‹ L'écuelle et la besace; scenes historiques du 16eme siecleChapitre 55 sur 184 · UN SOLDAT · texte numérisé non relu

UN SOLDAT

Cet homme qu'a-t-il fait , pour qu'on le brûle ainsi ? Est-ce un de ces gaillards c[ui, pour Targent d'autrui , Se prennent d'un amour si bien planté dans Tame , Que la possession, seule en éteint la flamme? Avec une sorcière allait-il au sabbat , Sur un manche à balai , sans bride , selle ou bât ? A-t-il quitté l'église au temps de l'offertoire ?

DEUXIÈME V.ALET

Quoi ! ce brave soldat ignore cette histoire ?

LE SOLDAT

Oui , ma foi.

LE VALET

Dans ce cas , écoutez moi, mon cher.

Des flammes du bûcher, des flammes de l'enfer, Chacune a sur cet homme un droit qu'elle réclame : Nous rôtirons le corps, Satan brûlera l'ame. Or, Christophe Fabrice est le nom du maudit. Des Carmes il porta pendant longtemps l'habit. Il est de Biuge. Un jour le démon de luxure D'une femme assez belle ayant pris la figure ,

Vint le tenter, — si bien que , rejetant au vent Le froc un beau matin , il (quitta son couvent. La cbose se passa dans le plus grand mystère. Avec son démon-femme il gngna l'Angleterre, Pays abominable, bérélique et damné, Où le diable, dit-on, a toujours séjourné, Ce qui fait qu'on n'y voit ni prêtre, ni chapelle. Bref, on y maria le drôle avec sa belle. Pourtant on avait eu le temps de l'oublier, Et l'on n'y songeait plus, lorsque le mois dernier, Le Saint-Ofîice apprit que Christophe Fabrice Se cachait dansyVnvers, et que, par artifice. Il poussait les raanans dans l'erreur de Luther. Il fut guetté , vu , pris. Son procès fut très-clair. On voulut le forcer d'abjurer l'imposture Qu'au peuple il débitait. Bien n'y fit. La torture Avec ses chevalets, ses coins , ses fers ardens , Essaya bien d'y mordre, — et s'y brisa les dents. Il suit de tout cela que le bûcher doit-étre Tout naturellement , le dernier feu du traître. Et voilà son histoire.

LE SOLDAT

Ah ! maître , grand merci.

LE VALET

C'est drôle, n'est-ce pas? — Dans trois heures d'ici, Vous vous aniuserez....

On entend dans le loinlnin un clmnt pravc cl monotone qui soinblo formé d'un grand noiuljre de voix affaiblies pixv la distance.

Hein? chante-t-on matines?

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