SCÈNE VI
De l'un des familiers, à Taise entendre et voir.
Or, ayant traversé plus d'une sombre salle,
Je vins dans la dernière où la torture étale
Un funèbre attirail de hideux instrumens
Dont l'aspect seul produit de longs frisonnemens.
Une table assez large était toute drapée
De noir. Il s'y trouvait un missel, une épée,
Avec un crucifix. J'observai dans un coin
Quelques hommes assis, et masqués avec soin.
— C'étaient les justiciers. — La flamme vacillante
D'une torche , jetait une lueur sanglante;
Et dans l'ombre des murs, des fers étincelaient.
Près des juges, je vis deux hommes que voilaient
Des cagoules , tenir devant eux une femme.
La torche l'éclairait de sa lugubre flamme.
Elle était jeune et belle, et la morne douleur
Qu'on lisait sur son front éclatant de pâleur,
La rendait plus touchante. — Elle était l'accusée.
— Les deux hommes, c'étaient les bourreaux. — Epuisée
A force de souffrir, la femme cependant
Osait conserver Tair fier en les regardant.
Ce qui s'était passé tout d'abord, je l'ignore.
Quand j^y fus un moment, un juge, à voix sonore,
Aux deux bourreaux cria": a Faites votre devoir ! »
Ces hommes aussitôt, de son vêtement noir,
La dépouillèrent, eux, avec leurs mains brutales.
La rougeur , un instant , colora ses traits pâles.
Tandis que son beau corps, pur et blanc , paraissait ,
Des trous des masques noirs, dans l'ombre jaillissait
L'éclat fauve et sanglant du regard de Thyène. Ils rétendent alors sur des planches de chêne ; Des cordes ont pressé ses membres délicats , Et des cohis , enfoncés entre eux , avec fracas , Ont resserré les ais sur la cliau' frémissante. Au quatrième coup, une clameur perçante, Un cri désespéré, plein d'atroces douleurs, Retentit. Un instant après , les tourmenteurs S'arrêtèrent : — la femme était évanouie. Un juge alors toucha sa poitrine meurtrie De son infâme main, et puis, dit aux bourreaux : (( Elle va revenir : allumez les réchauds.... »
HORN
Assez , monsieur, assez ! Cette horrible peinture Révolte !
GUAREZ.
Qui vous dit, comte, que d'aventure, Un jour, l'on ne pourra faire un récit pareil , A votre occasion ? Savez-vous quel réveil L'I^spagnol vous prépare au sortir du vain songe Dont encore aujourd'hui vous berce le mensonge ? Savez-vous l'avenir? votre sort ?
EGMONT
Et pourquoi Comptez-vous donc, monsieur, la clémence du roi?
GUAREZ.
De Philippe ? — Ecoutez la fin de mon histoire : De sa clémence alors voyez ce qu'il faut croire.