‹ L'écuelle et la besace; scenes historiques du 16eme siecleChapitre 170 sur 184 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

HORN

Parfois l'ame blessée Du spectacle que l'homme et le monde lui font , Se demande , perdue en un trouble profond , Pourquoi souvent le ciel, dans sa justice auguste, Donne au pervers la joie, et la douleur au juste? L'ame alors voit s'ouvrir des gouffres inconnus : Elle s'y penche, y roule, et ne s'arrête plus , Jusqu'à ce que du fond , le néant qu'elle touche , La fasse remonter, le blasphème à la bouche.

EGMONT

Frère, n'est-ce point là ce qui fait palpiter Cet instinct d'avenir dont Dieu voulut doter L'ame, afin que toujours, aux heures de souffrance , D'un autre monde elle eut la céleste espérance? Pour les justes meurtris aux ronces d'ici-bas , La foi sublime fait un baume du trépas ; Et si profondément que le jxiids de la peine Jeté par le destin dans la balance humaine , Dans ce monde en ait fait s'abaisser un plateau , Le ciel , après la mort , rétablit le niveau.

Prenant la main du comte de Ilorn.

L'enfant doit-il douter de la bonté d'un père ? Et vous doutez, ami ?

HORN, d'une voix émue.

]\on, maintenant... j'espère!

Mon Dieu, pardonnez-moi! Dans un cœur ulcéré, Hélas ! le désespoir a si lût pénétré !

EGMONT

Et puis, même ici-bas, la divine justice Récompense ou punit. — Ecoutez.... ce supplice.... Une voix maintenant , bien que l'iieure à grands pas Se rapproche , me dit.... qu'il ne se fera pas. Mon ame a tressailli, confiante et joyeuse : Non , frère , pour qu'ait lieu.... cette chose hideuse , Oli ! ce pressentiment en moi parle trop haut !

Les traits du comte de Horn reprennent l'expression de rêverie sombre qui les avait un moment abandonnés.

HORN , à part.

D'Egraont espérera jusque sur l'échafaud !

EGMONT

L''instant fatal sera celui de notre grâce. Notre passé n'est point un passé qui s'efface. Trop de gloire l'emplit. Le roi s'en souviendra ; Et quels que soient nos torts à ses yeux , il voudra Prouver que sa clémence est généreuse et large....

IIORN.

Par malheur, c'est toujours le bourreau qu'il en charge.

EGMONT

Peut-il voir mes enfans orpbelins et proscrits ? Jl est père !

Page 1