‹ L'édit de CallisteChapitre 12 sur 252 · Saint Irénée, Haer., III, 11, 9, PC, t. VII, 891 A · texte numérisé non relu

Saint Irénée, Haer., III, 11, 9, PC, t. VII, 891 A

3. Tertullien, De pudicitia, 13. 20 : « Illis enim venia negatur qui de fide in blasphemiam impegerunt. Geterum ethnici et haeretici cotidie ex blasphemia emergunt. »

date, Tertullien ne s'en tenait pas là et allongeait terriblement la liste des péchés irrémissibles. Venue peu après lui, la secte novatienne le suivra dans cette voie. Cette voie n'est pas catholique, et assez de Pères ont montré qu'elle n'est pas conforme au vrai sens de l'Écriture. Ne nous y attardons pas.

A leur tour, saint Cyprien ' et le pseudo-Cyprien, auteur du traité De aleatoribus2, ramènent plus ou moins distinctement à l'apostasie le blasphème contre F Esprit-Saint.

L'exégèse alexandrine a pareillement insisté sur l'ingratitude spéciale inhérente au péché commis après le baptême, et recouru à cette considération pour expliquer la même parole du Seigneur. Par des voies différentes, Qrigène et Théognoste introduisent la personne du Saint-Esprit, comme scellant au baptême la perfection du chrétien ou la perfection de la doctrine3. Ils en concluent que tout péché commis par un baptisé se complique d'une injure directe au Saint- Esprit. D'ailleurs, ni l'un ni l'autre ne conclut à la damnation universelle des chrétiens pécheurs.

Serrant de plus près la lettre évangélique, un grand nombre de Pères illustres ont repris la solution déjà indiquée dans la Didachè, et mis en lumière la réprobation de cette malice très spéciale qui impute au démon les œuvres de l'Esprit divin. Tels saint Athanase4, saint Hilaire5, saint Am-

1. Saint Cyprien. Ad QûiriAum Tcstimoniorum, 1. III, 28, p. 142, 8-16; coll. Epp., xvi, 2, p. 518; ly, 27, p. 645; lxii, 3, p. 699.

2. Pseudo-Cyprien, De aleatoribus. 10; éd. Hartel, 3, p. 102, 12 sqq.

3. Origène et Théognoste, cités par saint Athanase, Ep. ad Serapionem, iv, 10 et 11; PC, XXVI, 649 C-652 C. Origène insiste sur ce fait que les baptisés ont reçu le Saint-Esprit. "O-av Se oE panrt<i6lvTes Kuaprdvcoai, xï|V TOiatfnrçv rcapavouioev '-'.; xo Uveuiia to aytov çOâvstv «pYjatv • initjr, Iv aurai yevdusvoç fjuapxE zw v.à touto xoévYVioOTOv sivat tt)v xat' aùxou tt{i(op{av. — Voir encore Origène, In Ioan. (1, 3), 1. II, 11 (6), éd. Preuschen, p. 66, 10-17. PC, XVI. 128.

i. Saint Athanase, Ep. ad Serapionem, iv, 20, PC. XXVI, 668 B-669 A : rO tov Kûpiov ôpwv Ta jtepl lauxou GtaÀcyojAcvov, èàv piv Ta atojxa- Ti/.à xjtou aovo/ pXjjccov xal u.T| ntarsucov Xffor JcdBev tootm 7) aotpîa «8tt)J iaxoTivii plv xal &>ç îî: fibv xvSpcânou BXaoeiquer àXX' 6 ôp»ov aÙTOu xà £PTa ~* Dve6|taTi &r(<i> yivop.£va xai Xéytov tov xotauTa noiouvTa jj-tj eîvat ©ebv xai toù 8eotJ V'.ov, àXXà tfiî BesXÇeSobX aùtà Irv.yoob'ov, çavspwç [îXaa<pY]p.a, xpvou- U.6VOÇ xÙtou T7)v f)i',-.i-y..

5. Saint Hilaire, /n Matt. (xn, 32), 1. XII. 17, PX., IX, 989 B : « Nain

broise1, saint Pacien2, le pseudo-Augustin dans les Qnaestiones Veteris et Novi Testament^, saint Jean Chrysostome4.

Les Constitutions apostoliques'3 voient dans le blasphème contre le Saint-Esprit un abus criminel de la grâce, spéculant sur l'espoir du pardon.

