin" des-Plantesy danà^^ la grande alUo, à quatre heures précises ; que je la conjure instamment de vouloir bien s*y fendre de son côté, et^ qu elle doit être assurée de trouver en moir fhommé le phis dévoué à son service et le phis^ soumis à ce quil lui plaira d'ordonner de s<msort.^

Après avoir entendu c^ réck , je promis à M. Desroches de me trouver chez lui jt trois heures sonnant ; mais une af&hre qui rtit survînt m empêcha d*étre aussi exact que je Feusse désiré, en sorte qu'il était bien près du quart lorsque j'arrivai jdevant sa porte. Je fe' trouvai au bas des degrés, son impatience ne lui permettant pas de rester en place; aussitôt qu'il m eut vu , il envoya son portier chercher une voiture, et s y élançant aussi lestement qu'un jeuiie homme j il cria au cocher*: a An lardin-des-Plantes, chez le restaurateur de la griUe du bord de l'eau. «Gomme je m'étonnais

us D£RNlàà£S AMOURS. 227

4é hii eiuendre donner cette indication ; « Yotis conç^^ei pourtant bien y ine dii^-il , que îeine pvi» jBQ'expliquer ^ public; aussi, f ai ch^si tout etxprès Fheure du dîiier de madame Saqlnier, qui, san^ doute , aura {Mréléxjté ^ pour sortir, une invitation chez une amie. »

IJKMis €Oiipigkiiiaudàme$ doQC> en arrivant un repas délicat^ et nom eàmes grand soin df r^t^îr un cabine^ particulier ;pui$ , nous nous ri^dimes ensuile au lieu dif rendez«>vous, où Aous noua promenantes pendant trois quarts d'heure à peu près, sans voir arriver notre veuve. C'est alors que ]e pus encore u^e fois Remarquer qufe lamour produit à tout âge les H^mes effeM. Crainte, désir, espoir, impa<f lienee ^ découragement. Desroches épuisatous ces sçlitimens dans un court "espace de tems* II en était au désespoir , et répétait pour Jk troisième fois : « Elle#ie viendra pas !,..... Elle ^e ma jamais aimé , puisqu'elle a pu me réfusçr cette marque de son estime !.... » lors* q\ie nous ajdrç&mes > à l'extrémité de Tallée , fine fçmme enveloppée dans se3 cotffes. Assurément l'amour renouvelle^^les sens, puisque M« Desroches, quoique bien plus myope que

Mê £ES DÊR^IëKES AMOtJRS^^

moi , s*écria tout à coup : C^esi elle !„:. Je le vîà pâlir ^n' disant ces niots, et jc^ sentis Son bras treml^ler j mais^ it employa le trajet qim nous fîmes, pour jointiré madame Sauhiièr^ à raffermie sa conteBâhce^ et ee -fiit dé bonne grâce qu'il s^ayança vers elle t « Ahl Madame, que de bontés , lui dit-il, et eomfi^eiit tous prouver ma reconnaissance P ^f^ Puis, bl^^nt ce discours qui embarrassait trop évidemment la veuve : « Voici^àjlmta-^il, tandis que je fàisais mes isalutadons , voici une àncièmie cou* naissance qui srvait^ ainsi que mjoi, le plus grapd désir^ de vpu* revoir.» Cette ouverture amena Tentretien sûr nos reneontres du Luxembourg 5 c était -marcher au but d*iHi4 manière détournée, que de réveiller chez la veuve dés souvenirs aussi agréables. Nous nous promenâmes pendant quelques iiistànSj en devisant sur le passé , et madame Saulnier commençait à reprendre un peu d assurance, lorsque Desroches dit enfifi ^« Jai tellement compté sur votre complaisance,** que j ai pris là liberté ^d|p foire préparer ici près un léget repas j et je croii qu'il est téms de prendre possession de notte cabinet, siiious iie vou* Ions pas qu'on en disposCi^

tl&S DEAmÈREâ AMOURS. 229,

En énten<)aiît ces mot», notre modeste teuve parut plus déconcertée ({ue jatnais :

