Cf. Meyer, ouv. cit., P. II, nn
directe ne ferait que multiplier et, dans bien des cas, qu’accentuer. Les rouages de la machine démocratique sont déjà assez compliqués. Pourquoi y introduire un élément nouveau qu’aucune raison solide ne semble justifier, et d'où peuvent surgir. soit par l'ignorance du peuple, soit par la pression de faiseurs intéressés, les conséquences les plus fâcheuses pour le gouvernement d'un pays?
On invoque, il est vrai. différents arguments, destinés à montrer l'utilité, la légitimité. du referendum. On insiste, en particulier, sur Yimportance de mettre un frein aux pouvoirs trop vastes des corps électifs dont l’action illimitée, et non contrôlée, peut venir en conflit direct, absolu ou partiel, avec le sentiment, la volonté, et l'autorité du corps électoral.
Cet argument suppose, comme vérités fondamentales reconnues, la souveraineté permanente du peuple et le mandat impératif. Ce sont là, à nos yeux, deux bases de raisonnement très fragiles, et la caducité de l’une fait l’inanité de l’autre. Le mandat impératif véritable, pour nous, n'existe pas, précisément parce que le peuple, n'étant pas souverain, ne peut être mandant. (5) Et aux catholiques qui persistent À voir dans le peuple un foyer d'autorité politique, nous avons le devoir d'opposer les paroles péremptoires des Papes, notarnment les déclarations de Léon XIII et de Pie X, que nous avons citées plus haut. Les Assemblées législatives issues du suffrage populaire, peuvent sans doute abuser de leurs fonctions, et voter des lois injustes, des lois inconstitutionnelles. Le jugement des tribunaux, une campagne de presse bien conduite, res élections générales faites d’après un programme de justice, auront plus d'efficacité, pour redresser les torts, que la faculté laissée au peuple du rejet ou de la mise en force de divers projets de loi dont chacun exige les plus mûres délibérations.
Les partisans du referendum colorent leur pensée, revêtent jeur attitude d’utopies généreuses. Et c'en est une vraiment, et non la moindre, de s'imaginer que la marche du siècle, les progrès de l'instruction et de l’organisation professionnelle, pourront faire de tous les hommes du peuple, colons, artisans, manouvriers, des esprits assez ouverts et des penseurs assez éclairés pour s'engager sans peine dans le dédale des lois, pour
6.— Voir Droit publ. de l'Eglise, Princip. gén. (2e édi.), p. 353.
crà3é jusqu’à la hauteur où plane le regard des hommes tat.
L'inégalité naturelle des classes sociales est un mur qu’aucune théorie, si libérale et si populaire soit-elle, ne peut renver-
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Améliorons la démocratie. Evitons de la détériorer. Elle se dégrade suffisamment elle-mêine par le contact des intérêts, par la corrosion des forces et des facteurs de toutes sortes qu’elle met en action. Currigeons les abus. Prévenons les excès. Ecartons, autant que possible, les dangers. Ce n’est qu’à ces conditions, et dans la mesure même où elle se conformera aux, règles du droit et de la morale, aux principes et aux préceptes du christianisme, que là démocratie canadienne pourra faire le bonheur et la gloire de notre patrie.