La solution de saint Augustin6 est des plus nettes : il

cum cetera dicta gestaque liberali venia relaxentur, caret misericordia si Deus negetur in Christo. »

1. Saint Ambroise, De paenitenda, II, 4, 24, PL., XVI, 503 B : « Responsum est igitur a Domino blasphemiae Pharisaeorum, et ideo his potestatis suae gratiam negat. quae in remissione peccatorum est, qui caelestem eius potestatem diabolico fultam suffragio vindicarent. » •

2. Saint Pacien, Ep. ad Sympronianum, ni, 15, PL., XIII, 1074 A : « Haec caecitas est, non videre quod videas et Sancti Spiritus opéra diabolo deputare, eamque gloriam Domini, qua diabolus ipse superatur, diaboli appellare virtutem. Hoc est ergo quod non dimittetur... »

3. Pseudo-Augustin, Quaestiones VNT.. 102. PL., XXXV, 2307 : « Haec ergo sententia contra malevolos prolata est quibus remediuni inveniri non potest ut salventur. Nihil est enim hoc crimine gravius : fingit enim falsum esse quod scit esse verum. Iudaei enim, qui sub Dei lege esse videbantur, quibusque facta promissio Christi est, videntes magnalia et intelligentes hoc esse quod promiserat Deus, invidia caecati sunt ut hoc esse negarent. et non solum negarent sed et persequerentur usque ad mortem. Non ergo dignum est istis peccatum hoc unquam dcbere remitti, qui conscientia sua teste Deo, cui se devotos dicebant, ausi sunt repugnare. » — Il faut lire toute cette discussion très lumineuse.

4. Saint Jean Chrysostome établit un lien entre le souvenir des manifestations prophétiques du Saint-Esprit dans l'Ancien Testament et la malice spéciale de ce péché de méconnaissance. Il fait parler ainsi le Verbe incarné, InMatt. (xn, 32), Hom.. xu (xm), 2, PC, LVII, 449 : "Eotw, è|xcù jtpocHtTairce Stà xrjv aapxa ttjv jcepuceip.évr,V [xrj xaî -ept xou IIv£iip.a-oç r/exe EÎîtelv 8xt à-fvoou;j.sv aùx6; otà Svj touto àaûyyvwaTO; u;j.tv eaxat 7] pXaaçTjjiia, /ai IvxauGa xaî èzeï Stiaets ôl'xtjv. — D'ailleurs il n'attribue à ce péché qu'une irrémissibilité relative : il sait qu'après avoir blasphémé l'Esprit-Saint, plusieurs ont cru et se sont convertis.

5. Constitutiones apostolicae, II, 23, 1-2. éd. Funk, p. 89, 24-28 : MéiÇwv eîBtoXoXaxpeîaç oùx eaxiv àpiapTÎa, sic, 0ebv y*,0 iartv ouaaéSsta- zXX' 8[iwç xaî aÙTT) Sià yvrjafaç <j.exavo''aç Tjyxr/a>p7)xat. Eàv Se xiç ex rcapata^etoç auaptâvT], rotpàÇcov ràv 0ïbv wç ;j.ï] IjueÇtdvta xo?; Jtovïjpoïç, 6 xotouxoç acpsaiv où/ IÇei.

6. Saint Augustin, Serm., lxxi, PL., XXXVIII, 445-467, De blasphemia Spiritus. Tout ce discours est à lire. Nous citerons seulement quelques lignes. 12, 20, p. 455 : « Contra hoc donum gratuitum, contra istam Dei gratiawi loquitur cor impaenitens. Ipsa ergo impaeni-

IIS PBCHBS IRRÉMISSIBLES. 25

identifie purement et simplement le blasphème contre le Saint-Esprit avec l'impénitence finale, qui repousse jusqu'au bout les avances de la grâce ; et par là, il coupe court à toutes les difficultés. Il n'y a pas de salut pour l'impénitence finale; il n'y en a pas davantage pour le blasphème contre le Saint- Esprit. On ne s'étonnera pas de retrouver la même doctrine sous la plume de saint Fulgence1.

Saint Léon le Grand2, en vue de controverses actuelles, applique simplement notre texte à l'hérésie contemporaine des Pneumatomaques, qui mettaient l'Esprit-Saint à un rang inférieur dans la Trinité.

