CHAPITRE VIII
Les inconnues du problème
En matière d’eczéma solaire, et donc en matière d’actinoanaphylactose la question qui reste à résoudre est celle du luminosensibilisateur.
Certaines observations pourtant ne la posent pas, l’on péut de toute évidence incriminer la gonacrine ou encore les diverses teintures de vêtements ou de cheveux dont les malades ont fait usage.
Mais dans les cas d’actinoanapliylactoses spontanées, l'identité du phototatalÿyseur ne nous est pas connue.
Il est cependant logique de penser à l’hématoporphyrine: : pigment que l’on obtient en amputant de leur fer par un acide fort, non seulement l’hématine mais aussi l’hémochromogène, l’hémoglobine ou l’oxyhémoglobine. Ce pigment joue un rôle primordial dans la pathogénie de l’hydroa vacciniforme de Bazin, et Mevyer- Betz à pu reproduire expérimentalement le coup de lumière porphyrique. On à pu également mettre en évidence l’action photocatalytique de Phématoporphyrine aussi bien chez les Protozoaires que chez les Vertébrés.
Ainsi, partant de cette constatation : l’hématoporphyrine est en cause dans la pathogénie d’une actinodermatose spontanée, on est tenté d’en induire qu’elle puisse l’être dans d’autres actinodermatoses. Or, les limites cliniques de ces affections ne sont pas toujours des plus nettes, entre les formes atténuées d’hydroa vacciniforme et les actinoanaphylactoses, il existe maints intermédiaires de classement délicat tels que ceux dont nous devons la connaissance à Adamson. L'idée d’un photosensibilisateur identique est donc séduisante. De plus certains auteurs ont décelé l’hématoporphyrine chez des malades atteints d’eczéma ou de prurigo solaires. L’eczéma solaire avec hématoporphyrinurie ou hématoporphyrinémie, a fait l’objet de trois observations, de Gœckermann, de Delbanco et de Urbach.
. Ces arguments font admettre comme vraisemblable l’hypothèse concernant le rôle photocatalyseur joué par l’hématoporphyrine dans les actinoanaphylactoses.
CHU NTSLE
D'où peut provenir ce pigment ? On sait qu'il existe plusieurs posphyrines : uro-; proto-, coproporphyrine qui sont physiologiques, hématoporphyrine qui est pathologique, sont les plus importantes. Toutes sont photosensibilisatrices, d’après Fischer c’est l'hématoporphyrine qui le serait le moins. Normalement cette dernière existe à l’état de traces dans les urines et les féces.
Etant donné la parenté chimique qui existe entre l’hémoglobine et l’hématoporphyrine on peut admettre la naissance de celle-ci au cours de l’hémolyse ; pour une raison inconnue la désintégration de l’hémoglobine n’aboutirait pas aux pigments biliaires mais à cette impasse : l’hématoporphyrine. Dans les cas congénitaux on aurait alors ce que Garrod a appelé une +< Inborn error of metabolism.» : s |
Le pigment respiratoire végétal la chlorophylle peut être rapproché du pigment respiratoire animal. Après les avoir disjoints de leurs métaux respectifs : magnésium et fer on peut en obtenir un corps identique : l'etioporphyrine. De plus la phylloporphyrine, dérivé de la chlorophylle, ressemble beaucoup à l’hématoporphyriné. :
Tout cela conduit à admettre l’origine alimentaire possible de la porphyrine photosensibilisatrice, et c'est ainsi que l’on a tenté d'expliquer la pellagre.
Enfin on a émis l’hypothèse suivante * l’'hématoporphyrine serait d’origine intestinale, en particulier chez des individus affligés de fermentations anormales. De fait nombre de microbes produisent des porphyrines, que l’on peut retrouver dans le tartre dentaire, ou dans les calculs salivaires. L'ingestion de sulfonal ou de barbiturates aboutit elle aussi à la formation d’hématoporphyrine. Cette propriété peut être utilisée comme dispositif expérimental.
La question n’est donc pas aussi simple qu’elle pourrait le paraître. De même le rôle exact de l’hématoporphyrine dans les actinoanaphylactoses spontanées (là où les deux actions lumino-sensibilisatrice et antigène semblent intrinquées), devra être encore approfondi.
Il faut d’abord remarquer que dans lhydroa vacciniforme même, l’hématoporphyrine peut manquer en pleine poussée.
Dans les actinoanaphylactoses nombre d’auteurs ont. cherché en vain à déceler ce pigment. On peut relever dans la littérature vingt-quatre observations d’eczéma ou de prurigo solaire dans lesquelles cette investigation fut négative. Goldschlag en arrive à nier le rôle de l’hématoporphyrine et prétend que le photocatalyseur se forme au niveau du foie. Wucherpfennig déclare non seulement que l’hématoporphyrine n’est pas en cause, mais même qu'il n'y a
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pas de luminosensibilisateur et il attribue les accidents à des troubles génitaux !
Enfin, il semble bien qu’une actinoanaphylactose spontanée puisse reconnaître comme sensibilisateur un corps autre que l'hcmatoporphyrine. Mubhlmann et Akobjan n’ont pas trouvé ce Pigment dans le sang de leur malade, et ceoendant ce sang leur a permis de transmettre passivement à j’animal la photosensibilisation.
En résumé, l’hématoporphyrine a certainement une action sensibilisatrice, maïs il ne faut pas oublier qu’une Iuminosensibilisation endogène n'implique pas forcément la présence de ce pigment, et que la présence de ce pigment n'implique pas forcément la sensibilisation. De toutes façons, il semble bien que c’est du côté du sang qu'il faille chercher la solution du problème. Mais l’hémolyse n’est pas le seul facteur à considérer, les fonctions hépatiques, en particulier la fonction protéopexique président peut-être à la mise en circulation d’un luminosensibilisateur d’origine alimentaire.
Dans les observations que nous avons relatées, un fait est d'gne de remarque : une légère anomalie sanguine représentée par un retard dans la rétractilité du caillot, en dehors de toute modification globulaire. Ce fait s’observe chez des sujets avant une tendance marquée à l’acrocyanose. On est en droit de se demander si ce trouble de la coagulation, joint à la stase sanguine ne favorise pas une hémolyse particulière, un clivage hémoglobique aboutissant à la formation d’un corps photocatalyseur.
Juon rapporte un cas d’actinoanaphylactose dans lequel la sensibilisation était apparue après une cure arsenicale, l’arsenic, par ailleurs antigène a pu sensibiliser à la lumière à la faveur des perturbations hématologiques qu’il a été capable de provoquer.
Ces constatations doivent conduire à une étude approfondis de la formule hématologique de tels malades (numération des plaquettes en particulier).
Pour terminer il faut dire un mot d’un autre problème : celui
de la qualité de l’excitant. On admet en général que ce sont les
rayons les plus actiniques qui sont en cause dans l’eczéma solaire, mais cette opinion ne saurait être soutenue dans tous les cas. La malade de Veiel était abritée par des doubles fenêtres. Urbach, Haussmann et Volk, Sellei et Liebner affirment l’action possible des rayons à grande longueur d’onde.
La spécifité de la photocatalyse suivant le sensibilisateur considéré fait faire un pas dans l'intelligence de ces phénomènes.