Hebr.. vi, 4-8; x, 26-27; xn
un mets vendit son droit d'aînesse. Vous savez que plus tard, voulant obtenir la bénédiction paternelle, il fut repoussé; car il ne fut pas admis à repentance, malgré ses larmes et ses supplications. »
Ces passages énoncent avec une grande énergie la condition particulièrement misérable du chrétien qui profane son baptême, et il suffit de les isoler de tout contexte pour y trouver une doctrine tout à fait inexorable. On a édifié sur ce fondement bien des théories, tendant à représenter l'Église naissante comme une société des purs, entièrement opposée au principe de la pénitence, au moins pour les fautes graves, et conséquemment fermée aux chrétiens repentants1. D'après ces théories, l'Église chrétienne serait restée, pendant près de deux siècles, une aristocratie de la vertu, avant tout jalouse de sa propre intégrité, pour n'ouvrir ses rangs que plus tard, et sous la poussée des circonstances, à diverses catégories de pécheurs 2.
Cependant, les Pères du ive siècle n'avaient pas gardé le souvenir d'un tel état de choses, et dans leur lutte contre le rigorisme des Novatiens, ils rendent raison de ces mêmes textes sans recourir à l'hypothèse d'une révolution accomplie cent ou cent cinquante ans plus tôt, dans la discipline pénitentielle de l'Église. La plupart d'entre eux relèvent l'allusion évidente au bienfait du baptême, bienfait unique auquel
1. Voir ci-dessus, p. 8, Harnack, Lehrbuch der Dogmengeschichte'* , t. I, p. 439 sqq. — Récemment, M. H. Windisch a précisé, Taufe und Sùnde im àltesten Christentum bis auf Origenes, Kap. 6, § 3, p. 294- 312, Tûbingen, 1908. Il admet que la doctrine baptismale de l'Épître aux Hébreux suppose le chrétien normal parfait et impeccable. Il y a encore après le baptême un pardon pour les fautes de fragilité, mais nul espoir de pardon pour les fautes graves. Voir surtout la conclusion, p. 312. — Dans YExpositor, july 1910, p. 63-80, sous ce titre : The early Christian treatment ofsin after baptism, M. Kirsopp Lake adopte sur l'Épître aux Hébreux des vues assez semblables, mais rattache à cette Épître les origines de l'évolution qui se conclura par l'abandon de l'idéal primitif. — Beaucoup plus modérées sont les vues de M. F. Loovs,Leitfaden zum Studium der Dogmengeschichte1*, § 29. 2 a, p. 205, Halle, 1906.
2. On signale la trace de cette conception primitive, notamment en saint Paul, I Cor., v, 5, livrant un pécheur à la mort de la chair, ïva 70 nv£U[xa gcoOtj Iv ttj î)fJ.épa "ou Kupiou,
nul ne peut se flatter de recourir une seconde fols, et ils font ressortir le procédé oratoire de l'écrivain sacré, disant aux chrétiens convertis du judaïsme : si vous êtes ingrats au Christ, immolé pour la rançon de vos âmes, quelle autre victime pourra bien être immolée pour vous racheter une seconde fois? Mais ils se gardent d'en conclure que la vertu du sang du Christ est épuisée par la régénération baptismale. Ainsi parlent saint Athanase1, saint Ambroise ~, saint Épiphane 3, saint Jean Chrysostome 4. Ce dernier écarte vivement l'idée que le recours au pardon puisse être fermé après le baptême. Il ajoute que l'on ne doit pas s'étonner de voir l'auteur sacré tenir aux fidèles encore irréprochables un autre langage qu'aux pécheurs déjà tombés : il faut aifermi'* 4es premiers dans le bien, en leur inspirant la crainte du mal ; aux seconds, il faut ouvrir des perspectives de miséricorde pour les préserver du désespoir. L'allusion à la régénération postbaptismale est au premier plan chez saint Jérôme . Après avoir commenté les menaces du Seigneur, il montre dans le contexte un appel à la pénitence et le gage du pardon. Dieu est juste : se souviendrait-il donc plus volontiers du mal que du bien? Non certes! Donc il n'oubliera pas les bonnes œuvres accomplies par ceux qui ont eu le malheur de pécher; il n'oubliera pas tant de services rendus tous les jours aux saints, pour son nom.
Ce commentaire de saint Jérôme serre de très près la lettre de l'épître aux Hébreux. On relève d'ailleurs dans la même épitre bien des allusions à une puissance et à une
1. Saint Athanase, Ep. iv Ad Serapionem. 13, PC, XXVI, 655 D- 656 AB.
2. Saint Ambuoise, De paenitentia; II, 2, 7-8, PL., XVI, 497 C-498 A.