«En vérité, Monsieur, dît-elle en hésitant, TOUS n auriez pas dû exiger de moi liiîe teHe niarque de confiance, et je sètts tjué j'ai tort d'avoir déféré à votre prière...' fusqua ce jour , je n'avais jamais, Dieu merci , donné prise à la médisance j et je crois qu il est mal-adroit de se compromettre à mon âge. — Je serais pénétré par de pareils reproches si je croyais les mériter, répondit mon aq|i^mais je me sens tont*à-fait rassuré par la pureté de mes intentions, et par Timpossibilité de vous entretenir chez vous. »

En ce moment nous entrions chez le restaurateur ; on nous fit monter au premiei* étage ,^ on nous ouvrit une petite chahibre où notre couvert était mis, et la porte fut à peine refermée sur lious, que'Desroches reprit la parole avec cet air de franchise qui lui était propre et cet accent de sensibilité qui part d un cœur 'vraiment touché :

« Maintenant, chère Madame, permettez* ihoi, dit-il en la conduisant vers un siège, de dissiper promptement vos ' scrupules j voîus

23o LES omNikiiï» AMOUmS.

c0Riiai^ez mon caractère et ma petaônnei j'ai fionante-tifois âm, six à s^t mille Jranics de rentes 9 main t^^Eiaiit clairet et liquides, et je possède avec cela uq tomt bien plus jeu&e ^e mol,' car je yous aime,M.. Oui, je vous aime^ en vérité^ comme si je navai^^que trente ans; et si vous dai|§[nez accepter ma niain , ma vieillesse va devenir le plus heureux tems de ma vie ! >»

 la fois confuse et charmée y la v^ve écouta cç discq|irs les yeux baissés , la rougeur sur le front, mais elle ne retira, pas sa maia que M« Deisrocbes avait prise : « Hélas! Mon* sieur , répondit-elle enfin en poussant un prof fond soupir, votre proposition me touche; i^Ue m'honore, assurément.. Mais le monde, notre âge...^ Ne craignez-vous paa qu'on ne dise !...•

» — On dira tout ce qu'on voudra, interrompit ici M. Desroches, notre &ge na que i^ire ici, et si Famour ne sous trouve pas trop vieux pour lui , ce n est pas à nous à le trouvei trop jeune pour nous ! »

La modestie de notre veuve voulut capi* tiiWr encore pendant quelques instans : « Vrai-

LES ]iJS&NI£&E$ A]l|aURS. 3^1 :

mtxatjMtm&ieutyje siiî& sensible à cette prtuve^ de votre estime, réprit-eUe , mais je ne saurais ▼otis donner une réponse immédiate; je reàg* r»i , je réfléchirai !.#.^ -r- Réfiéchk* ! y songez* t^oittbien, Madame, $*écria Desroches aussitôt, réfléchir Lr. cela peu^tre bon pour h.

jeunesse; m^is, quant à^nous, nous n avons' pas le t^»!.... »

JLâ raive ^t apparemm^it frappée par 4a justesse dé cette observation; et laissant de d6té les vainâ déguisemens : « Vous avez raiso4^, lui dit«eUe , ce n est pas à nos âges qu'cm doit placer son bonheur dans l'avenir f et je me re|HX>che, d'ailleurs^ de manquer de franchise avec un homme tel que vous. Vous me dites que vous m aimez, eh bien, Monsieur, je sens que je vous aime aussi!.... voici ma main, disposez^ji conmie d*un bien qui vous appartient. »

Obéissant à cette aimable veuve, Desroches couvrit de baisers cette main qu'on lui accordait, et moi, spectateur attendri du bonheur de mes deux amis, je mêlai mes félicitations' à celles qu'ils se faisaient mutuellement.

Le -dîner vint fort à propos donner quel-

232 LES DfiRNlEK^S AMOUBS.

{fa,e relâche à nos esprits; tout en mangeant, BOUS essayâmes de parler raison^ et ce fut alors que M. Desroches apprit à sa future compagne les motifs qui avaient retenu jusqu'à ce jour Faveu qu'il venait de lui fair«. Cette estimable dame oublia Jie chagrin que ce silence lui avait causée en trouvant, daos la réserve qu'il avait observée, un nouveau motif pour estimer; M, Desroches. Entourage par l'aménité de la veuve, j'osai lui demander depuis combien de tems elle aimait mon ami. « Mais , à vrai dire , répondit-elle en rougissant, je crains d'avoir commencé la pre^* mière ; c'est un mérite que je voudrais pouvpir laisser à M. Desroches. Au reste , ajouta-trelle, je n'aurais sans doute jamais songé à m'interr.oger sur la nature de tnes sentimens, si ma fille n'était venue me donner l'éveil par ses craintes et ses reproches.

