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L'écuelle et la besace; scenes historiques du 16eme siecle

Les troubles des Pays-Bas au selz,ièine siècle, ont fait éclore dans deux littératures, des œuvres qui imposent à celui qui se hasarde à peindre de rechef les événcnieus et les personnages de cette époque, la condition de construire un nouvel édifice avec les mêmes matériaux, de faire un tableau différent avec le même sujet. Quelle nécessité il y aurait-il , par exemple, de jeter dans le moule creusé par Goethe, une imitation de son Comte d'Egmont? Et qui l'oserait d'ailleurs? Nous disons plus : un drame véritable, reposant sur ces données historiques, nous parait à peu près impossible aujourd'hui, en Belgique du moins. Le souvenir de ce qui s'y est passé de 15G6 à 1569 a été transmis de génération en génération avec une fidélité trop scrupuleuse j pour que la fable, l'intrigue d'invention nécessaire au drame, puisse produire Tintérèt et l'illusion qu'il recherche, lorsque tous les esprits ont la conscience d'une réalité qui démentiiait à chaque instant la création du poêle.

L'essai que précèdent ces lignes, n'est donc point un drame.

Il n'en a que la forme extérieure : le dialogue. Il s'en éloigne parla contexture intime, par l'intrigue, par les dimensions. Ce qu'il cherche, c'est la reproduction simple, exacte et consciencieuse de quelques scènes qui jalonnent dans notre histoire, une des périodes les plus remai'quables de la transition des temps féodaux à l'ère moderne. 11 tâche d'animer les personnages qui eu furent les acteurs, des passions, des seutimens , des idées, des nuances de caractère et de mœurs, que létude des documens contemporains révèle dans chacun d'eux. Il tente parfois de compléter ou de rectifier certaines physionomies inachevées ou faussées par les historiens. Il prend les hommes tels qu'il les trouve; les quitte ou les rappelle, non pour obéir aux exigences d'un code épique ou diamalique, mais pour rester fidèle à la vérité. Il subordonne enfin la marche de son action à cette unité providentielle qui éclate dans toute série de faits humains, mais qui n'est pas exactement, il est vrai, celle qu'enseignent les poétiques.

Une élude de ce genre est privée, on le sent, de la plupart des ressources que l'imagination^ livrée à elle-même, peut se créer dans le riche épanouissement de ses f;\ntaisies. Son cadre est tracé d'avance ; les caractères qu'elle peint sont déjà presque tous dessinés ; les événemens qu'elle raconte, suivent une marche inexorable à laquelle elle est forcée de lier la sienne. Ce qui ajoute encore aux inconvéniens qu'elle présente, c'est que l'écrivain n'a le droit d'exiger ni qu'on lui tienne compte des difiicultés de sa tentative, ni qu'on se mette au point de vue qu'il a choisi.

Toutefois, il nous paraitrait peu juste de ne pas reconnaître que quelques avantages du moins , compensent une partie de ces inconvéniens, s'ils ne les rachètent pas tous. Los faits qui se sont passés réellement., ont par eux-mêmes un attrait que les compositions imaginées n'éveillent qu'en leur ressemblant. Il n'est pas une page d'histoire qui ne soit pleine d'enseigncmens empreints d'une autorité que n'ont ni les maximes des mora-

listes, ni les déclamations des rhéteurs. C'est là surlout, croyonsnous, ce qui peut donner quelque valeur à la reproduction de scènes historiques. Ces enseignemens , l'écrivain doit chercher à les mettre dans le jour où leur perception est la plus l'acile.où ils s'illuminent le mieux, où leur exposition peut irapper le plus vivement les intellig<^nces. Celte pensée indique le but que nous avons cherché à atteindre : il est difficile, sans doute, et nous ne nous flattons pas d'avoir réussi.

