SCÈNE TROISIÈME
BEPRISB DK L'EHSEMBLI*
AiWATiD, lai offnat u rféfe* PuÎ9-je VOUS offcir qiielqne ebose^ mademoiselle ?
HENRIETTE. Monsieur, Toalez-vous me le rendre, oui ou non?
ARHAKD. A la menace des plus cniels supplices, je répondrais encore non.
HEKRiETTE. Et Comment appelez-vous ce que tous faites là ?
ARMAKD, galamment. Je l'appelle de Thérolsme, mademoiselle, quand la demande est faite par une personne aussi jolie que vous.
HENRIETTE, le regardant Âh! Toilà pourtant la parole d'un homme d'esprit !
ARMAND. Et de goût.
HENRIETTE. Et de goût ! C'est ce que je voulais dire. Si nous causions toujours comme cela, nous finirions peut-être par nous entendre, monsieur.
ARMAND. C'est mon désir le plus cher, mademoiselle. '
HENRIETTE. Voyons, soycz franc: depuis quand ce petit animal est<-il chez vous?
ARMAND. Depuis hier au soir ; j'avais laissé ma fenêtre ouverte, et j'ai trouvé en entrant ce charmant bébé, assis sur mon bureau, et lisant à sa manière ce roman, (u wmtre un
roman tont rongé et déchiré par réenicnil.)
HENRIETTE. Ah! jc vois ce quc c'est I Vous voulez I... Oh ! je payerai le dégât... et je vous prie en outre d'excusi'r—
ARMAND. Mais rien du tout, mademoiselle. U me dispense de lire le reste, c*est moi l'obligé, (u jeite ie Ufre.)
HENRIETTE. Alors , mousieiir, je ue comprends pas 1 Vous reconnaissez que c'est un fugitif, vous na voulez pas de dommages-intérêts, et vous le gardez!
ARMAND. Je le garde.
HENRIETTE. Parce que ?
ARMAND. Parce qu'il est à moi.
HENRIETTE. A VOUS ? Et de quel droit?
ARMAND. Du droit de propriété antérieure à la vôtre.
HENRIETTE. Antérieure?
ARMAND. Mais oui, cet écureuil est mon élève. Je l'ai acheté quarante sous au marché Saint^Germain , il ^ a six mois, et il y en a trois que l'ingr at m'a quitté, séduit probablement par vos coupables avances, par vos promesses fallacieuses.
HENRiETiE. Mousieur !•••
ARMAND. Oh ! je ne veux pas approfondir ce mystère ! Mais on ne quitte pas comme cela le domicile paternel pour se
réfugier chez une femme, si cette femme n'a pas pris sut nous un empire... crue je ne veux pas qualifier.
HENRIETTE. Vous me calomniez, monsieur ! Je ne le con« naissais pas, je ne lui avais jamais parlé, et c'est de lui-même qu'il s'est réfugié chez moi^ ce qui, entre parenthèse, ne fait pas votre éloge.
ARMAND. Pas plus que sa fugue d'hier ne fait le v6tre.
HENRIETTE, TîTement Ah! c'est bien différent ! Il ne m'a pas quittée, moi.
ARMAND. Qu'est-ce qu'il a donc fait?
HENRIETTE. Il a voulu courir UH pcu, voir du monde, étendre le cercle de ses connaissances; il est venu chez vous en voisin, et vous l'avez surpris, enchaîné, détenu contre sa volonté.
ARMAND. Ah ! contre sa volonté !... Qu*en savez-vous ? Il n'a pas protesté, il n'a rien dit,
HENRIETTE, courant à l'écureuil. Eh bien, VOUS allez Voir !
ARMAND, prenant la cage et l'apiiortant sur la table. NouS allons Voir !
HENRIETTE, à l'écureuil. N'cst-ce pds, mou petit chéri, que tu ne veux pas rester avec ce vilain monsieur ?
ARMAND. N'est-ce pas, mou bijou, que tu veux rester avec papa?
HENRIETTE. Yous voyez bien que c'est moi qu'il regarde.
ARMAND. Mais pas du tout, c'est moi.
HENRIETTE, tirant un macaron de sa poche. Ce pauvre mignon
qu'on a enlevé à son amie Henriette, qui lui donnait du bon nanan! Tiens, mon chérubin !
ARMAND. Oh ! des macarons ! des douceurs ! Nous aimons bien mieux notre bon ami, qui nous donne des noix, une nourriture saine et substantielle, (u lui donne une noix.)
HENRIETTE. Yous lui faites peur.
ARMAND. Pas du tout, c'cst VOUS qui l'influencez.
HENRIETTE. Regardez ! il me tend les bras.
ARMAND. Il tend les bras au macaron. N'est-ce pas, mon petit Dodolphe ?
HENRIETTE. D'abord, il ne s'appelle pas Dodolphe, il s'appelle Ali-i5aba.
ARMAND. C'est ça. Yous l'avez débaptisé ; vous lui avez donné un nom turc : Ali-Baba ! un nom de renégat I
HENRIETTE. Ali-Baba !
ARMAND. Dodolphe !
HENRIETTE. Ail- Baba I
ARMAND. Dodolphe !