SCÈNE VU
HORN
C'est vrai : qu'a-t-il fait de son iils ?
EGMONT
Mais enfin , n'a-t-il rien qui vibre dans son ame ? N'a-t-il pas un cœur ?
HORN , avec emportement.
Lui ? Lui ? Cet homme? Ah ! l'infâme ! Un cœur, avez-vous dit? Le fer en a-t-il un ? L'iiyèue qu'on agace, et la panthère à jeun En ont-elles ? Cet homme ! — Oh ! quand le fanatisme Qu'aiguisa sourdement la meule du sophisme. Ardent, sombre , féroce, implacable , acéré , Comme un poignard aigu dans le cœur est entré , Oui , tout ce que d'humain y versa la nature , Se ternit, se corrompt , et sort par la blessure ! Et si ce cœur alors bat dans le sein d'un roi , D'un homme sous lequel vingt peuples pleins d'effroi , Au nord , au sud, partout , tremblent à la même heure ; Si puissant que son sceptre en se penchant effleure Deux mondes à la fois ; — eh bien , à ce sommet , Cet homme alors , ce roi , savez-vous ce qu'il fait ? Comme un mort sur lequel la poussière retombe. Il dort dans un palais morne comme une tombe. Où l'on voit volti"er sans cesse autour du seuil. Ces gardiens du tombeau, Fépou vante et le deuil. Là , — si quelque clarté du palais teint le faite , 11 se réveille alors , et dit : « C'est jour de fête ; »
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2S4 L'EXÉCUTPON.
Il se lève , et regarde , et son œil va chercher
Une flamme sanglante étreignant un bûoher.
Là , — si l'écho profond tressaille dans la pierre,
Et gémit , il écoute, et dit : « C'est la prière
Que mes peuples heureux adressent au Seigneur; »
Et son oreille entend à travers la clameur
Qui monte alors pareille au bruit rauque des ondes,
Se répondre de loin les sanglots de deux mondes.
Là, — si d'un père mort le souvenir lui vient,
11 dit : (c 11 pensait mal , l'empereur Charles-Quint ; »
Et fouillant dans la tombe où rayonne sa gloire,
il donne au Saint-Office à ronger sa mémoire.
Là , — s'il voit son enfant s'attendrir à des pleurs ,
Et frémir à l'aspect de toutes ces douleurs ,
ïl dit : « Seigneur ! mon fils s'écarte de ta voie \ »
Et jetant à la mort une innocente proie,
Pour cet enfant qu'étouffe une morne prison ,
De sa main paternelle il verse du poison. —
Et vous me demandez s'il bat dans sa poitrine
Un cœur ? — 0 mon ami, cet espoir qui s'obstine
A briller en votre ame, étrange et vain flambeau,
Doit-il vous suivre donc jusque dans le tombeau?
— Philij>pe pardonner! — Oh! ce roi! — Quand je songe
A tout ce qu'il mêla de ruse et de mensonge.
Pour pouvoir sûrement vous tromper, pain re ami ,
Et ténébreusement vous surprendre endormi;
Quand je songe au passé; ([uand je songe à la gloire
Dont seul vous aurez fait l'aumône à son histoire,