‹ L'écuelle et la besace; scenes historiques du 16eme siecleChapitre 160 sur 184 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

Que la clémence sainte ait une voix en vous '-

II se Jette atix pieds du duc.

Hélas ! voyez les pleurs que je verse à genoux. Leur mort vous en fera répandre aussi, peut-être. J'abaisse devant vous la majesté du prêtre : Oh! qu'en me relevant, seigneur, j'emporte enfin, Comme un bienfait du ciel, leur grâce dans ma main I

LE DUC , le relevant.

Vieillard , qu'espérez-vous réveiller en mon ame ? Un sort inexorable entière la réclame; Rien ne doit la toucher; rien ne doit en sortir; Tout sentiment humain en elle doit mourir. Hélas ! le roi Pliihppe à ce peuple m'attache Tantôt comme un carcan , tantôt comme une hache, Et le fer n'entend pas !

L'ÉVÈQUE, saluant profondément le duc, et d'une voie émue.

Dieu vous garde, seigneur,

LE DUC , le regardant sortir.

Cet évêque ferait un triste inquisiteur !

S^EITS IT.

— Une chambre d'un aspeet misérable dans la maison dite P.rood-hiiys (maison du pain), à Bruxelles, \oiite surbaissée; fenêtres étroiles et jjrillées ; porte basse au fond. A droite, une petite lampe allumée et posée sur un bahut. A gauche, un méchant grabat sur lequel est assis le comte d'Egmont , a moitié déshabillé. Une mélancolie profonde est empreinte sur ses traits.

Un manteau noir brodé d'or, une robe de damas cramoisi, cl UD chapeau noir couvert de plumes noires el blanches, gisent à terre.

D'EGMONT

Oh! que c'est triste et long une nuit d'insomnie! Pour(|uoi fuis-tu ma couclie, heure trois fois bénie Qui fermes la pensée, el dont l'aile de plomb Couvre le cœur soufliantd'un calme si profond ! Ange aimé dont la main que sur nos fronts tu lèves, Nous verse un doux sommeil émaillé de beaux rêves 5 Toi qu'à Tliomme le ciel, dans un moment d'amour, Donna , pour que la nuit fit oublier le jour ; Toi f[ui remplis les cieux d'errantes harmonies j Qui nous fais parcourir ties sphères infinies ; Qui, dans l'ame jetant de magiques rayons, llkimines en nous de nouveaux horizons; Toi qui laisses couler un doux miel de ta bouche , Ange des rêves d'or, pourquoi fuis-tu ma couche ?

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