‹ L'écueil démocratique [microforme]Chapitre 12 sur 20 · Cf. Meyer, ouv. cit. T. II, n. n · texte numérisé non relu

Cf. Meyer, ouv. cit. T. II, n. n

7.— Nous songeons ici tout particulièrement à l'Irlande, victime d'une si longue oppression, et à la Pologne, dont les fils, au dire de Léon XIII, ‘‘eurent l'honneur, dans de remarquables combats, d'opposer, parmi les premiers, le rempart de leurs poitrines aux attaques d'ennemis redoutables du nom chrétien” (encycl. Caritatis, 1894). Le sort politique de l’Alsace-Lorraine semble, d'ores et déjà, définitivement réglé.

C’est dans ces divers sens, et non d’une façon absolue, qu'il est permis de revendiquer le droit, si hautement proclamé de nos jours, pour les peuples, de disposer d’eux-mêmes, et de forger de leurs mains leur fortune.

Les peuples n'ont donc pas le droit, pour réaliser leurs voeux et leurs rêves même les plus légitimes, de bouleverser par l& violence l'économie politique du monde. Et des pouvoirs étrangers, quel qu’en soit le nom, et quel qu’en soit le but, ne sont pas, non plus, justifiables d’attiser dans l’âme de ces peuples la flamme révolutionnaire.

La philosophie chrétienne reconnaît à un Etat victorieux, au sortir d’une guerre où sa cause était juste, et qui lui a coûté d'énormes sacrifices, le droit d'exiger des compensations et des garanties. “Un peuple vainqueur dans une guerre juste, dit Tapparelli, (8) pourra quelquefois, enlever, non aux individus, mais à la société vaincue, son existence indépendante: cest le droit de conquête. Il pourra quelquefois diminuer sa population en l'obligeant de combattre avec lui. Il pourra envahir son territoire et la priver de ses forteresses. Il pourra aussi la soumettre à un tribut et mettre des entraves à son commerce. Et comme la personne qui gouverne a une grande influence sur les destinées d’un peuple, on pourra quelquefois changer ou la dynastie ou méme la forme de gouvernement; dans certains cas, ce moyen peut être aussi juste qu’efficace. C'est évidemment d’après les circonstances, qui peuvent varier à l'infini, qu'on devra déterminer l'usage de ces différents moyens. La règle à suivre peut être ainsi formulée: obtenir pour la nation lésée et innocente le plus de garanties possibles, en causant le moins de dommage possible à la nation coupable et vaincue.” (9)

Voilà ce qui, d’après d’éminents publicistes, est permis par la loi morale et par le droit international.

8. — Essai théorique de droit naturel, T. III, p. 76 (éd. Casterman, 1857).

9.— Nous lisions récemment dans un journal d'Europe haut réruté pour son patriotisme intense, un article où l’auteur souhaitait ‘‘de tuat son coeur” de voir, chez l'une des principales nations vaincues, le triomphe complet du bolchévisme ou de l'anarchie. C'est là un langage insensé, que la foi et la raison et la simple prudence politique condamnent énergiquement.

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Ce qui ne l’est pas, c’est, tout en préchant l’ordre et la nécessité de l’ordre, de semer des principes de désordre. C’est de poser en thèse, sans aucune restriction, la “libre détermination des peuples”. C’est de jeter avec éclat, du haut des tribunes les plus retentissantes, des appels enflammés à la souveraineté populaire. (C’est, dans le temps même où les haines de classes et les passions niveleuses s’exaltent avec fureur, de flatter les plus ambitieux instincts du peuple, de s’adresser au peuple comme au détenteur de l'autorité, de ne vouloir traiter qu'avec lui ou avec des mandataires enchaînés à sa volonté. C’est d’acclamer presque sans réserve, à mesure qu’ils se produisent, les exploits de la révolution, de compter, comme une série de trophées, les sceptres brisés, les couronnes flétries, et les trônes renversés. C’est, non seulement d’arborer le drapeau démocratique comme l’unique symbole du droit, mais d'entreprendre la réorganisation de la société chrétienne en dehors de la participation du Chef Suprême des peuples chrétiens.

Ce serait encore, on nous permettra de le dire, de laisser le socialisme se substituer au militarisme, la tyrannie des masses à la tyrannie d’un seul, la force de l’abus à l'abus de la force.

Les maux ir ‘ombrables sortis des principes de la révolution politique du dix-huitième siècle se sont répandus, comme une mer, sur le monde. Tous les pays, depuis cent ans, en ont été envahis. (10) Si la révolution sociale dénoncée tant de fois, et avec tant de vigueur, par les Papes, devait désormais triompher, ni la gloire. ni la victoire, ni les indemnités perçues, ni les provinces recouvrées, n’apporteraient un contrepoids, et un dédommagement suffisant, à l’effroyable cauchemar qui pèserait sur toutes les âmes et sur toutes les sociétés.

La grande revue italienne, la Civiltà cattolica, dans un de ses derniers fascicules, (11) décrit la vague montante des idées

10.— En 1867 était fondée à New-York une association dite “Alliance républicaine universelle”. (Cf. Les Sociétés secrètes et la Société, T. II, pp. 3808-81). N’appert-il pas par les derniers événements que le programme de cette alliance est en bonne voie d'exécution? — Inutile d'ajouter que la fraternité chrétienne, demandée par le Pape, ne saurait être remplacée ee genre de fraternité républicaine que réclament les pires ennemis de "Eglise.

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