Dans la plupart de ces solutions, l'analyse découvrirait des éléments de vérité. Mais si nous voulons attribuer à la parole du Seigneur sa valeur exacte, il parait nécessaire de s'attacher au contexte évangélique et de relever ce caractère de néconnaissance des œuvres divines, spécialement visé par l'anathème du Seigneur. C'est la voie déjà indiquée par la Didachè, au nom de la tradition apostolique, et suivie par saint Athanase, saint Jean Chrysostome, saint Hilaire, saint Ambroise, saint Pacien, l'Ambrosiaster. De fait, l'Évangile nous montre le Seigneur en face des Pharisiens, accusé par eux de chasser les démons en Béelzébub, et répondant à cette calomnie par la condamnation du blasphème contre le Saint-

tentia est Spiritus blasphemia, quae non remittetur neque in hoc saeculo neque in futuro... » 13', 21, p. 456 : « Sed ista impaenitentia vel cor irapaenitens, quandiu quisque in hac carne vivit, non potesl (udicari. De nullo enim desperandum est, quandiu patientia Dei ad paenitentiam adducit nec de hac vita rapit impium, qui non mortem vult impii quantum ut converlatur et vivat... »

1. Saint Fulgence, De remissione peccatorum, 23-24, PL., LXV, 547.

2. Saint Léo», Serin, lxxv (— De Pentecosle. i), 4, PL., LIV, 402 C- 403 A : " Sicut ergo detestamur Arianos, qui inter Patrem et Filiura aliquam volunt esse distantiam, ita etiam Macedonianos pariter detestamur, qui, licet Patri et Filio tribuant aequalitatem, Spiritum lamen sanctum inférions putant esse naturae : non considérantes eam blasphemiam se incidere quae neque in praesenti saeculo neque in futuro sit remittenda iudicio... Permanens itaque in hac impietate sine venia <'st, quia exclusit eum a se per quem poterat confîteri; nec unquani perveniel ad indulgentiae remedium, quia patrocinaturum sibi Don h.it» i advocatum. » — Serm. i.xwi i De /''■ntecostc, n), i, PL., LIV, 406 AB.

Esprit. D'où ressort clairement qu'il met un lien essentiel entre le péché particulier de ces hommes et le blasphème contre le Saint-Esprit. Pour affirmer ce lien, il n'est pas nécessaire de donner un démenti absolu aux autres exégèses, mais il faut bien reconnaître qu'elles manquent ou de précision ou de plénitude. Par exemple, il ne semble pas possible de restreindre, avec Origène, aux chrétiens baptisés la portée de l'anathème, puisque, en fait, les Pharisiens, qui n'étaient pas baptisés, sont les premiers convaincus par le Seigneur de blasphème contre le Saint-Esprit. Beaucoup plus spécieuse est la solution de saint Augustin, qui explique tout par l 'impénitence finale. Néanmoins, il ne semble pas que ce Père tienne suffisamment compte des données particulières du problème, tel qu'historiquement il se pose dans l'Évangile. Une solution adéquate doit s'inspirer de toutes les circonstances qui caractérisent l'endurcissement de ces hommes, mis par une disposition bienveillante de la Providence en présence de la vérité et persistant à tourner à mal ses manifestations les plus éclatantes, aussi bien que les plus salutaires.

Voilà vraiment le péché inexpiable, ou, comme dit saint Marc, le péché éternel l : c'est la méconnaissance opiniâtre de la vertu d'en haut; c'est cette aversion de Dieu qui, en fermant à la lumière toutes les avenues de l'âme, la rend incapable de pardon. Le péché des Pharisiens, pris dans sa réalité concrète, est moins un acte qu'une attitude : attitude persistante de mépris envers Celui qui est la voie, la vérité et la vie2. Mais ici le Christ lui-même nous ouvre une distinction féconde, en affirmant que le blasphème contre le Fils de l'homme pourra être pardonné : seul le blasphème contre l'Esprit-Saint ne le sera pas. Qu'est-ce à dire? Le blasphème contre le Fils de l'homme, c'est le blasphème contre la personne de Jésus, l'on conçoit qu'il porte en soi son excuse : pour reconnaître dans l'infirmité de la chair le

