‹ L'écuelle et la besace; scenes historiques du 16eme siecleChapitre 161 sur 184 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

11 se lève , et va regarder à l'une des fenêtres.

Toujours cette nuit noire ! — Oh ! qu'un rayon vermeil Oui viendrait du matin annoncer le réveil, Et projeter un peu de lumière en cette ombre , Réjouirait mon cœur, comme elle, alors moins sombre !

11 quitte la fenêtre.

Hélas! depuis deux jours qu'ici je fus jeté, Sans cesse à mon chevet la pâle anxiété S'est assise , soufflant ces mots à mon oreille : « On décide là-bas ton destin : veille ! veille ! » Et j'ai veillé !

Il se promène rêveur et silencieux pendant quelques instans , puis revient s'asseoir sur son lit.

D'où vient qu'en mon sein maintenant Les souvenirs lointains d'un passé rayonnant , Comme les flols joyeux dans la mer qui les roule , S'élèvent à la fois et murmurent en foule ? Ah ! je revois mes jours si richement dotés D'espérance, de joie et de prospérités; Je revois mon enfance au passage éphémère. Elle que parfuma tout l'amour d'une mère ; Puis cet âge plus fort , dont la guerre et son bruit De songes animés remplissaient chaque nuit ; Puis la guerre elle-même, et ses deuils et ses fêtes ; Ses sièges acharnés, ses rapides conquêtes ; Les sables africains, la Gueldre, Saint-Dizier ; Saint-Quentin, ce combat rude, ardent, meurtrier ,

Qu'il fallut bien du sang pour rendre une victoire ;

Gravelines , sa sœur ; — deux noms aux<juels l'histoire,

Lorsque nos temps seront un souvenir ancien ,

Dans le même trophée, attachera le mien ;

Je revois l'empereur, de mémoire prospère;

Et le roi don IMiilippe avec sa cour sévère ;

Et vous, et vous surtout, mes beaux , mes cliers enfans ,

Vous à qui votre mère aux regards triomplians,

Comme le vert genêt fier de ses fleurs dorées,

Pour sa couronne prend vos têtes adorées !

Mes onze enfans! — Oh ! oui , lorsque je pense à vous ,

Je sens que le Seigneur m'épargnera ses coups ;

Que daûs mon sein il met ce mot divin : Espère !

Qu'il doit, pour vous, enfans, conserver votre père,

Et qu'il ne voudra pas, me brisant dans ses mains ,

Lui , notre père à tous , vous laisser orphelins !

— Mon cœur gonflé d'amour, tressaille d'espérance....

Se levant et joignant les mains.

Merci , merci , mon Dieu , toi qui , dans ta clémence , Au malheureux doinias l'espoii-, céleste fleur Toujours jeune et toujours ouverte dans le cœur !

l'n bruit de pas, comme celui de plusieurs personnes montant un escalier, se fait entendre du deiiors.

Quel est ce bruit?.... On vient... On ouvre celte porte.... A cette heure !

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