Un écueil de ces sortes de travaux est la préoccupation du présent, qui parfois, malgré toute la volonté dont on peut avoir armé son esprit , perce dans la peinture du passé. Quant aux préventions systéuiatiques qui ne s'attaquent à une époque ou à un personnage historique que dans le but décidé de les faire servir d'argumens à une thèse convenue , nous avons exprimé autre part notre manière de voir à ce sujet ; et si l'on nous pardonne de citer nos propres paroles, — expédient fort commode pour qui n'aime pas à se traduire , — nous transcril'ons les lignes suivantes d'un travail publié, il y a quelques années , sur les révolutions de la Flandre au moyen-àge :

« Partout d'ailleurs, au milieu de ce bouleversement et à » cause de ce bouleversement, éclate la pensée intime, l'unité 11 de celte période. Non que nous voulussions, Dieu nous en 11 garde, exploiter les événeniens au profit d'une idée, faire » entrer de force l'histoire dans le cadre toujours étroit d'un )• système , et affubler le quatorzième siècle des vèlemens du » dix-neuvième... D'un autre côté, travestir les hommes et les » choses, pour en faire un pamphlet à l'usage des petites pas- » siens et des rancunes hargneuses d'un parti , comme cela ). s'est vu , il n'y a pas longtemps, si propos même de l'un des 11 grands hommes que nous rencontrerons dans le cours de cette i> narration , n'est pas chose qui nous tente. Fils humble et Il dévoué de cette Belgique calomniée souvent et rarement Il défendue, nous regarderions comme un sacrilège toute » atteinte de celte nature, porlée à ses annales; et en essavant

» d'écrire ici une de leurs pages, nous nous sommes, dans le •I silence de l'étude et le recueillement de la pensée, prosternés » pieusement devant les souvenirs de la patrie.*

Le livre que nous publions aujourd'hui ne contient que la {)remière partie du tra\ail que nous avons tenté sur l'époque des troubles. La seconde , que nous terminerons si l'avenir nous démontre que nous n'avons pas l'ail une chose entièrement inutile et sans portée, remplit l'intervalle compris entre l'exécution des comtes d'Egmont et dellorn, et le rappel du due d'Albe. Plusieurs faces de la société au seizième siècle, plusieurs développemens de caractère , ont été forcément négligés dans celte première partie. Ainsi , pour le duc d'Albe, nous n'avons \>\i qu indiquer certains traits de sa plnsionomic^qiie lesévénemens ultérieurs mettent dans tout leur jour. iNous dirons même cjue ce personnage nous parait piuA digtie fl'ètre étudié pendant la durée de la lutte qui décida <lu sort des Pays-Bas^ qu'au moment où elle s'engage.

il ne nous reste qu'une chose à ajouter aux lignes déjà trop nombreuses qui se rapportent ù cet essai ; et si cela nous était possible, nous nous en dispenserions volontiers, j)arce qu'elle importe fort peu au public. Notre li\re, tel qu'il a été annoncé par quelques journaux, et donné primitivement à rimpression, contenait, à la suite du festin de Ihôtel de Cuilembourg, la peinture des dévastations comn)ises par les Iconoclastes dans la cathédrale d'Anvers. (,)uelques personnes, dont l'expéiicnce a autant de droit à être écoutée, que leur bienveillante amitié nous est chère, nous con.seillèrent de modifier celte partie, par des motifs auxquels nous crûmes devoir obéir. Deux partis restaient alors à prendre : l'un de remplacer entièrement la scène de la cathédrale; l'autre de cacher sous des gants les» mains rudes des briseurs d'images, et de noyer l'énergique cori-

* Bcvna du .\ord , rlcuxicme nniiéc , p. 076. Paris 1856.

cision de leurs paroles historiques dans l'eau tiède des périphrases. Ce second moyen n'était pas à tenter. Pour employer le premier, il nous a fallu remonter de trois ans dans notre histoire, et placer sous la date de 1567 un fait, isolé il est vrai , qui s'était passé en 1504.

(^)uel({ue antipathie que nous éprouvions pour les notes et les citations, il nous a paru qu'ici elle devenaient un mal nécessaire. Nous ne pouvions nous hasarder à reproduire certaines choses, peut-être élran<jes et malsonnantes , sans montrer ce qui les autorisait, et même souvent les nécessitait. Mais tout en cherchant à ne donner ([ue celles qui , servant d'appui au texte, pouvaient offrir quelque intérêt, soit comme mœurs, soit comme histoire, nous craijjnons fort qu'on ne nous sache pas un gré infini de l'omploi des pièces justificatives dont ce volume est , hélas! — harbouillé.

