SCÈNE H
Vous étiez , par ma foi , sublime en ce moment. Ce qui gâte pourtant ce noble mouvement, C'est — j'en ai du regret — une certaine lettre Qu'à monsieur Viglius vous avez fait remettre,
— La date n'est pas vieille , — et dans laquelle eulin A ous écrivez d'un style un peu plus anodin ,
Des mots de repentir et des phrases d^excuse.
Vous dites, — je l'ai lu, — qu'à tort Ton vous accuse
D'avoir participé , de vous être mêlé
Vous, serviteur du roi, catholique zélé ,
Aux complots de ces Gueux qui prêchaient l'hérésie,
Le trouble, la révolte , et Ticonoclasie!
Vous dites, — mais pourquoi semblez-vous attéré?
A'ous pensiez du secret être bien assuré?
En elfet, c'est fâcheux qu'en ce monde, ces choses
Echappent à nos mains dès qu'elles sont écloses;
Qu'elles brisent d'un coup le fragile lien
Qui nous les attachait.... sans qu'on y puisse rien.
Seulement l^on se garde, en ce cas, de les mettre
Au jour. — Vous dites donc, dans cette chère lettre ,
— Ah ! Ah ! — que vous voulez engager votre foi, A'otre ame et votre épée au service du roi.
A otre missive fait un pendant assez drôle Aux discours de tantôt. Vous savez plus d'un rôle. Pourtant je vous croyais plus fort, en vérité. Monseigneur, je confesse avec sincérité Que j'espérais vous voir Tame plus aguerrie; Mais elle sombre, hélas! à la moindre avarie !
Avec un tel navire, on ne va pas bien loin.
Moi qui, candidement, le gréais avec soin
Dans l'espoir de trouver aussi quelque Amérique,
C'est-à-dire, seigneur, sans phrase allégorique,
Quelque source à faveurs, quelque ruisseau roulant
rèle-mèle en son cours, un titre élincelant,
Des honneurs, des proiits, de l'or par grosses sommes,
l.e tout à partager en frères que nous sommes;
Moi qui m^étais bercé de ce charmant espoir,
jN'ai-je pas du malheur, qu'il me faille enfm voir
L'astre que je rêvais éclatant, immobile.
S'évanouir soudain en étoile qui file!
Ma foi, dame fortune a d'étranges retours.
Vn nuage ternit l'éclat des plus beaux jours.
A vos raisons pourtant il faut bien que je cède.
Marchez donc seul, seigneur, et Dieu vous soit en aide !
— Je vous baise les mains.
Il sort.
SŒKE in. 109