» — C'est justement aussi mon fripon de neveu qui m'a aidé à démêler ce qui se passait dans mon cœur, reprit M. Desroches ^ et vraiment il est fort étrange que les gens intéressés à nous séparer nous aient fait penser: l'un à Lautre. »

Apre» avoir devisé sur ce. point et reconnu que la persécution, et les obstacles sont des assaiisoiineiçens merveilleux pour exalter les sentimens , madame Saulnier nous apprit combien elle avait été affectée du silence que M. Desroches avait gardé, au milieu de ses erapressemens y sur les intentions qu^il avait à son égard. « Je ne savais, dit-elle, à quoi je devais îtttribuer cette réserve , à laquelle votre voyage à Arpajon donnait un caractère plus éqùivdquç. Vous étiez libre ; j étais veuve ; vous m'écrivieai..... et pas un mot dé mariage! Je mè promis tVêtre plus circonspecte avec vous 4 et •toutefois je permis encore à ma faiblesse un Mliet qiii devait, à ce qu'il me semblait, vous fbt*cer à parler bu à vbiis retirer; mais je n^eus pas le temsr de réijevoir votre réponse, car Babi vous reconnut sur ces entrefaites, et ma fille me fit essuyer une scène, danis laquelle elle abusa de ma situation, au point de m'oblîgef, en quelque sorte, à lui promettre de nre plus vous révoir. J'y cbnseritîs dlautant plus aisément que j'étais huifhiliée par mes réflexions plus encore que par ses reproches; car, tandis qu'elle m accùimit de prêter,

234 hBS l>£RNlàR£5 AMi^ftS^

une oreille trop éomplàisante à des propositions de mariage, il fallait, bien m'avouer à moi-même que j^ n'avais pas même cette ex* cuse de céder aux-vœux d\in honnêtciiiomme, et que j avais Tindigne faiblesse daimer à soixante ans, sans espoir de retour. Ce fut un effort de raison et le besoin de recônqué* rir ma prc^re estime, qui m obligea à rompre avec vous tout commerce; je promis de plus à ma fille d'assurer tout mon bien à ses enfans, à la seule condition que ma petite-fiUiB ferait un mariage qui ne contrarierait pas ses inclinations. De si sages résolutions niérîtaieiit d'être mieux suivies ; mais , Tavouerai^je , je lés sentis s'anéantir subitement au laOïnent ou je reçus votre billet; ce billet étuît assez clair pour ne pas me laisser le moiiuire doute sur le sujet de la conférence que vom me deman^ diez. J'hésitai un instant sur ée que je devais vous répondre; une fois décidée à accoter votre main , je me sentais la force de vous te* cevoir aux yeuiç de tous, et je pris la plume pour vous écrire que je vous attenchis... Mais, par malheur, j'ignorais voire adresse; il me fallut donc terminer ^nsi q[ue j'avais corn*

mencé, et prélader par une dernière inconséquence à 1 action la plus sérieuse que Ton puisse faire. De là naquit cet embarras que vous ayez dû remarquer dans nion abord, de là venait aus^ mon hésitation à vous répondre^ j*étais sûre de mon cfieur, et ne prétendais pas vous en dissimuler les sentimensf mais, je lAvoue, ce n est point dans uq pareil lieu que j'eusse voulu accepter le titre de votre femme, et m*en^ager à vous consacrer le reste.de ma vie, »

Cette tendre conclusion termina le récit de naadame Saulnier^ récit qui porta à son cmn* hle la joie et le bonheur de M. Desroche&. Il peignit sa reconnaissance avec des e^^pre^ions d^ tendresse qui rdiaussèr^it le coloris de notre aimable veuve. Pe^^étre des indiffprens auraienti*ils pu trouver moyen de railler en écoutant ces deux amans s^agénaires; mais il éjtait impossible de n'être pas; touché quand oji les regardait. Leurs aimables et belles figures exprimaient ^ergi^uement le sentimentqu'ils épi*<i^vaient ; cependant on seiilait don&sé-f metit qail y ayait quelque peu dlm^prudence d^ l^r pigrl à s'attacher 4 fortement à la vie,

a36 LES DERNIÈRES AMOURS.