JMaiutenant que nous en avons fini avec lui , qu'on veuille bien nous permettre de jeter un coup d'œil rapide sur ce qu'on appelle la Belgique littéraire , non pas dans le but d'établir un système^ luais simplenuMit pour constater quehiues faits. La Belgique, sous le rapport littéraire, nous parait se trouver en partie dans la situation curieuse et exceptionnelle que présentait l'Allemagne au commencement du XVII1™<= siècle, c'est-àdire , qu'il semble lui être donné de créer sa littérature en toute connaissance de cause , de s'ouvrir une voie nouvelle ou de choisir entre les formes diverses sous lesquelles l'art s'est offert jusqu'aujourd'hui Les tentatives de l'intelligence se trouvent des deux côtés en présence d'un ordre d'idées plus ou moins établi, de traditions existantes plus ou moins révérées, mais qui ne peuvent être sans influence. Toutefois les analogies qu'on reiuarque entre les deux littératures, s'effacent au-delà de leur point de départ, L'Allemagne fit la sienne sans trop d'erapèchemens, et la fit grande et belle : la nôtre rencontre, dès les premiers pas, des obstacles qui doivent faire douter souvent qu'elle se développe jamais.

Un fait dont il est pénible d'acquérir la certitude, mais dont réyidence ne laisse pas la consolation du doute, c'est qu'aucune sympathie ne s'éveille en Belgique aux efforts tentés depuis liuit à neuf ans par ceux qui voulurent la doter d'une littérature. Une sorte de réprobation attend tout fruit intellectuel éclos sur le sol. C'est très encourag;eant. D'un autre côté, la contrefaçon dont nos voisins se plaignent avec tant d'amertume , a , pour les littérateurs belges d'autres conséquences. Son résultat le plus immédiat est de distraire du produit d'un livre, la part qui doit revenir h l'auteur ou à l'éditeur. Cette soustraction forcée qui ne frappe les étrangers que d'une manière indirecte^ atteint complètement les auteurs nationaux , en les obligeant, pour soutenir la lutte, de renoncer d'avance à toute compensation de leur travail. Ce n'est du reste ici ni le lieu ni le moment de développer cette question, et nous nous sentirions véritablement honteux d'employer un langage bien près de la poésie du chiffre^ si, dans un pays mercantile^ il n'avait pas la chance d'être mieux entendu qu'un autre.

Voilà donc notre littérature prise entre ces deux meules, l'indifférence et la contrefaçon , l'une broyant son côté moral , l'autre son côté matériel, — et l'on sent qu'elle doit s'y trouver fort à l'aise.

Ce n'est pas tout cependant. La critique belge, (car nous avons une critique, si nous n'avons pas une littérature) , la critique belge, disons-nous, se divise en deux classes très-diverses. Dans la première, se trouvent des talens véritablement distingués ; des écrivains qui joignent à beaucoup de justement et de goût , beaucoup d'élévation de pensée et de générosité de cœur. (Certes, ce n'est pas d« celte critique-là qu'un auteur peut avoir à se plaindre. Elle sait être sévère sans iiel , et instruire sans décourager. Ouant h l'autre, c'est différent. Il n'est idée si inesqu'ine , démarche si lorlueuse, attaque si déloyale, dont elle ne soit capable. Elle prend à tâche de laisser rcmprcinte haineuse de ses dents sur tout ce qui s'élève. Du reste, sesallures

vif.

littéraires ne sont pas des moins curieuses. Elle enfourche d'habitude on ne sait quel Pégase poussif à l'aide duquel elle che- Tauche péniblement à travers le style, flairant, à droite et à gauche, tout ce qui peut s'y rencontrer de tournures hasardées , d'expressions insolites, de césures déplacées, d enjambemens malencontreux. A l'égard des pensées, elles n'a pas coutume de regarder si haut : il est vrai qu'il n'est pas toujours nécessaire de les comprendre pour les calomnier. ÎNous le demandons : si tant de jeunes arbustes nés sur notre terre, n'ont produit qu'une seule fleur de poésie, est-ce seulement parce que l'air et le soleil leur ont manqué? Rejjardez leurs racines, vous trouverez le sillon du ver ; regardez leurs feuilles, vous trouverez la morsure de la chenille.