1. Me, m. 29 : Où/, i/a ccçeaiv stç xov aùova, àXÀ' s'voyoç lanv oumviou G{;jLapT7][jiaToç.

2. On peut consulter, sur ce point de vue, H. B. Swete, The Holy Spiritin the New Testament, p. 117-118, London. 1909.

Dieu très-haut, il faut être éclairé d'une lumière qui ne brille pas à tous. Cette excuse est celle même que le Sauveur faisait valoir près de son Père en faveur des bourreaux occupés à le crucifier : « Pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font. » Mais quand la divinité elle-même, quand l'Esprit de Dieu daigne se révéler par des œuvres extraordinaires marquées du sceau de la toute-puissance, aucune excuse ne vaut plus. Cette méconnaissance de la divinité est essentiellement un péché contre la lumière, et c'est un péché contre Dieu. Tant qu'il dure, il est clair qu'un tel péché oppose un obstacle insurmontable à l'action divine. Il ne faut pas chercher ailleurs le fondement de la distinction, souvent mal comprise, entre les péchés contre l'homme, rémissibles par le ministère de l'Église, et les péchés contre Dieu. îl serait intéressant d'étudier ce point et de signaler les erreurs qui en jaillirent. Présentement, qu'il nous suffise de noter ce qui ressort incontestablement du texte sacré. Une opposition directe à Celui qui dispense souverainement le pardon, enchaine sa miséricorde. Voilà précisément le sens de l'anathème contre le blasphémateur du Saint-Esprit; il renferme avant tout une constatation historique : cet homme-là ne sera pas sauvé qui, en dépit de Dieu, persiste à tout faire pour n'être pas sauvé. *

Un fait domine les tâtonnements de cette exégèse, et il importe d'en prendre acte1 : c'est la persévérance de la pensée chrétienne à chercher la raison qui exclut du pardon le blasphème contre le Saint-Esprit, ailleurs que clans une limitation du pouvoir de l'Église. Le fait est que cette voie devait paraître fermée : l'insistance même du Seigneur à déclarer que ce péché ne sera pas plus remis dans le siècle à venir que dans le siècle présent, évoque le souvenir des déclarations ultérieures de nos Évangiles sur le pouvoir confié aux apôtres. Ce qu'ils auront lié sur terre sera pareillement lié au ciel : voilà précisément pourquoi le péché qui n'aura pas été remis dans le siècle présent, ne le sera pas davantage dans le siècle à venir. Mais pourquoi ne le sera-t-il pas dans le siècle présent? Est-ce qu'une limite a été assignée au pouvoir de rémission? Rien ne le suggère; non, c'est bien

plutôt que la nature intrinsèque de ce péché fait obstacle à la rémission. N'allons donc pas imaginer que le siècle à venir pourrait avoir des pardons pour certaines catégories de péchés non remis ici-bas : non, le Seigneur n'a voulu que marquer le terme fatal vers lequel tend, de sa nature, le mépris de Dieu. C'est bien vers cette notion du mépris de Dieu que, au contact même de la génération apostolique, s'orientait déjà l'exégèse des textes relatifs au péché contre le Saint-Esprit. Une seule divergence se produira, au me siècle : on imaginera une limitation du pouvoir de l'Église. Mais les rigoristes qui auront ouvert cette impasse ne seront point suivis; de plus en plus s affirmera la notion du péché direct contre Dieu, irrémissible par la seule volonté du pécheur. Irrémissible en droit, parce qu'il va à l'encontre du dessein salvifique de Dieu; irrémissible en fait, pour quiconque s'y opiniâtre.

Dans l'épître aux Hébreux, on a souvent cru rencontrer la doctrine des péchés irrémissibles, énoncée en termes beaucoup plus généraux, dans les passages suivants ' :

« Il est impossible que ceux qui ont été une fois illuminés, qui ont goûté le don céleste, ont participé à l'Esprit-Saint et goûté la belle parole de Dieu et les vertus du siècle à venir, puis sont tombés, soient renouvelés une seconde fois pour la pénitence, alors qu'ils crucifient de nouveau pour leur compte le Fils de Dieu et le livrent à l'ignominie. Quand une terre, buvant la pluie qui descend fréquemment sur elle, produit une végétation utile à ceux qui la cultivent, elle a part à la bénédiction de Dieu; mais quand elle ne produit qu'épines et ronces, elle est réprouvée, proche de la malédiction et enfin destinée au feu. »

« Si nous péchons volontairement après avoir reçu la connaissance de la vérité, il ne reste plus de sacrifice à offrir pour nos péchés, mais l'attente redoutable du jugement et l'ardeur du feu qui consumera les rebelles. »

« Pas d'impudique ni de profane, comme Ésaû, qui pour

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