^u moment où loti doit commencer à songer qu*il faudra la quitter.

Au reste, mes deux vieux amis jouissaient du bonheur présent sans rien disputer à lave^ nir; car ils parlaient hautenient de leur âge, ainsi que des tendres secours qu ils se donneraient Fun à l'autre, et cet amour, tempéré de sagesse , me rappelait ces brillantes soirées

' d'automne où le soleil se pare de tous ses feux avanl de. disparaître à nos regards.

Déjà, depuis deux heures, nous causions bien tranquillement, les coudes appuyés sur la table; déjà nous avions posé les bases du contrat par lequel M. Desroches s^proposait d assurer mille écus dé douaire à madame Saulnier , réservant pour son tieyeu le -reste de sa succession. Il avait été convenu de plus que, poux' mieux disposer âa fille ^ madame Saulnier assurerait son bien à ses pelits^nfans avant de Idi annoncer son mariage. En ce moment^ un des garçons du traiteur vint avertir M. Desroches quie quelqu'un désirait l'entretenir dans la chambre voisine. Il sot tit aussitôt^ nous laissant former des conjectures sur cette singulière interruption , que j'attribuais à quel*

LES DERÎJIÈRES AMOURS. 287

que homme d'affaires qui , sans doute, avait à lui parler au sujet de la .liquidation de son procès. Madame Saulnier m*objecta qu'assurémeiit M. Desroches n avait dit à personne qua mçi le lieu où il comptait la rencontrer; mais je yne ressouvins, à ce propos , que le portier devait avoir entendu Tordre. donné au cocher qui nous avait amenés , et je ne doutai pas que cet homme n'eût , par un bon motif, indiqué lendroit où Ton devait trouver M. Desrpches.

Au reste, il parut bientôt démon tr/ que fnadame Saulnier n avait pas été plus habile que lui à dissimuler son secret; car, au moment où lions nous perdions en suppos|tion$, ujcie femme, ou plutôt une véritable furie, se précipita dans le cabinet, A son aspect inattendu , la pauvre veuve ne put retenir un cri d'effroi ; et certes il n'était pas besoin d'avoir son caractère doux et craintif pour reculer involontairement devant madame Badureau.

Ses jeux enflan^més de cpurroux , sa figure et àes vétemens en désordre , ses gestes brusques et sa voix tremblante , lui donnaient l'air d'une " folle dans un 'de ses accès, plutôt que d'iipe personne raisonnable.

238 LES DERNIEKES AMOURS.

« C'est donc ainsi , ma mère ^ dît-elle après un instant de silence , pendant lequel la veuve, consternée, avait tremblé sous le regard dur et méchant de cette fille impitoyable; c'est donc ainsi que vous m avez indignement trompée , et cette affaire si importante n était qViy rendez- vous d'amour !... à votre âge... en vérité, je rougis!...

» — Apparemment vous rougissez. Madame, dis-je, croyant devoir interrompre l'inconvenante période dans laquelle madame Badureau s'engageait ; apparemment v^us rougissez du langage choquant que vousosez tenir à votre mère. »

Fort étonnée en me reconnaissant /madame Badureau resta d'abord muette ; mais un coup d'œil lui ayaiit fait apercevoir trois couverts mis et une place vacante devant la table, elk comprit parfaitement Fespèce de rôle secondaire que je jouais dans cette af^Tàire; et ses yeux lançant des éclairs, elle me répondit en affectant le ton du plus profond dédain.