Toutefois , ces obstacles si puissans qu'ils se présentent, ne sont pas invincibles. Déjà plusieurs de nos jeunes écrivains reprennent courage ; d'autres n'ont jamais désespéré; et tous ensemble, ils avancent maintenant vers le but. Notre ambition est d'être compté parmi eux. C'est une lutte qui s'engage : on peut s'y briser , nous le savons ; mais c'est quelque chose j)eut-être que d'oser l'entreprendre.

10 Mai 1839.

PERSONNAGES

LAMORAL , prince de Gàvre . comte d'Egmont, , fjouveinciit' de la Flandre et

de l'Artois, membre du Conseil d'état , etc. PHILIPPE DE MONTMORE>CI . comte de Ilorn , amiral . membre du Conseil

d'état etc.

NICOLAS DE HAMES , roi d'armes de la Toison-d'Or.

HENRI, comte de Bréderode, vicomte d'Ulrechl, chef d'une bande d'ordonnance.

GUILLAUME, comte de Ber{;hes.

FLORENT DE PALLANT , comte de Cnilembonr}». PHILIPPE DE MARNIX , seigneur de Si-'Aldegotide. ANTOINE DE LALAING, comte de Hoogstraelen, baron de Borscl , gouverneur

d'Anvers , etc.

PIERRE ERNEST, comte de Mansfeldt, gouverneur du Luxembourg. CHARLES DE MANSFELDT , son fils.

BERNARD , baron de Mcrode, seigneur de Rumen. CORNEILLE DE GHISTELLES.

JEAN CASEMBROOT, seigneur de Backerscl.

.lEAN DE HORNES , baron de Boxtel.

GUILLAUME DE NASSAU, prince d'Orange, gouverneur de la Hollande , de

la Zélande et d'Utrecht, membre du Conseil d'état, etc. Le comte LOUIS DE NASSAU , son frère.

JEAN DE LIGNE , comte d'Aremberg , baron de Barbançon , gouverneur de

la Frise , etc.

PHILIPPE DE CROY, duc d'Aerschot. prince de Chimay et Porcéan . ete. CHARLES, comte de Berlaimont, gouverneur de Namur, chef du département.

des finances.

CHRISTOPHE FADRICE, pi-édicaleur calviniste.

GUAREZ.

ALVAREZ DE TOLÈDE , chic d'Albe, marquis de Coria, gciuverneiu- des Pavs-

Bas, après le départ de la duchesse de Parme. CHIAPIN VITELLY, marquis de Cetone , maréchal de camp. GARRIEL SERBELLON , grand maître de l'artillerie. IBARRA . membre du conseil militaire du duc d'Albe. JULIEN ROMERO, maître de camp du terze de Sicile. SANCHE DE LEVE , maître de camp du îerze de iXaples. GOiNSALVE DE BRACAMONTE, ALVAREZ OSORIO, RAPHAËL MAARIQUE,

BERNARDIN DE MENDOCE , capitaines de l'armée du comte d'Arcm-

berg.

MARTIN RITOFF , évoque d'Ypres.

JEAN BAPTISTE BERTY, secrétaire de la duchesse de Parme. JUAN ALBORNOS , secrétaire du duc d'Albe. MISD.\CH , secrétaire du Conseil des Troubles. Seigxel'rs confédérés.

Un prime-queux.

Un chef d'ouvriers.

Officiers de cuisine.

Ouvriers.

Bourreaux.

ReLIGI0NN4IRES.

BoURGEOîS.

Marchakds.

Artisans.

Valets.

Soldats kspagnoi.s.

Soldats allemand.s.

PtliVLE.

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