‹ L'écuelle et la besace; scenes historiques du 16eme siecleChapitre 167 sur 184 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

Pour le comte de Horn , il fit la sourde oreille, Quand de lui l'on voulut exiger la pareille. 11 dit avoir à Dieu fait sa confession. Je le crois protestant, du moins d'intention, ('ependant il céda. — Souffrez que je vous quitte Maintenant, mes bourgeois, pour aller au plus vite Examiner de près, avant qu'il soit trop tard, Cet absurde écbafaud fait en dépit de l'art.

Il s'éloigne. — La foule grossit. Des conversations dont la plupart sr font à voix basse, s'engagent çà et là.

VOIX DANS LA FOULE

Oui, monsieur, c'est cet homme, ancien valet ducomte , Qui sera leur bourreau. C'est ainsi. — Quelle honte!

— Que voulez-vous : son maître une fois arrêté, Et , comme vous savez, dans un cachot jeté.

Le valet se trouva manquer de pain, d'asile : L'office de bourreau vint à vaquer en ville; Il le prit. Maintenant il faut bien, après tout. Qu'il fasse son métier, et coupe jusqu'au bout.

— Quoique vous en pensiez, ce valet n'a point d'ame : Et je vous dis, monsieur, qu'il aurait dû, l'infâme, I^lutôtque de frapper qui lui donna du pain ,

Si la faim le tenait, — se ronger une main!

— Pauvre comte d'Egmont ! — 11 était secourable.

— Magnifique. — Bon. — Grand. — Point dur au misérable.

— Le peuple Faimait bien. — Et le soldat aussi.

— J'ai combattu sous lui, moi qui vous parle ici.

2ÔG L'EXÉCUTION.

Il tomba près de moi, le jour qu*à Graveline,

Son cheval fut tué d'un coup de serpentine.

Je le relevai donc. Il me serra la main,

Prit mon cheval , partit. Au bout de son chemin ,

11 trouva la victoire. Or, bourgeois, à cette heure

Je suis un vieux soldat, — hé bien, voyez, — je pleure....

— Ah! si notre empereur régnait encore, amis, Ce trépas, sûrement, il ne Teût pas permis.

— C'est Philippe aujourd'hui qui nous tient dans sa serre.

— Les temps sont bien changés. — Le lils n'est pas le père.

— C'est lui qui veut leur mort? — Oui. — Moine couronné. Ou, si vous l'aimez mieux, prince encapuchonné

Qui veut teindre son froc d'une couleur vermeille, Et trouve que le sang fait l'affaire à merveille.

— Parlez moins haut, l'ami. — Pourquoi donc? — Ces

soldats....

— Que m'importe !- Monsieur, qui nous vient par là-bas?

— C'est le prévôt Jean Spell chez qui Satan demeure.

— L'instant approche donc? — Ce sera dans une heure.

— Les comtes sont-ils seuls, monsieur, présentement?

— On les a réunis pour leur dernier moment.

Le pi'cvot Jean Spell (Grouviels),h cheval, tenant en main la baf;iietlc ronge, et suivi du houireau et d'un corps d'archers, s'avance vers Icchafaud. Le peuple s'écarte sur son passage.

SCÈKE VII. 237

SOSITS TH.

— Une autre chambre de la Maison-dii pnin. Le comte rl'F};mont est assis à une table couverte de papiers , de plumes , etc. Le cumle de llorn se promène lentement de Ions en lar'je.

D'EGMOÎST, DE HORN.

EGMONT , fermant une lettre.

Triste gage d'amour qu'à mes enfans je laisse : Paroles d'un mouraot. — Que cette idée oppresse Et torture le cœur ! — Il est donc vrai , mon Dieu ? Mourir et les quitter sans qu'un dernier adieu , Avant que sous le fer ma tète ne s'incline, Fasse encor sur mon sein palpiter leur poitrine ! Hélas , pourquoi ravir, dans ce fatal moment , A leur père qui meurt , ce triste embrassement ? O Seigneur, quand mon sang aura lavé mes fautes, Accorde à mes enfans le bonheur que tu m'ôtes ! Sois plus clément pour eux que tu ne l'es pour moi ! Dans ce monde, ilsn^ont plus que leur mère... Oh ! le roi, Le roi doit reconnaître au moins leur innocence , Et leur faire oublier, un jour, par sa puissance, Qu^il jeta sans pitié, sur un sanglant tréteau , Mon vieux nom à l'opprobre , et ma tête au bourreau.

2ô« L'EXÉCUTION.

C'est son devoir enfin d'écouter la prière

Du mort pour Torplielin ; — liélas ! c'est la dernière

Que mon cœur lurinera !

Il se dispose à éciire. De Hoih s'arrële près de lui. HORN.

Vous écrivez au roi?

EGMOMT.

Pour mes pauvres erifans.

HORN

Vous avez quelque foi Dans sa clémence encore?

EGMONT

Est-ce un espoir frivole ?

HORN

lù'ri\ez , mon ami. — L'espérance console.

De Hutii se remet à niareher dans la clianihre. pendant ([ue d'Egnionl cciit. EGMOiNT , écrivant.

(( Sii"e ,

» J'ay OU}' prononcer ce matin la sentence qu'il a pieu ^)^ à Vostre Majesté donner contre moi, .... et cominen )) que je n^ay jamais prétendu ni pensé riens faire con- » tre le service de \ oslre .Majesté ny de nostre vrave , )j ancienne et catholique religion, .... si est-ce que je

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