SCÈNE II
Ce qu'ici vous voulez?
Se rapprochant du comlc , et lui parlant à voix basse.
Et puisj j'ai su comprendre, — Voyez-vous, monseigneur, — les sentimens secrets, Qui dévorent votre ame et que voilent vos traits. Ecoutez ! IN'est-ce pas qu'en marchant sur l'abîme Que creusent sous vos pieds la révolte et le crime, La ])eur, à tout moment, fait chanceler vos pas ? Que la peur vous étreint, et vous brise les bras? Que la peur s'est assise, en fantôme implacable, La nuit , sur votre lit , le jour^ à votre table ? Que même en cet instant, au fond de votre cœur, Vous tremblez, noble sire est-ce pas, monseigneur!
BERGHES , pâle de colère et tirant son épée.
Misérable insolent !
L'HOMME
Tout beau , monsieur le comte ' Peste ! que votre main est valeureuse et prompte !
Montrant à de Berghes un parchemin auquel pendent plusieurs sceaux.
Calmez-vous, je vous prie, — et mettez au fourreau Celte brave rapière, — et lisez.
BERGHES
Ciel ! le sceau Du roi d'Espagne !
L'HOMME
Oui, comte.
BERGHES, après avoir lu.
A VOUS , cette puissance !
Et qui donc êtes-vous ?
L'HOMME
Qu'importe ma naissance Ou mon titre? Au }X)UVoir dont je suis revêtu , On ne demande pas : « De quel droit lui viens-tu ? » Ici ma mission est sombre, inexorable ; Je me couvre, pour tous, d'iui voile impénétrable, Et mon pas suit le pas du criminel puissant Jusqu'au jour où son pied s'anète dans le sang. Je suis l'écho qui jette , alors qu'il vient de naître, Le complot de l'esclave à l'oreille du maître. Je suis le ver, au cœur d'un jeune arbre monté , Et qui le fait mourir sous son fruit avorté.
— Nous pourrons, après tout, ensemble avoir affaire. Appelez-moi Guarez : — ah! c'est un nom de guerre Qui voile un autre nom qu'on ne prononce point : C'est un manteau qui sert à cacher un pourpoint.
— Eh bien ?
BERGHES
Qu'exigez-vous ?
GUAREZ.
Ici , quand l'assemblée Sera, pour le festin , tout à l'heure attablée , Si (|uel(ju'un, jiar hasard , demande qui je suis, — Veuillez me présenter.... comme un de vos amis.