Pud
l'initiative de cai. liste. 249
Quisalienam mort cm sua sol rit, nisi solus Dci Filius? C'est ainsi qu'il s'exprime. Donc il ne reconnaît plus aux mérites des confesseurs aucune valeur satisfactoire. Une telle conception lui semble même injurieuse à la valeur universellement rédemptrice de la mort du Fils de Dieu. Ses négations indiquent assez ce que les catholiques affirmaient : ils affirmaient une communication de mérites entre les membres de L'Église, et Tertullien la nie; ils n'attribuaient pas, ils ne songeaient pas à attribuer aux confesseurs une sorte de juridiction quasi épiscopale. Et ici le langage technique adopte ou créé par Tertullien permet d'introduire dans l'exposition de sa pensée toutes les précisions désirables. On se souvient qu'il distinguait disciplina et potestas. Par disciplina* il entendait un pouvoir régulier d'enseignement et de gouvernement, qu'il consentait à reconnaître dans l'épiscopat. Par potestas, il entendait un charisme extraordinaire, propre aux élus du Paraclet. Ce sont là, dans la langue du De pudicitia, deux notions tout à fait hétérogènes. Or, quand Tertullien formule son reproche contre Calliste. il ne se sert pas du mot disciplina, parce que la prérogative des confesseurs n'offrait aucune analogie avec la juridiction régulière des évêques. Il se sert du mot liotfstas, et accuse son adversaire d'élever la prérogative des confesseurs pour ainsi dire à la hauteur d'un charisme, en les faisant arbitres de la rémission des péchés. Ceci détermine le sens et la portée du reproche. Tertullien proteste contre l'usurpation d'un charisme, que cette usurpation soit le fait des martyrs ou celui des évêques; il ne proteste pas contre tout exercice de la juridiction épiscopale. Pas plus comme montaniste que comme catholique, il n'impute à l'Église catholique une assimilation de la prérogative des confesseurs au droit supposé réel de la hiérarchie.
Ce qu'il refuse aux martyrs catholiques, l'accordait-il aux martyrs montanistes? Nous l'ignorons; mais rien n'empêche '1.' ^apposer que, fidèle aux principes de la secte, il reven-
1. Sur le sens du mot disciplina chez Tertullien. voir K. Advm. Der Kirchenhe^riff Terti/Uians. p. 50 sqq.: e! ci-dessus, p. 19::.
250 l'ÉDIT DE CÀLL1STE.
cliquait pour ses martyrs, aussi bien que pour ses prophètes, des pouvoirs spéciaux. Martyrs et prophètes étaient, aux yeux de la secte, des privilégiés de l'Esprit. Seulement Tertullien ne reconnaît pas plus de vrais martyrs que de prophètes dans l'Église catholique, et ce qu'il reproche au pape, c'est précisément d'usurper un droit de la secte : At tu iam et in martyras nos effundis hanc potestatem. Il y avait donc entre Calliste et Tertullien un double désaccord : désaccord sur la réalité des charismes, dont les montanistes s'attribuaient le monopole ; désaccord sur la qualité des personnes, les montanistes disqualifiant les martyrs de la communion catholique. Quant à ce pouvoir spécial d'intercession que l'Église avait toujours reconnu aux confesseurs de la foi, et qui trouvait encore à s'exercer sous Calliste, Tertullien ne s'en occupe que pour le dénaturer et le méconnaître. Tout ce réquisitoire est parfaitement consistant : n'admettant pas le droit de la hiérarchie catholique à absoudre les fautes les plus graves, il était naturel que Tertullien n'admit pas davantage l'intercession des confesseurs près de cette hiérarchie impuissante. D'un point de vue montaniste, rien de plus logique ; mais aussi rien de plus étranger à la donnée catholique.
Nous n'essaierons pas de retrouver dans sa teneur propre l'édit de Calliste : les trésors d'ingéniosité dépensés en de telles entreprises n'aboutissent, quoi qu'on fasse, qu'à des constructions branlantes1. Mais si les réflexions précédentes ne sont pas tout à fait vaines, elles ont dû préparer une vue un peu plus nette du but poursuivi par le pontife romain et des voies par lesquelles il y tendit.
Calliste revendiqua pour l'Église hiérarchique le pouvoir de remettre, moyennant pénitence, les péchés, nommément les péchés de la chair. En même temps il se montra disposé
1. Voir Phelschen, Tertullians Schriften De paenitentia und De pudicitia mil Rùcksicht auf die Bussdisziplin untersuclit, p. 48-49, Giessen, 1890; Rolits, Das Indulgenz-Kdikt des Papstes Kallist, p. 103-117, Leipzig, 1893. On fera sagement de ne point dépasser les conclusions de M. Preuschen.
l'initiative de calliste. 251
à tenir compte, dans l'appréciation de la pénitence, de l'intercession des confesseurs de la foi. Sa déclaration apportait à la revendication du droit, de tout temps exercé par la hiérarchie, une précision nouvelle, et c'est contre cette précision nouvelle que s'insurgea Tertullien.