SCENE X
LE DUC
Rien , sinon que pour vous un tribunal s'apprête , Kt que de par le roi , comte , je vous arrête ! Rendez- moi votre épée , ou bien vous êtes mort.
D'Egmont d'abord stupéfait, reprend bientôt ses esprits. Il tire son épée et la présente d'un air calme au duc.
EGMONT , d'un ton ferme et fier.
Bien! — Prenez-la, monsieur! — Elle est pure; elle sort D'une main qui cent fois, pour le roi, l'a trempée Dans le sang ennemi. — Bien ! prenez cette épée!
Un silence.
Du moins, Horn est sauvé, — grâce au ciel'.
LE DUC , en ricanant.
Un moment!
Il vient vous l'annoncer lui-même, justement.
De Ilorn désarme, entre au milieu de soldats espagnols , par la porte de droiie.
Les mêmes : HORN, ALBORNOS, SOLDATS.
Dès que Horn aperçoit d'Egmont, il vient se jeter dans ses bras. EGMONT.
Ah ! malheureux ami! Mon triste sort t'entraîne î Sans moi, sa ruse infâme et vile , eût été vaine. Et c'est moi qui te perds! — Ami, pardonne-moi...
noRN.
Mon destin l'a voulu. — Ne pleure pas sur toi! Va , je ne rougis pas de la chaîne commune Qui me lie, à cette heure, à ta noble infortune. Qu'importe à quel trépas ma vie aille aboutir ? La hache du bourreau fait l'innocent — martyr. .Je préfère mon sort,
Montrant le duc d'AIbe,
A celui de cet homme, Ce lieutenant du roi, ce duc, comme on le nomme , Dont le titre cachait un rôle d'alguazil , Et dont l'esprit infâme , astucieux et vil Voit dans la trahison une œuvre mériloire. Et jouit lâchement de sa lâche victoire....