« Il vous sied bien d'oser me donner des leçons, à vous qui avez abusé de ma confiance au point d'aider je ne sais quel intrigant à

lES DERNIÈRES AMOURS. 289

détourner une femme estimable dé ses devoirs et de la tendresse t|u elle doit aux siens^» Ën^ce moment^ madame Sauliiier^ ayant repris (juelque courage, éleva sur sa fille un regard sévère. « Contenez-vous, ma fille, lui dît-elle, et tâchez de recueillir votre raison si T^s désirez obtenir de moi Texplicâtion -que je^eut'bîen vous donner.

' » — • Il me seihble, repris-je, encouragé par t'attîtude que la veuve venait de prendre , il itte semble qu'à, rage de madame Saulnier, on a le droit de disposer de sa personne et de -^on bien ; mais vous , Madame , quel droit vou^ aiitorise à 1 empêcher de suivre les mouvemens de son cœur? et quel égoîsme honteux Vous porte à oublier les convenances jusqu'à adresser à votre mère des leçons que vous devriez réserver pour votre fille.

» — ' Eh bien ! ma mère , eh bien ! vous entendez comme on me traité ? s écria madame Baditlreau ,- plus exaspérée que jamais; vous vé^ex qtf bn avoue les indignes projets dont vous allez devenir la victime, et éépëndànt TOUS gardez le silence !

» — Ma &Ue , répondit tristement la veuve ,

24o LES DERNIERES AMOURS.

ce silence est Tunique vengeance que je veuille tirer de vous; mortellement blessée par votre procédé, je souffre et je me tais : la plainte ne sied pas dans la bouche d une mère. »

Je voulus raipener madame Badureau à des idées plus calmes en lui faisant comprendre que rhomme qui allait épouser sa mère possédait lame la plus belle et le carac^re le plus désintéressé; mais au seul mot de mariage son courroux s'exalta si fort, quil me fut impossible de terminer mon explication. ]Les noms de séducteur , d'intrigant et de miséra}>Ie , s*écoulaient de sa bouche cotpme de source; et sa voix, s élevant à mesure que les passions la jetaient hors d elle-même, parvint aux oreilles de M. Desroches, qui conférait daps la pièce voisine.

Il parut tout à coup à Fentrée de la chambre; sa figure é(ait grave et calme, ffon. maintien plein de dignité.^ Qpi donc ose troubkr votre repos, dit-il en adressant la .parole à la veuve ; et quel motif assez pr^ssanf à pu ppusser^ madame à venir vous chercher ici? »

Le ton impérieux dont cette question fut faite confondit un instant les ijlées de. ma-

LES BËHNIËEES AMOURS. 2 4 C

daiQÇ Ba^^r^eau, et sa ir^ère^ji^jondit avec un ton conciliant :. * C'est ma.fiik,' Monsieur. — - Votre. fille! Ma,d^me;. ph i^qç^, je ^pe yeux pas le çroir^e. Il n esl pas;dap& 1^ nature <{ue la fille (1 u])e mère telle ,qu^ tou^ soi^Jie au point d'épier yqs< actions , de blâmer yptre conduite , au point dosier enfin élever devant vous une Toix altière et menaçante. V ; . .; ,; Exaspérée par qette f^ensure,. n^adame Badureau reporta sa colèire si^jç. celui (jui, depuis Ip^-temSi ét£^it l'objet de Sî^liajLne et de son mépris;, en yaip sa mère répétait- elle : « Modérez-vous, pija fille,» lef payions Tempeçhjaient d'eati^dre';,^ r^.: Çc [fut après aypir épuisé le reproche, et loAif i*fi^ ^^^'çlle ton^^ sur une clfa^^ commç eitçédée de ^n empor • tement. ^ j

Ept cemoçi^^nt la tepdresf ^rinAt^rnelle brUla dans tout son jour^ ce^e^èr^ p£fensée, ou-r bliant son ressentimei^t , tourria yers M. Des* roches des jeux ten4res et sujipl^i^s , et lui montrant sa.fiUe ^. « Excusp^l^i^ di|r^lle , elle est vive, emportée, mai^ eUe ip'aiiiie au fond, et quand elle pourra compi;^di*e toute l'étendue de son injustice ^ elle sera bieti i^alheureuse ! m. 1 1

« — Hélas ! Madame , répondit froidement Desroches, je ne ressens que pour vous, je TOUS jure, les outrages de votre fille, et bien loin de lui en vouloir, je comjiatis aux chagrins, aux remoi^ds profonds qui vont Taccabler dans Tinstaiit où elle apprendra les malheurjeuses conséquences de la conduite qu'elle a tenue à votre égard.

