‹ L'écuelle et la besace; scenes historiques du 16eme siecleChapitre 173 sur 184 · SCÈNE VlII · texte numérisé non relu

SCÈNE VlII

EGMONT, à Romero.

Monsieur, c'est une erreur, j'espère!

Honiv.

Des cordes! Ah! c'est vrai: cela manquait encor. Il faut bien qu'on remplace, ami, la Toisoii-d'Or !

EGMONT

Le duc ne sait-il plus le nom dont on me nomme ? Ces infâmes liens souillent tout gentilhomme.

Romero arrache la corde de.î mains du soldat et la jette à terre.

Merci , monsieur.

L'ÉVÈOl'E.

Mon fils....

EGMONT

Ali! mon père, j'entends....

Il se retourne vers de Horn, et tous deux se précipitent dans les bras l'un de l'autre.

Adieu, mon frère... Adieu!

IIORN.

Ce n'est pas pour longtemps.

2iS L'EXÉCUTION.

Une salle de rH6lcl-de-Vi!le , dont les fcnplies donnent sur In GiandTlace. Une d'elles est ouverte , et laisse apercevoir l'échalaud , les soldais el la foule.

le due d'Albc vient d'entrer.

LE DUC D'ALBE

C'est l'heure. Tout est prêt , l^échafaud et les tètes ^ Et la mort peut poser la main sur ses conquêtes.

Il s'approche de la fenêtre ouverte.

Dans ce peuple glacé , t[uel silence d'effroi !

Il est là, morne et sombre. Il attend comme moi....

Oh ! mais il souflie moins. Personne en cette foule

ÎN'a signé d'arrêt! — Ah ! chaque instant qui s'écoule ,

Semble venir en moi retentir sourdement.

— Quel silence toujours....

Une rumeur confuse s'élève de l'une des extrémités de la place.

Dieu ! voici le moment !

I.c dur (Irmcurc sans mouvement , la'il fivc sur le point doù le bruit s'est fiiil rnloiidre.

Le comte d'F,f;monl parait bientôt . ayant l'cvècpie ctRomero à ses côtes , et suivi de la (jarde espagnole. Il s'nvanre entre deux haies de soldatsjusqu'au pied de rrchafautl dont il monte le^ degrés.

SCKNK JX. Si»

Toutes les tèles de la foule se découvrent. Le due lui-méine , comme obéissant instinctivement à la solennité de la moit , oie sa toque.

D'Egmont se promène quelques instans sur l'échafaud , d'un air noble et mesuré ; puis il regarde autour de lui avec anxiété. N'apercevant de Rroiivement sur aucun des points de la place , il se retourne vers Romero et parait lui faire une demande. Romero n'y répond qu'en haussant les épaules et en baissant les yeux. Le comte serre les dents , lève tes yeux au ciel , et s'agenouille sur le coussin de velours placé près de lui , après avoir jeté son manteau, son chapeau , et un mouchoir ouvré qu'il tenait en main. Au mouvement de ses lèvres, on devine qu'il prie. L'évéque lui présente le crucifix à baiser, et lui donne l'extrème-onction. D'EgmonI lui fait signe de s'éloigner ;. puis ramène sur ses yeux une coitfe de soie noire , et demeure enfin immobile , les mains jointes.

Le bourreau, jusqu'alors caché sous l'échafaud, en gravit les degrés , et reçoit l'épée des mains d'un de ses valets.

Au moment où le comte est frappé, le peuple jette un cri d'épouvante auquel répond une clameur sourde partie de l'intérieur des maisons. Le silence , entrecoupé seulement par les sanglots de la foule , retombe bientôt sur la place.

Leduc d'Albc,le visage couvert d'une pâleur mortelle, s'est rejeté violemment en arrière.

Mort !

Grinçant des dents.

Roi Philippe deux , je te fais ta pâture : Es- tu content?...

Le duc demeure dans Tin état d'iiumobilité effrayante, l'a nou\cau biuir qui s'élève du côté de la place par lequel d'Egmont eslcntré. l'airnchc aux pensées qui semblent l'oppresser.

Ah! l'autie! .. Encore une torture!

Le comte de Horn s'avance, accompagné de la même escorte que d'Egmont. En traversant la place , il salue à droite et à gauche. Arrivé sur l'échafaud , il s'arrête un moment devant le corpn du comte d'Egmont que l'on a recouvert

d'un drap noir, el parait demander si c'est celui de son ami. Sur la réponsp qu'on lui fait , il dit quelques paroles , se dépouille de son manteau , jette la toque milanaise qui lui couvrait la lèle . el s'agenouille.

Le bourreau reparaît.

Le même cri dans la foule de la place , la même clameur dans les maisons se fait entendre. Le peuple , auquel les soldats espagnols n'opposent aucune résistance , s'élance vers l'échafaud pour teindre des mouchoirs dans le sang qui coule de toutes parts.

Au moment où les valets du bourreau , s'occupent de relever les deux têtes, le duc d'Albe se retire de la fenêtre , et vient au milieu de la salle , chancelant , les traits contractés, les yeux mouillés de larmes.

Oli ! ces deux têtes ! — Non , — je ne veux pas les voir ?.. — Et pourquoi cet effroi ? Qu'ai-je fait? — Mon devoir. Je tremble cependant.... De mon ame s'élance Une voix... Elle crie.... — Oli! tais-toi, conscience ! Tais-toi ! Que me veux-tu? — Suis-je pas innocent? Mais je souffre, je souffre ! — Il me poursuit , ce sang ! 11 in'étouffe ! — O Seigneur, un jour, devant ta face, Quand de ce sang sur moi tu trouveras la trace , Que pouriai-je opposer à ton regard de feu ? lUen ! Désespoir ! Rien ! — Rien, qu'une larme, mon Dieu!

1! tombe lialclant cl biisé sur un fauteuil.

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