SCÈNE I. C
PREMIER VALET
Déjà? C'est un peu tôt.
TROISIÈME VALET
Les grands sous leurs courtines , Les bourgeois dans leur lit, les cloches dans leur tour, ]\ia foi, tout dort encore: à peine s'il fait jour.
Les voix se rapprochent et deviennent plus distinctes. UN SOLDAT.
Mais attendez... ce chant.... oui, par notre mère Eve, C'est un psaume selon la mode de Genève.
PREMIER VALET
Ah ! j'y suis: hier trois Gueux , je le crois tels du moins. Se promenaient au port , se croyant sans témoins , Et disaient qu'en dépit de la mort de Christoplie , Les réformés d'xAn vers, gens de la même étoile, Projelaient, pour narguer les juges du maudit, De les réveiller tous, par leurs chants, celte nuit.
LE SOLDAT
Nous ne sommes que douze : ils paraissent en nombre.... Que faiie ?
PREMIER VALET
Diable !
DEUXIÈME VALET
J^este !
TROISIÈME VALET
Ail '. ceci devient sombre !
LE SOLDAT , prètanl l'oreille à un bruit qui parait venir d'un côté opposé à celui d'où parlent les voix.
Ne craignez rien : on vient à notre aide, à coup sûr. Écoulez... des chevaux.... du côté de ce mur.
DEUXIÈME VALET
Ce sont les harnais-noirs de madame de Parme. Dieu soit loué !
Une troupe de cavaliers débouche sur la place et vient se ranger autour du bûcher. Presqu'en même temps , arrive à l'npposite une foule confuse et serrée d'hommes, de femmes etd'enfans. Beaucoup sont armés. Ils marchent lentement et chantent à voix haute un psaume de Marot, sans paraître s'occuper des hommes d'armes et des aides du bourieau , qui les regardent passer en silence et immobiles.
LES RELIGIONN.URES , chantant.
(( Entends à la voix très-ardente De ma clameur, mon Dieu, mon Hoi , Vu que tant seulement à loi , JNÎa supi)licatioii présente
J'offre et présente.
c( Malin devant que jour il fasse, S'il le ])laît, lu m^cxauceras:
Car bien malin prié seras De moi levant au ciel la face, Attendant grâce.