T, — Que voulèt^vôus dire ? demanda madame Sâulhier avec inquiétude.

» ^^ Que signifie ceci P disait en même tems madame Badureau avec un reste d arrogance»

« •— Cela sigf^fie que le ciel est juste lorsqu'il punit 'par la maih dès éhfiins les fautes è[ue les enfiitis' ôDt commises, reprit M. Desrocbés en infiposant à ses paroles une force. et un poids dont je tressaillis moi-même comme Si i*eusse été coupable. Gela signifié , MiEidàme, que dàtis le téms où vous venezl d!une façon si 'déplacée j^rbùblef là tranquillité dé votre thère, en* voUs opposant à rùniôn 4a plus honorable, j'ôwe le'dftrè, ùh jeune fdii, ixn véritablé sédUctètirvW ^bfité'de votre absence poùt* Vous enlbvér^v^ol^è fitlé.

* -0- Grand Dieu ! s*il était vrai î.. Dieu ! qu«

m'apprett!e2*Touà ? dir^t , (sn même teras les fii^iuc féminins, »

.. ; , Ici I9. d0ul9ttl! 4e .madone Badurea» chaagea t0u^4ait d^. siÂtttre $ son orgueil iht l)risé<60us le poids d'iuae telle calamité; des torrens de lariaes sorùi:ent de ses yeux, et ce fut avec ï^îpçent le plus déchirant qu'elle s'écria en éle^ yapt $(çs lN?as au ciel <; «Hélas! jtpie devenir? qi^.fili^e^ Manière V nia fille, tout ce que îlftiiBais m'abàndpniie!.<.é :

» «-* Moi,, t( abandonner^ mon enfant, jaïïmhi ja^fiais , s écria la veiiTe en courant pren* dre sa fille dans ses bras.

»— Ah! ma mère, j'en mourrai..*.. Sans dpu^ ^0 est perdue , déshonorée.....

. » — ! Non , : Madame , rassurez <- tous , tout l^eUf encore; îse réparer, dit M. DèsTOches en s^ppi*octiaj3ft d*eUé;!celu qui profitade votre séjour.à.Afpaîon pour^ s'étaU^r dans le cœur de votre fille, cet amànr téméraire qui, pen«* <i^iït viotreabs^nde^ a dsé:irous[ rénièvw au* joisrd'hiri y c'est indn neveu. Sans doute U : doit yôUs sembler bicn< icbùpable, et je n'essaierai pias.de l'eiH^user ; ^eejpf^ndaat il ja de l'honneur, il aime véritablement, c^ U |i ûi respecter

^44 I^^ I^RNIÈRES AMOURS;

votre fille^ c^eàt en mes niains^ qa'il'est aecouru la remettre au sortir de vo^b maison , prévoyant qu'après ^^tte^ckûdre il ne trouverait plus dobstaçle dé votre côté ni du mien; Il a bien calculé pour ce qui m^^chiii^êxrne) et ce m'est nn })otiheur^que de voit se multiplier les liens qui itrattatiliieEnt à votre £autiiUe. Jai six miti|8 ifrancs de >r^t«iv salis compter ma pension dfi i^ekraite. J'assùr(e>à vôWe'mère mille écus de douaire^ le reste doit à|>pàrtënis un jour à môtt neveo; 'dites UÂ-ihoty Madame j et n]|a^t fortune! entière resterai 'dains votre famille. ^ : '•» ^^ ' =•<' - '''

* — Dans quelle conftrsion Vous me jetez par vos procédés généreux^ dit enfin d'une voix confuse madame Badureau iHi' relevant sa teteq^i,^ 'pendant -cette] eKpKcatidn^ létait restée cachéesd^^ns lé sein-de sà^ ilièpè':>h0as! pourrez •» voùsTJamais' pardonner jet ma^ conduite et mes i soupçons?- - î' '

» -r^/Oui,' r«prtt :>DesrQcheB db'SorUiiant^'je ferai ^cetJdFort^inaîs il metfint'cléin^EME^ipôijé clémeni^ei; fioii6^n^4»bs; ici près <d6uki€^^ enfans'qài «r'attendenk^f^^uaicitiot |M>ikr venir tomber à vos piéds« > Jî uj )■ '. '.j*

» •— Ah ! ne me parlez pas pour une fille ingrate; quelle se marie, j'y consens, mais je ne veux plus la revoir.

