‹ L'édit de CallisteChapitre 18 sur 252 · Io., xx · texte numérisé non relu

Io., xx

restriction à une grâce qu'à l'autre; les seules limites qu'elles rencontreront historiquement seront le fait du mauvais vouloir des hommes, et résulteront des mêmes incapacités1. La première épitre joannique reprend cette doctrine, en donnant un relief particulier à l'incapacité du pécheur qui s'endurcit dans le péché jusqu'à la mort. Nous retrouvons, sous des mots nouveaux, une thèse connue : celle qui établit un lien fatal entre le mépris obstiné du don divin et la réprobation éternelle de Dieu. Seulement — et c'est ici le trait le plus original de saint Jean — , le mot qui pour lui résume tout, le vrai caractère de la réprobation, c'est la haine. La haine entre frères a toute la malice de l'homicide. Haine des hommes ou haine de Dieu, c'est tout un : il faut absolument en guérir, sous peine de ne jamais vivre pour Dieu.

Et maintenant, ne pouvons-nous pas essayer de ressaisir l'unité des enseignements du Nouveau Testament sur les péchés les plus graves et les plus difficilement rémissibles? Oui, sans doute, nous le pouvons, et peut-être le lecteur a-t-il déjà réalisé cette synthèse dans son esprit. Doctrine du blasphème contre le Saint-Esprit selon les évangiles synoptiques, doctrine du renouvellement impossible selon l'épitre aux Hébreux, doctrine du péché jusqu'à la mort, selon la première épitre de saint Jean, ne se confondent pas, mais se rejoignent en un point : toutes trois établissent une relation essentielle entre la damnation effective du pécheur et son opiniâtreté à se détourner de Dieu. Ce raccord, entre les enseignements les plus redoutables de l'Écriture, manifeste l'impuissance des concepts humains à épuiser la réalité divine. Il semble qu'un même bloc d'inexorable justice ait été abordé, de divers biais, par des pensées plus ou moins profondes, plus ou moins compréhensives, qui le morcellent à notre usage. Ce pécheur-là est perdu sans retour qui s'obs-

1. Le chapitre troisième de saint Jean renferme plusieurs déclarations d'une portée générale sur l'aptitude au salut de tous ceux qui croient au Fils de Dieu. Ainsi : Io., m, 36 : 0 w<rr=ôr.>v ih tôv Yiov iyei 'C")T)v ato'mov ô 8è à-stOiov tcT> Y\($ oôx O'^Tai Çtuif?, <$XX' f) ôpy*) xou 0£ou flévei

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tine à méconnaître Dieu dans les œuvres de sa puissance (Notre- Seigneur chez les Synoptiques) — ou qui renouvelle persévéramment la passion du Christ en profanant le don divin (ép. aux Hébreux) — ou qui demeure volontairement dans la mort, c'est-à-dire dans la haine (saint Jean). Ces divers enseignements se complètent et s'éclairent l'un l'autre. Autour d'eux, la tradition patristique multipliera les commentaires, mêlant parfois les points de vue et rendant plus sensible l'unité foncière de la doctrine. Saint Augustin résume vraiment cette tradition, quand il dit1 : « Si le cœur impénitent ne s'endurcit pas jusqu'à blasphémer le don divin, tous les autres péchés pourront lui être remis. »

Quelle fut, dans l'Église naissante, l'application pratique de cette doctrine? Il est temps de le rechercher.

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