‹ L'écuelle et la besace; scenes historiques du 16eme siecleChapitre 8 sur 184 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

L'HOMME

La colère Ne vous sied pas , vraiment. Un seigneur populaire Comrae vous , ne doit pas prendre des airs de roi. Or, dans votre intérêt, sieur comte, écoutez-moi. Sans respect pour le nom, le rang de vos ancêtres, Oublieux des faveurs que vous firent vos maîtres, L'empereur Charles-Quint , le roi Philippe deux , Vous jouez sottement en complots hasardeux Votre bien, votre honneur, — et, comte, votre tête! Car d'un drap noir couvert un échafaud s'apprête , Pour barrer quelque jour votre chemin obscur; Et son épais billot sera d'un bois trop dur. Pour qu'un bourreau le fende au premier coup de hache; Et le drap noir aussi qu'à ses flancs on attache, Autour de lui sera tendu trop largement Pour qu'un seul jet de sang le teigne entièrement ! Or, tout cela , pourquoi? — Pour que la populace Dise , quand vous passez , l'air fier, sur quelque place : c( Houra , comte de Berghe ! Oh ! le seigneur parfait ! » Sujet d'ambilion , magnifique en efi'et ! Comme si le destin du peuple, dans votre ame. Faisait , pour le venger , naître une belle flamme ; Comme si vous teniez caché dans votre sein, Pour le bien des manans, un superbe dessein ! Ce rôle de sauveur qui hurle et gesticule Est , pris au sérieux , tant soit peu ri(Hcule , IN'est-il pas vrai, seigneur? — Que Haines, ce bavard ; Que monsieur de Mariiix, rimeur à l'œil hagard ;

Que Pallant, conjuré de nouvelle fabrique,

Aujourd'hui protestant, hier encor catholique;

Que Mérode, Boxtel, et tous ces autres fous

Oui , de leurs vieux manoirs, sortent comme des loups,

— Ou comme des moutons, parce que c'est la mode, —

S'avisent de cela, — c'est bien ! Que Bréderode,

Frivole et remuant, jouet d'un vain désir ,

Au travers d'un complot poursuive le plaisir ;

Qu'il s'imagine voir , quand le vin l'égratigne ,

La Hollande obéir à son sceptre de vigne ,

Et puis, se transformer en splendide palais

La croûte d'un pâté qu'appoitent ses valets, —

A merveille! Qu'Orange enfin prenne une route;

Qu'il ait , se trouvant las de peser dans le doute

Tour à tour son devoir et sa conviction ,

Laissé dans un plateau tomber l'ambition , —

C'est au mieux ! Chacun d'eux , dans cette étiange fête,

Vers Un but arrêté suit son cœur ou sa tète.

Mais vous, quel est le but que vos yeux ont fixé?

Le peuple? — Bah! qu'il soit ou libre ou rabaissé

Au rang du vil troupeau dont la laine est tondue,

Jusqu'à ce qu'on le mène au bouclier qui le tue;

Qu^on lui prenne d'un coup ses droits , ses libertés ,

Du sang de ses aïeux chèrement achetés;

Que l'inquisition, par le fer ou lailamme.

Lui torture le corps, pour enchaîner son ame , —

Que \ous fait tout cela? Serait-ce le plaisir,

La soifd'émolions, (jui >icn(lraicnt vous saisir?

l*as davantage , comlc. — Alors, veuillez nrapprendre

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