» — ^ Au contraire, Madame, vous allez lui ouvrir vos bras tout de suite; songez donc que votre cdlère instruirait le public de sa faute..... et de la vôtre..... »

En achevant ces mots. Desroches fit un signe , et nous vîmes entrer nos jeunes amou* reux. Aglaé courut se jeter à deux genoux devant sa mère , qui la repoussa , pour la forme , et la serra bientôt contre son cœur; tandis qu*Edmond sautait au cou du bon Desroches, et répétait, ivre de joie : « Quel bonheur^ mon cher oncle, nous voilà tous contens , nous voilà tous d accord , et nous célébrerons nos deux noces ensemble !»

FIN DU TaOISIÈME ET DERNIER VOLUME.

OuyJÊtAGES composcLnt la Collection des Mœmr^/ran^ çaises , anglaises , italiennes , ^ etc,\ qui se trfâfuent cheetPiLLST aine ^ imprimeur-* libraire y rue des Grands^ Augustins ^ n"" n '

MOeUBS FRANÇAISES.

L'Hermite de la CShaassëe<-d'Antin , ou Observations sur les mœurs et usages des Parisiens au commencement du XIX' siècle ; par M. de Jouy ^ membro de r Académie française. Cinq forts vol. in-ia , or-^ nés de la jolies graV. et de fleurons. Prix. 18—75

Le même , cinq vol. in-8°. Prix 3o — o

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Guillaume le Franc-Parleur, ou Observations sur les mœurs , etc. ; faisant suite à THermite de la Chaussée-d*Ântin , et par le même auteur. Devix vol. in 1 3 ^ ornés de 4 jolies grav. et de fleurons. Prix. 7'--5o Le même , deux vol. in-8^. Prix 12—0

L' Hermite de la Guiane, ou Observations sur les mœurs françaises, 'etc.; faisant suite à THermite de la Qiaussée-a Antin et au Fi^nc-Parleur , et par le même auteur. Trois vol. in-ia, ornés de 6 jolies gravures

et de fleurons. Prix 11 — a5

Le même, trois vol. in-S^.Prix i8— o

L*Hermite en Province (suite de l 'Her m i te de la CUaussée-d'Antin, etc. ), par M. de Jouy, etc. ; sept vol. in-t2 y ornés de gravures , cartes et vignettes.

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Le même , sept volumes in-8". Prix . . 4a— o

La Morale appliquée à la politique, pour servir d'inlrrtduction aux Observations sur les mœurs françaises au XIX«-siècle ; parM. de Jouy. Orncedu portrait de l'auteur. Deux volumes in-ia. Prix. ..... 7 — 5o

La même , deux vol. ia-8<» 19 — o

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Le Bonhomme , ou Observations sur les mœurs et usages parisiens, par M. de Rougemont. Suite du Rôdeur. Un vol. m-ia, orné de deux jolies gravures et de vignettes. PAx 3 — 75

Le même, in-8°. Prix. . . 6 — o

Papier vélin .... . la — o

L^Hermite du Faubourg Saint-Germain, ou Obser. valions sur les mœurs et usages ^<&%^^rvi\^sù&^\x

commencement du XIX' »ècle j faisigit suite à la Colleotion des M leurs françaises de M- de Jouy; v>s^ M. Colnet, auteur de l'Jrl deDineren Ville, Deux volumes in-ia , ornes de gravures^ vignettes et culs-de-lampe dessinés et gravés par d^aabiles

artistes. Prix ...... «.... 7 — 5o

. Le même ouvrage, deux volumes in - 8**, figures

* premières épreuves.». ^ .12—0

Papier vélin •. . . . ^ . . . . 34—0

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